ETRENNES INUTILES
ussitot après la guerre, nous vîmes naître la mode des « étrennes utiles ». On venait d'être vaincu; on était *1 abasourdi, inquiet — un peu hébété.
- On voulait, comme on dit, se reprendre
Et, comme on était convaincu que c’étaient la folie de l’existence et l’exagération du luxe — explications saugrenues, entre parenthèses, — qui nous avaient conduits au désastre, on avait résolu d’être sage, de devenir sérieux.
Plus de frivolités III ne s’agissait plus de s’amuser; il était question de travailler, et d’arrache-pied. Il fallait apprendre beaucoup, car (personne n’en doutait) c’était le maître d’école allemand qui nous avait battus; et les Prussiens n’avaient jamais eu, en définitive, dans leurs fourreaux de sabres, que des couteaux à papier. Il fallait, surtout, ne pas jeter d’argent par les fenêtres, car les dépenses somptuaires — toutes, — vous entendez bien — sont la cause certaine de la ruine des nations.
On fut raisonnable. Et les négociants en objets de nécessité première — ou même dernière ; n’oublions point les marchands dé cierges — ornèrent leurs boutiques, vers le jour de l’an, de pancartes annonçant la mise en vente d’étrennes utiles.
Us avaient compris, habilement, l’état d'esprit de la population, et cherchaient à en tirer parti. Us y réussirent. Des gens très bien firent des échanges de cravates et de cache-corsets; on s’envoya des flacons de sirop antiscorbutique; on s’offrit de la pâte à rasoirs.
Les enfants ne furent pas oubliés,
Ces enfants-là , c'est l'avenir!
Us eurent des jouets instructifs. Des leçons de géographie furent données par les jeux de patience; les quilles offrirent discrètement un enseignement mathématique; quant au jeu de l’oie, avec sentences morales, son influence se fit plutôt sentir sur l’éducation.
Les livres furent, en tous points, dignes des jouets. Parlerons-nous de la reliure? Elle fut riche. C'est elle, du reste, que nous pouvons encore admirer aujourd’hui à l’étalage des libraires. Du bleu cru, du rouge vif, de l'or — de quoi faire hurler Behanzin. — Quant au texte, il fut édifiant et instructif. Les enfants pâlirent sur des Robinsons triple-Suisses; des Contes Moraux, cruels pour d’aussi jeunes cervelles, occasionnèrent des méningites
Voilà vingt-trois ans que ça dure, le système des « étrennes utiles ». C’est long! Et ça continuera encore cette année, sans doute... Que voulez-vous? L’étrenne utile a quelque chose de bon pour elle : elle supprime toute fatigue de recherche ou d’imagination de la part du donateur. On ne se demande
pas :
— Qu’est-ce qui causerait de la joie à la personne que j’ai l’intention de gratifier d'un cadeau?
On se demande :
— De quoi a-t-elle besoin?
La réponse est plus vite trouvée. Mais c’est ainsi — il faut le dire — qu’on se trouve exposé à expé-
dier des présents qui ne font pas précisément le bonheur de leurs destinataires. On risque d’envoyer à M. Jules Lemaître, par exemple, une paire de bretelles américaines pour paupières; à M. Alphonse Humbert, une caisse de savon russe; à M. Emmanuel Arène, un compte-gouttes; à M. Lockroy, une petite balle, système Pyat, pour faire la paire...
N’allons pas plus loin.
Il est absolument impossible d’allier l’utile à l’agréable. Le véritable caractère de l’étrenne est son inutilité. Tel est, du moins, notre avis.
Pourtant, afin d’éviter de rompre trop brusquement avec des usages encore reçus, nous ne refuserons pas, cette année, les abonnements qui parviendraient à Y Escarmouche dans la journée du i*r janvier.
ECHOS
ous pouvons nous attendre à admirer, aux prochains Salons de peinture, plusieurs toiles représentant l’attentat du g décembre au Palais-Bourbon.
A ce sujet, nous sommes heureux d'apprendre à nos lecteurs qu'une indiscrétion nous a mis au courant d'un fait historique des plus intéressants. M. Charles Dupuv n'a pas — comme on l’a cru jusqu'à présent — prononcé la phrase fameuse : « Messieurs, la séance continue », au moment précis où l’explosion venait de se produire. 11 s'était, tout d’abord, retiré sous son fauteuil. Ce n’est que dix minutes environ après l'explosion qu’il monta à la tribune d'où avait été lancée la bombe et qu'il laissa choir, de ses levres augustes, les paroles mémorables que l'on sait.
S'il se décida, d'ailleurs, ce ne fut que sur les instances d’un peintre de ses amis qui se trouvait par hasard à la Chambre et qui le supplia de prendre, en cette circonstance aussi rare que solennelle, une posture digne d’être transmise à la postérité.
L'artiste, en effet, tandis que l'honorable président articulait les mots héroïques, eut le temps de prendre un rapide croquis. Ce croquis nous vaudra un chefd'œuvre que nous admirerons, au mois de mai, au Palais de l'Industrie.
La modestie bien conuue du peintre nous interdit de le nommer. M. Dupuy, à notre place, en ferait tout autant et se contenterait de répondre — comme il le fit à propos de choses qui le touchaient de moins près — « Demandez à ma femme. »
Le Conseil général vient de mettre à la disposition du préfet de police une somme de cent francs, destinée à une distribution de jouets, le jour de l'an, aux enfants des femmes internées ou hospitalisées à Nanterre.
Ces pauvres petits, nous écrit-on, n'auront pas volé leurs étrennes. Leur existence, depuis quelque temps, est devenue intolérable ; c'est à peine s'ils osent mettre le nez dehors, et leurs meres ne les laissent qu'en tremblant franchir, pour quelques minutes, le seuil de rétablissement. Le pays, en effet, est parcouru en tous sens par d'énormes chiens, de l'espèce la plus sauvage, rendus plus féroces encore par des jeûnes prolongés, et qui ne savent dans quelle proie enfoncer leurs dents — longues comme des touches de piano. — Cette meute affamée appartient à M. Sarcey, dit la Terreur de Nanterre.
M. Sarcey, qui avait entrepris, au moment où il s'installa dans le pays, de nourrir ses chiens avec de la chair de camionneurs, s'est vu dans la nécessité, à la suite d'un procès récent, de renoncer à fournir aux animaux qui le protègent une pâture qui lui- coûtait si peu. Le malheureux charretier qui parvint à s'échapper, à moitié dévoré déjà, de la villa sinistre d'où tant de ses confrères, hélas ! n'étaient pas revenus, a donné l'éveil. Et, à présent, les voituriers se refusent obstinément à s’offrir en holocauste à la meute du critique, en allant chercher de vieilles barriques de vin dans une maison où l'on ne mit jamais en perce que des pièces de Martel. Iis préfèrent, même, faire un long détour, pour éviter les parages dangereux où tente de les attirer M Sarcey.
Aussi, ce dernier, désolé, et ne voulant à aucun prix
faire pour les animaux qu’il entretient (!) la dépense du pain de munition nécessaire, les làche-t-il dans les rues de la ville, qu'ils ravagent.
Le Conseil général" n'est pas riche, nous le savons. Mais peut-être aurait-il mieux fait, au lieu de consacrer ioo francs aux étrennes des enfants de Nanterre — — étrennes qui nous font penser à la satisfaction du dernier désir des condamnés à mort — d’attribuer cette somme à l’achat de solides muselières destinées aux cruels molosses du critique du Temps.
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M. Alphonse Humbert conservera ses fonctions à l’Hôtel de Ville jusqu’en février 1894, afin de ne pas laisser le Conseil municipal sans président pendant les vacances de janvier-février.
Oui, M. Alphonse Humbert a ce courage; il fait preuve d'abnégation; pour l’amour de Paris, pour le salut de la France — pour le bien public — il cumule ! Il est à l’Hôtel de Ville; il est au Palais-Bourbon : il est partout. .. La quantité de travail qu'assume cet homme est étonnante; et, lorsqu'on pense qu'il passe tout son temps à ne pas se laver les mains — on est effrayé.
M. Victor Schœlcher vient de mourir. M. Schcelcher était une victime du Deux-Décembre ; ça nous fait une pension de moins à payer.
Ce n’est pas beaucoup — mai s c'est toujours ça.
M. Rabier, député du Loiret, en chassant avec plusieurs amis, à la Varenne, a reçu dans la jambe la charge destinée à un lapin.
Le Parquet, qui s’est transporté immédiatement sur les lieux, a reconnu que le lapin avait mis la plus grande mauvaise volonté à se laisser toucher, et avait fait preuve, dans toute cette affaire, d'une malignité incontestable
Le Conseil des ministres, après mûre délibération, s'est rendu compte de la nécessité de prendre, contre ces animaux terribles qui semblent se faire un jeu de la vie de nos représentants, les mesures sévères que comporte la situation. Lés lois sur les associations de malfaiteurs seront désormais applicables dans toutes les garennes de .France; et, dans certains cas, là saisie préventive pourra être autorisée.
Quant à l infortunè M, Rabier, il ne cesse-, de. geindre.
— Quelle calamité I gémit-il. Dire quetous mes collègues effleurés par la bombe de Vaillant vont se voter, sur les ressources considérables des excédents budgétaires, des pensions majestueuses ! Et moi, qui suis grièvement blessé, moi dont le sang a coulé à flots, je n'aurai pas droit à la plus petite indemnité!... Ah! quel lapin 1 quel lapin !...
Les journaux viennent de publier un nombre relativement considérable de Contes de Noël — tous plus charmants les uns que les autres.— Celui dont Y Echo de Paris fut gratifié par M. Henry Baüer nous semble, particulièrement, savoureux. Quelle fraîcheur! Quelle intensité de vision — et de passion ! — Comme on comprend, après avoir lu de pareilles pages, que M. Baüer se montre dur, et même de parti-pris, pour les auteurs qui, du premier coup, ne perpètrent point le chef-d'œuvre!... « On devient cuisinier, mais on naît rôtisseur », dit un proverbe; il serait aussi vrai de dire qu'011 devient écrivain, mais qu'on naît critique. M. Henry Baüer est né critique. Il devient écrivain.
Il le devient à sa façon, bien entendu. Et c'est peut-être la bonne, cette façon-là. Il nous a paru reconnaître, dans le Conte de Noël cité plus haut, une propension marquée à une tendance réallo-mystico-idèaliste, qui ne laisse pas de nous réjouir. Attendez un peu; et vous allez voir. Les temps sont passés où l'on pouvait reprocher à M. Baüer un manque de doigté, de délicatesse si l'on veut, dont il fi* preuve — dans tous les sens du mot — durant une assez longue période; et le .vers fameux :
Même quand Baüer vole, on sent qu'il a des pattes n'est vraiment plus de saison.
L'ancien Colis inutile, plaqué à Nouméa par ses compagnons, n'est pas encore parvenu, clest vrai. Mais il vient de trouver moyen de se faire affranchir... C'est déjà joli...
Le cocher Moore vient d’étre condamné à une peine terrible pour avoir montré le bout d'un pistolet de paille au député Lockroy.
Le Journal des Débats (organe reproducteur — le seul, dans tous les sens — du triste Jules Lemaître) déclare que, si Moore a commis son attentat, « c’est la faute à Victor Hugo ».
rC&scaijmoucf^
— Jamais de la vie! s'écrie Monsienr Auguste Vacquerie en frappant sur sa vieille peau d âne. J'ai diné chez Victor Hugo plus souvent que le directeur des Débats ; j’y ai diné avec l’empereur du Brésil...
Et après avoir établi tous ses droits au noble titre de pique-assiette, M. Vacquerie finit par déclarer que, si Moore a tenté de faire sauter un bouton du gilet de M. Lockroy, ce « n’est pas la faute à Victor Hugo. »
M. Vacquerie a raison. Ce n’est pas la faute à Victor Hugo. C’est la faute à M. Vacquerie.
Nous allons nous expliquer.
Moore était bien connu, dans tout Paris, comme cocher ordinaire et meme extraordinaire de Victor Hugo. On allait même jusqu’à prétendre qu'à force de conduire à l'œil le grand poète, il l'avait amené, en le prenant par son endroit sensible — la bourse à renoncer à ses fameuses promenades sur les impériales d'omnibus,
si économiques pourtant...
Aussi, après la mort du grand homme, le cocher Moore était-il recherché par les touristes qui, tous, le chargeaient de les conduire à lamaison du poète. Moore conduisait.
On arrivait. Et le malheureux touriste se cassait le nez devant un tourniquet monumental installé dans l’antichambre — dites-nous donc par qui, M. Vacquerie.
Ecœuré, indigné qu'on soumit la mémoire de Victor Hugo a une exploitation aussi honteuse, le touriste sortait de l'hôtel et réglait rageusement son cocher — sans lui donner de pourboire.
Pendant un temps que nous n osons pas calculer, Moore subit ce martyre. Toujours la môme course ; toujours la môme indignation chez les voyageurs; jamais de pourboire!.., Il tenta de se soustraire au supplice. Impossible. Les règlements, sont iormels ; Un cocher qui charge un voyageur doit le conduire à l’endroit indiqué. .
De guerre lasse, harassé, réduit à la misère noire, Moore envoya sa démission à la Compagnie des Petites Voitures. Se’ trouvant sans aucune ressource, il sollicita alors, des héritiers de son Maître, la permission de collaborer aux Œuvres posthumes qu’on est en train de fabriquer. On lui fit des promesses qu'on ne tint pas. Les Œuvres posthumes, par raison d'économie, furent confectionnées dans les prisons. Devant de pareils faits, le caractère de Moore, déjà un peu exalte, s'excerba de jour en jour... Nos lecteurs savent le reste.
Au cours du proeès Moore, M. le président dit à l'accusé; ... .
— La preuve que vous avez voulu tuer M. Lockroy, c’est que la blanchisseuse du plaignant a retrouvé une balle de revolver dans la poche du gilet.
La blanchisseuse 1... M. Lockroy ne retourne donc pas ses poches — ses poches à lui .'
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Sur une phrase imbécile de M. Lockroy, le cocher Moore s'écria :
— Je ne suis pas un pauvre !
Moore de très bonne foi, trouvait le qualificatif offensant. Voilà ce que c'est, d'avoir le culte de Victor Hugo, ce grand lyrique qui fut un politique ridicule et un téta prudhommesque.
Victor Hugo, malgré tout, — c'est facile à constater — eut toujours le mépris grotesque et le dégoût de la pauvreté.
Des preuves? Nous n'en donnerons qu une. Que reproche-t-il, d'abord, dans ses Châtiments , aux fondateurs du Second Empire? Leur pauvreté. Et ensuite? Leur pauvreté* Et après ? Leur pauvreté.
Discute-t-il les hommes ? Non ; il parle de « Savate oblique », de « Feutre cahoté ». de « Deux pantalons dont les 'trous, par bonheur, n 'étaient pas l'un sur Tautie ». Il reproche à Veuillot — le grand écrivain — de s 'être trouvé « sans gîte et sans valise » ; il prédit à Dupin, qu'il veut outrager profondément, le sort « d'un récureiir d'égoût » ; il accuse un de ses e nnemis les plus intimes d'avoir « manqué de chemise. »
K C'est bien misérable, tout ça. Et dire que ça prend si bien... . .
Pauvre cocher Moore ! Oh ! oui, pauvre — pauvre !...
dera comment un journal comme le Temps ce reptile de l'opportunisme — a le toupet de parler de I insuffisance ou des vices de notre système de répression lorsque des malheureux qui meurent de faim se livrent a des actes insensés ou atroces, avec la seule intention de se faire mettre en prison, où, du moins, ils pourront
On se demandera si, parmi ces misérables, il ne se trouve pas des victimes de ce Panama qui fit couler tant d’or dans la caisse de certains journaux.
Et l’on se demandera, encore, si ces malheureux, au lieu d’aller briser des glaces pour se faire envoyer au Dépôt, n'auraient pas mieux fait de venir tout de suite casser la gueule — oui, M. Hébrard, la sale gueule — des crapules opportunistes qui les dépouillèrent au coin de leurs tables de rédaction.
Enhardi par le succès qu’obtient en ce moment le livre de M de la Villehervé : Les impressions d un assassiné, œuvre géniale, M. Floquet vient - enfin d’accoucher d'une idée. Il a résolu de monnayer sa gloire en papier jésus.
M. Floquet n'attend plus que son echec aux élections sénatoriales pour publier un volume intitulé : Les sensations d'un Blackboulé.
Si, comme tout le fait espérer, cette publication obtient le succès retentissant qu elle mérite. M. Moque pour bien faire voir qu'il peut cultiver avec fruit les genres les plus différents, a 1 intention de s adonner à la chaïtson populaire. 11 débuterait par une romance historico-végétalo-sentimentale, 3 laquelle il donnerait pour titre : Le Polonia de Panama, et qui se chanteraitsur l'air de : Ah! si lu savais, Canivet...
-eæa-
Sur la proposition de MM. liousselle et Paul Strauss, leConseilRénéral vient de mettre une somme de 500 franes a la disposition du comité qui s'est constitué pour élever un monument àl amèmoire du professeur Charcot médecin a l'hospice de la Salpétrière, . un des fondateurs, a
dit M Rousselle, de la médecine moderne. »
Le docteur Charcot méritait amplement cet hommage Le grand savant et l’honnête homme qu'il fut pouvaient
compter sur cette glorification posthume.
Si nous en croyons les on-dit certain médecin- alléniste au contraire, ferait bien de prendre ses précautions’- et s'il tient à se voir moulé en bronze, de ne pas trop compter sur la postérité et de famé ériger immédiatement sa statue, qu'il aurait ainsi le platsit de con
templer - à moins, bien entendu que les souhaits antinaTurels d'un membre de sa famille ne se réalisent trop ïfte Nous venons de parler de la Salpétrière, mais nous n'en parlons plus. Nous sommes, ù présent, dans le voisinage.
Grande querelle entre M. de Kératry, ancien préfet de police, et M- Emile Zola, qu, faillit être sous-préfet. Le sujet de cette querelle, des &lus palpitants (Mais,
qUAu pofnt ÔVen'slnt les choses, aucun arrangement amiable n'est possible et une rencontre a été reconnue
'"Deuvdes témoins — MM. Lockroy et Floquet -se sont arrangés pour que l'affaire, étant donnée la qualité des adversaires, n'ait pas de suites fâcheuses.
t a balle retrouvée par la blanchisseuse de M. Lockroy, dans la poche de son gilet, sera échangée sans résultat.
Suant â M. Floquet, il a indique le moyen de faire partir d’un coup de talon sec. un pétard spécial dont F, bruit rappelle, à s'v méprendre, celui d un coup de oisto et Ce pétard, dit pétard opportuno-adamesque, Knd les services les plus précieux, en période électoral Nul doute qu'il ne fasse merveille sur le terrain.
M Floquet, auquel les trois cent mille francs du Panama suffisent, quant à présent, a accordé son concours aux adversaires d'une fapon toute gracieuse.
Nos félicitations sincères à M. Floquet pour cette manière d'agir qui, jusqu'ici, n était pas dans ses habitudes il est vrai qu'il faut un commencement à tout
Extrait du Temps, qui se félicite de la création d'une police d'Etat ; ....
« Un moment viendra , qui n est pas bien loinlain où l'on se demandera comment il a pu y avoir deux cents polices différentes en France, alors qu'il n’y a plus qu'une justice et qu un Code pénal . »
Oui. l'n moment viendra, aussi, qui n'est pas lointain non plus, où l'on se demandera comment cette justice et ce Code pénal — seuls et uniques en leur genre — ne mettent pas la main au collet des malfaiteurs qui posent leur plume sous la gorge de toutes les compagnies de Panama qu'ils rencontrent.
Il y a encore une chose qu'on se demandera, M, Ilèbrard le Vertueux, et avant longtemps. On se deman-
de la fin { Extrait des grands quotidiens ) ilôt qu'il apprit que le Conseil général venait de • soo francs pour le monument de Charcot, docteur Auguste Voisin, médecin a la Salpétrière, ■écipita chez M. Paul Strauss, qui avait déposé la osition, et le remercia avec effusion. Même, U le 1 dans ses bras. , . . . ...
iis, comme il l'étreignait, le parapluie anglais qui it à la main — cadeau aussi cordial que filial lui
Allons, bon! s'écria le docteur Voisin -qui rendrait points (on rend ce qu'on peut) sur e calembour, „Pt son voisinage ; - allons, bon! le proverbe a “re une fois raison -, qui Strauss embrasse, mal
TcI(I‘BrWSlE LI‘B%E
Nous insérerons toutes les semaines, à celle place, les plaintes des personnes, bien nombreuses malheureusement, qui n'ont point à se louer d'un état social ou tout, hélas ! n'est pas pour le mieux... Si les faibles ont besoin d'être soutenus, les puissants ont besoin d'être éclairés. Nons croyons donc rendre service aux nus et aux autres en faisant l'accueil le plus large a toutes les doléances, pourvu qn’elles soient légitimés et morales.
Monsieur le Directeur,
'indignation la plus vive me lait vous adresser mes doléances au sujet des faits révoltants qui se produisent chaque jour de cette fin d’année, faits dont la responsabilité semble devoir retomber tout entière sur les gens qui les encouragent; — j’irai jusqu’à prétendre qu’ils les ordonnent.
Oui, monsieur, j’ose proclamer que la foule des petits fonctionnaires ; facteurs, télégraphistes, égoutiers, balayeurs, etc., n’accepterait pas la compromission d’une parcelle de sa dignité dans cette mendicité renouvelée par périodes régulières, si ses chefs placés' à l’extrême sommet de la hiérarchie ne lui en faisaient une obligation. La misère est sa seule excuse.
Et cependant, je n’ignore pas que je collabore avec des milliers d’autres contribuables à combler un budget écrasant dont les personnes à idées étroites tirent une fierté qu’elles supposent légitime. Imitation svmptomalique de celle qui redressait jadis tous les Français quand ils contemplaient la colonne.
Aujourd’hui, ce n’est plus une colonne de bronze qu’on est fier de regarder ; c’est une colonne de chiffres — longue comme l’échelle de Jacob.
Mais, si je sais à un sou près le chiffre auquel atteignent nos charges, je sais aussi que la destination avouée des sommes en lesquelles s’engouffre mon obole change selon le bon plaisir des souverains délégués ù la répartition de nos écus
Ah! l’on nous parle des sacrifices consentis en faveur des infiniment petits de l’administration! Je jouirais d’une dose de naïveté incroyable si je croyais dans les affirmations de plumitifs subventionnés qui se confondent en protestations laudatives pour exalter la sollicitude des autorités municipales et gouvernementales à l’égard des plus humbles de nos serviteurs.
Comme si nous pouvions encore garder l’ombre d’une illusion quelconque en regardant la bourbe grasse et infectieuse qui s’étale en maîtresse sur le pavé et l’asphalte — dédaigneuse des rares coups de balai que les lanciers de la Préfecture lui donnent, d’une façon plutôt caressante! — Ici vous me direz, sans doute, que nos maîtres ont des raisons d agir ainsi; car chacun «ait que des membres éminents de l’êdilité parisienne font recueillir, à la nuit tombante, les alluvions déposées le long des trottoirs, et, par mesure économique, s’en servent pour leur toilette intime! C’est fort possible et ee n’est là, d’ailleurs, qu’une vieille chanson mais j’ai remarqué, comme tout le monde, l’état vraiment pitoyable des tristes hères commis aux besognes de nettoyage des rues; et j’ai gardé la ferme conviction que leurs appointements doivent se borner, durant les mois qui précèdent celui qui s’achève, à la cueillette des décimes échoués dans
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le ruisseau, ce qui, vous en conviendrez, ne leur doit point permettre chère lie.
Quant aux facteurs, je ne vous apprendrai sans doute rien de nouveau en vous certifiant que le 1/4 de centime d’augmentation par kilomètre voté en leur faveur, voilà bien des années, est allé, accompagné de plusieurs autres, rendre tout simplement visite aux joyeux publicistes qui ne marchent pas sans ce viatique. M. Charles Laurent — luimême — me l'affirmait dernièrement.
Je puis vous en causer savamment, moi, monsieur. J’étais receveur des postes à celte époque et je déclare que plusieurs de nos subordonnés, indignés de cette supercherie, donnèrent leur démission ou se livrèrent à des actes d’une telle fantaisie que je dus intervenir, brutalement peut-être, et faire un exemple en demandant la révocation de l’un d’eux.
Il est vrai que ce garçon parti, du bureau le lundi matin, ne revint que le jeudi soir, escorté de deux mules, — ceci se passait dans le Midi — portant toute la correspondance amoncelée durant ces quatre jours Des vignerons compatissants avaient noyé le chagrin de mon facteur dans des flots de vin récemment foulé.
J’avais encore le respect du devoir professionnel et )'accueillis vertement le retardataire : —
« Comment, lui dis-je, le doigt tendu ' ei s le calendrier à effeuiller appendu à la muraille, comment! c’est aujourd’hui que vous rentrez? aujourd’hui, jeudi'. — Jeudi? répondit-il, effaré; monsieur le receveur veut rire. Nous sommes encore à lundi. — C’est insensé! Regardez le calendrier et vous verrez bien que voilà quatre jours écoulés depuis votre départ d’ici ! — Monsieur le receveur aura sans doute enlevé quatre pages, au lieu d’une... »
Hélas! le malheureux homme 6tjrit fou!
Cela me fit réfléchir et je calculais déjà fhypoihèse d’une rupture avec mes fonctions, motivée par de possibles prélèvements qui s’effectueraient sur ma soldé grâce à l'extension de ce système économique, à tous les degrés, appliqué par notre opportunisme officiel, lorsque un événement qui se produisit à Paris m’arracha à mes dernières hésitations.
Je veux parler des deux commis du bureau central des Postes el Télégraphes, collectionneurs spéciaux des timbres, qui prenaient soin de ne conserver que les seuls timbres français avant cours, ceux-là mêmes qui sont appelés à disparaltre prochainement sous le prétexte — ô ironie! qu'ils 11e symbolisent pas suffisamment la République! (el M. Mesureur, qui débaptise les rues, est le parrain du timbre symbole!)
Donc, ces commis ne gardaient que ces carrés-là. El lorsqu’un client se présentait à leur guichet pour un chargement, ils les collaient gentiment sur l’enveloppe-, et, pan! un cachet sur l'oblitération ancienne permeüait au timbre de circuler en toute légitimité. Le bureau étant achalandé; ces messieurs avaient là un fromage peu ordinaire.
Cela se passait au vu et au su de tout le personnel, mais comme ce personnel savait aussi qu’un haut personnage autorisait tacitement cette industrie, movennanl la remise intégrale des émoluments de nos deux farceurs, jamais une plainte ne fut formulée. — A quoi bon? Les étouffoirs ne manquent point, par le temps qui court — bien qu’on en use beaucoup.
Il a suffi que les imbéciles négligeassent un jour la formalité du pot de vin. pour que des poursuites fussent exercées contre eux. — On n’est pas étourdi à ce point
Ecœure, je redevins bourgeois et pris la suite des
affaires d’un oncle qui par un hasard funeste pour lui — venait de partir sous pli recommandé vers les contrées où les anciens ministres promettent les vieilles lunes — ce qui leur est plus commode que d’accord la neuve, de leur vivant, (je ne parle pas naturellement de M. Antonin Dubost.)
Je ne suis pas positivement dans la gêne, mais les patentes, impositions de portes et tenétres, centimes additionnels, qui pleuve» t sur moi comme les clous — dans la double acception de ce vocable — au Palais-Bourbon m’engagent à demander à l’ Escarmouche s'il n’y aurait point un moyen de débarrasser le public de cette horde de pauvres bougres que l’Etat ne peut entretenir et qu’il envoie, malgré les réglements formels qu’il édicta lui-même, mendier à domicile.
Ces fonctionnaires à besace, depuis le commencement du mois, et du matin au soir, envahissent ma maison, salissent mon escalier, crottent mon parquet, brisent les cordons de mes sonnettes; et. même pendant mon sommeil, je me sens écrasé sous des montagnes de calendriers, souffleté pai les souhaits de bonne année, fleurant la boue et le vieux sui', de balayeurs el de rats-de-cave; et il me semble môme, parfois, voir un rôdacteui de la Pull Mail Gazette dérouler, sous mes paupières closes, les photographies de jeunes télégraphistes pomponnés, pommadés à la moéfie-de-bœuf et charmants — qui sont venus chez moi, dans la journée, avec des gestes trop ingénus, réclamer leurs étrennes.
Ah ! aidez-nous, monsieur le directeur, à nous délivrer, une fois pour toutes, de celte mendicité administrative ! Je sais bien qu’à une époque où des ministres comme Floquet et Rouvier tendent leur chapeau; où des préfets comme Lozé, avides de bière viennoise, tendent a leurs lèvres, ou des courtiers véreux comme M. Canivet tendent leur boutonnière; on ne peut demander a de pauvres diables d’exploités de ne pas tendre la main...
Hélas! En quel temps vivons-nous?... El comment se fait-il qu’on ne fasse rien — puisque tout le monde sait ce qu’il faut faire?...
Je vous prie d’agréer, monsieur le directeur, l’assurance de ma plus complète considération.