D. COCHERIE
•f -PROPOS -V UN LIVRE
ONSŒUR A. Hamon vient de faire 011 paraître un petit volume intitulé : !§IJ Psychologie du militaire profes-
! m sionncl. Ce petit volume a déjà fait
-ouler de l’encre, comme on dit dans la presse; quelques chroniqueurs s’en indignèrent; d’autres jouant leur vrai rôle de journalistes lin-desiècle — requrient des poursuites; et M. Mirbeau.
prendre la défense du volume pour protester a son aise contre le mot : « Agissements. »
M. Mirbeau fut trop intéressant pour que nous n’abandonnions pas la critique de son article à M. Lepellelier, son aristarque ordinaire. Espérons que cette fine mouche saura nous donner, a ce sujet un de ces jours, quelques appt éclations aussi’ délicates que désagréables pour le digne onfrère ; car, MM. Lepellelier et Mirbeau. ne
l’ignorez pas, sont faits pour ne jamais s’entendre. S’ils s’entendaient, voyez-vous — ils- y perdraient trop.
Sur le petit volume, encore, d’autres personnalités furent conviées par des reporters à exprimer leur opinion; elles ne se firent point prier. Le général Jung exprima son avis en patois alsacien.
« Pour moi. dit-il. ce qui différencie, c’est le but, »
El, là-dessus, il se fit une petite réclame — que nous nous refusons à traduire.
M. François Coppêe écrivit une lettre qu’il signa François Coppée.
M. Mirman, député qui ne recule pas devant le sac, assura que certaines analyses comportent deux opérations très distinctes. Sa réponse d’ailleurs, est longue; mais, comme elle répète toujours la même chose, nous n’y avons point, jusqu’ici, découvert de contradictions.
M. Ledrain fut aussi consulté. Ce vieux rat de bibliothèque affirma qu’il avait traduit la Bible, ce qui est vrai; il laissa entendre qu’il ne l’avait pas trop mal traduite, ce qui est assez vrai; mais il oublia d’indiquer qu’il n’en avait point compris un traître mot — ce qui eût été encore plus vrai. D’autres, quelconques, salivèrent.
Le plus intéressant, sans contredit, lut le général Clemenceau Ce vieux militaire, forcé de prendre sa retraite avant l’àge — son bâton do maréchal étant resté dans la trousse du major Cornélius Herz — est toujours prêt, on le sait, à boucher la trouée des Vosges avec un seul bloc — les bouillons dé la Justice. — Il fut, cette fois, j pathétique. Carrément, il y alla de ses deux cenlcinquanle lignes (absolument comme s’il se payait lui-même), fit cent vingt-deux fois un sort heureux au mot : Patrie- et. encadra le vocable : drapeau entre des virgules aussi suggestives qu’inattendues.
Il sut parler de nos chères provinces sans citei l’ Angleterre; et, s’il gronda M. Hamon, ce fut , paternellement. Bref, chacun comprit que le général Clémenceau, s’il ne disait pas grand’chose, en aurait pu dire très long. Mais on l’excusa, car on doit excuser un homme qui passe son temps à étudier le microbe de la guigne, depuis que , l’ingratitude de ses électeurs l’a condamné à vivre au milieu des bouillons — de culture.
Le petit volume de M. Hamon, pourtant, qui. a j « fait couler » deux ou trois litres d’encre, n’en valait guère plus d’une chopine.
C’est, d’après la prière d'ins<ïrer, « une œuvre scientifique écrite suivant la méthode positive. » C’est l’emploi d’une paire de ciseaux. Cet emploi n’a même pas besoin d’ètre judicieux.
Quant aux œuvres scientifiques, il faut qu’elles soient des œuvres — si elles tiennent à être des œuvres. — Un jargon pédanlesque n’a rien pour elles d’indispensable, mais l’esprit philosophique - ne leur est point inutile.
Un amas de documents, n’est qu’un amas de documents. Que ça puisse être commode, c’est possible. Et encore ! Ça ne sert peut-être qu à ' défigurer le souvenir, qu’à coller l’imagination sur le rectangle d’un découpage de journal. D'un entassement de notes, si volumineux soit-il, ne peut sortir aucune indication générale.
M. Hamon, d’ailleurs, n’a eu besoin de dégager aucune iuconnue. Quoi qu’il en dise, avant même qu’il eût épinglé son premier papillon anti militaire. son siège était fait.
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Il nous raconte, pourtant, de belles histoires. «Pour de tels essais, il est nécessaire dit-il,, d’employer, comme exemple de l’essence professionnelle, des faits que je qualifierai d’historiques, encore que souvent ils soient récents. Ils sont historiques en .ce sens qu’ils ont été relatés dans des journaux, revues, livres et qu’ils n’ont point été contestés. »
Ce n’est pas sérieux. Un fait ne devient historique que lorsqu'il a pris la valeur d’un symbole.
M. Hamon a voulu prouver que le « Militarisme est l’école du crime ». Il n’a rien prouvé du tout. Il a publié, â la suite les unes des autres, plusieurs observations intéressant des militaires et qui avaient paru, à des époques diverses, dans des recueils plus pu moins périodiques. Pas autre chose.
C’était forcé. On ne démontre rien ni avec des chiffres, ni avec des documents. On enthousiasme avec ses nerfs.
Le peuple qui, â la Cour d’Assises, appelle les pièces à convictions : des pièces d convulsions, a parfaitement raison. Oui, M. Hamon, il a raison — et même scientifiquement, si vous voulez bien.
Nous ne tenons pas û entrer dans des détails. M. Hamon, cependant, va peut-être un peu loin. Il reproche aux soldats « leur stoïcisme, leur disvulnêrabilitè spéciale; » il trouve mauvaises les guérisons rapides de leurs blessures graves, « qui auraient été mortelles pour des organismes différents. »
« Aux yeux du vulgaire, dit M. Hamon, cette .disvulnérabilité passe pour du courage; elle est ll’objet d’éloges sans fin. En fait, cette analgésie physique, reste de notre ancestralité cérébrale, est l'indice d'une cérébralion inférieure. »
N’insistons pas. Il est bien malheureux que M. Hamon n’ait pas adopté d’autre méthode que la méthode positive pour soutenir sa thèse qui, après tout, est peut-être bonne. Sans doute, s’il n’eût pas employé de méthode du tout, y serait-il parvenu.
Il parviendrait tout aussi facilement, il est vrai, à démontrer — ou plutôt à faire croire, car on ne démontre guère, — que « l'école est le crime du militarisme1», ou que « le crime est le militarisme de l’école » ou bien encore que « le militarisme est le crime de l’école. » Et tout ça ne servirait pas û grand chose
Seule conclusion :
On s'occupe beaucoup de l’armée, à présent. Tout est prétexte à de longs articles chauvins ou anti-cocardiers. Le fait est que le système de la paix armée que nous subissons est en train de ruiner le Vieux Monde. L’Europe a affirmé, maintes fois, qu’elle serait toute prête à désarmer si elle pouvait trouver, pour traiter, en France, un autre régime que l’abject régime parlementaire qui préside à nos destinées. Nous avons dans l’idée,
ici, que l’Europe ne mentait pas absolument La
solution ne serait donc pas difficile à trouver, si nous ne tefiions pas obstinément à nous offrir, d’ici peu, une nouvelle édition de la glorieuse affaire du Panama
En tous cas, il est temps que ça finisse. On nous ruine en fusils et en canons. Qu’on envoie toute cette ferraille Û la fonte — ou qu’on s’en serve.