‹ L'escarmoucheChapitre 70 sur 83 · BONNE ET HEUREUSE · texte numérisé non relu

BONNE ET HEUREUSE

B! o us m’avons pas adressé nos souhaits de | bonne année à nos lecteurs, car nous I supposions que cette coutume banale leur paraîtrait agaçante.

AI. de Suives, représenté par ses facteurs, nous semble suffire.

Cependant, il est une catégorie d’individus auprès desquels nous ne sommes pas tenus d’avoir la même discrétion.

Nous voulons parler de ces êtres abjects, sans foi ni talent, poussés sur le pavé parisien comme les champignons poussent sur les murailles lépreuses, qui ont acquis, grâce à la protection honteuse des malfaiteurs qui nous gouvernent, une autorité-contre laquelle rien ne peut prévaloir.

Tout doit servir de matière à leurs investigations Tout est soumis à leur contrôle.

Le domicile n’existe plus.

L homme ne peut plus s’appartenir.

Tout ça, c’est de la pâte à interview.

Dès qu’une affaire préoccupe, à quelque titre que ce soit, l’opinion publique, la meule de ces chiens errants hume Pair, flaire les fonds de culottes des personnes qu'elle croit à même de lui donner une indication; et, dès qu’elle l’a obtenue, elle s’élance vers l’endroit qu’habitent les gens presque toujours tranquilles qui doivent— car ils le doivent m’entendez-vous? — compléter les renseignements déjà recueillis.

Elle ne s'inquiète pas, cette meute vorace, du mal inguérissable que ses révélations feront aux humbles et aux laborieux qu’elle a troublés ! Elle ne se rend pas compte, ou plutôt elle ne peut plus se rendre compte de l’infamie qui s’attache au rôle qu'elle joue!

Elle n'est pas sensiblarde.

Ce qui lui importe, c’est d’arriver le soir avec trois longues et larges pages couvertes d’une écriture serrée, contre laquelle les grands pourvoyeurs des prisons, — où ils devraient être — les Hébrard, les Canivet, eltutti quantileur donnent des bribes de pâtée!

Et cela s’intitule journaliste!

Cela se réclame d’Armand Carrel, quand cela devrait reconnaître A idocq pour patron dans le passé — et Henry Bauür, pour modèle dans l’avenir.

Ah! comme on pressent, à les voir effondrés sur les banquettes en moleskine d'un café, à l’heure verte, les rêves qui peuvent hanter les cerveaux déformés de ces reporters, ou nulle idée généreuse ne peut désormais pénétrer, ou toute entrée est interdite à la pensée grande, ou simplement honnête !

Comme on devine les combinaisons atroces qui s’élaborent sous ces fronts ridés par l’envie, rétrécis par l’imbécillité!

Tout ce qui les courbe et les abandonne à la réflexion, c’est la certitude d’étre les stipendiés de patrons qui sont leurs égaux en intelligence et en canaillerie.

El ils calculent les moyens qui leur faciliteront la montée à un pinacle de hauteur égale à celui de ces grands hommes.

Ils ne reculeront devant aucun moven pour y atteindre; et, à mesure que leur imagination travaille à rapprocher les heures de bien être encore lointaines, un sourire glisse sur leurs lèvres, leurs

yeux s’extasient — et e’est d’une voix presque joyeuse que ces blêmes avortons commandent une deuxième absinthe

Bonne année à ceux-là! Qu’elle soit plus fructueuse encore que celle qui vienlde disparaître, mais qu’ils se hâtent d’en profiter! Car j’ai idée que s’ils tiennent à la réalisation de leurs désirs, il faudra qu’ils mettent les bouchées doubles; les souhaits à venir pourraient bien n’ètre pas pour eux formulés d’une façon aussi compatissante et la mode reviendra peut-être, enfin, de placer, derrière les portes, des manches à balais pour les chiens galeux et les mendiants à domicile !...

ECHOS

| ncork une fois, le gouvernement vient | de se livrer au petit jeu des perqui- | sitions. Le résultat des recherches opérées dans les mansardes où agonisent les | miséreux et dans les boutiques de maslroquets où de pauvres hères prennent leur nourriture à des prix qui feraient sourire M. Rouvier, n'a point été des plus satisfaisants. Si nous n'avions pas, pour le régime républicain-opportuniste dont nous jouissons — décharges publiques — tout le respect qu'il mérite, nous n'hésiterions pas à affirmer que ce résultat fut lamentable.

Des numéros de journaux en vente dans tous les kiosques, des outils de travail, en quantité, furent saisis. On arrêta quelques pauvres diables coupables d'avoir mal parlé de leur concierge ou d'avoir affirmé — ce qui est parfaitement autorise par la loi — que M. Spuller est un imbécile et M. Joseph Reinach un ignoble drôle. On les relâcha, du reste, le lendemain.

Voilà tout.

— Et comptez- vous pour rien, nous demande effrontément un Canivet qui navigue dans un ruisseau voisin, la saisie des almanachs du Père Peinard ? En voilà du bon papier! Du bon papier avec lequel on pourra bourrer ou envelopper des bombes que nous ferons placer aux bons endroits, et qui permettront à la République...

Mais un policier qui passe entend les propos du Canivet, et hausse les épaules. Le policier semble dégoûté du Cani vet. Le Canivet, visiblement, lui répugne. 11 connaît si bien le Canivet! Il çonnait tant de Canivets!... Le Canivet n'est qu'une ordure, c’est vrai; mais les Canivets font déborder les dépotoirs... C’est du bien sale monde, les Canivets

Et le policier s’éloigne, secouant ironiquement la tète, crachottant. Il en a assez, du Canivet. Il n'envie plus le Canivet. Il méprise le Canivet.

Signe des temps.

M. Ravnal, ministre des conventions intérieures, a rendu compte, au conseil des ministres, du résultat des arrestations et perquisitions opérées dans toute la France. Il s'est félicité de l'habileté avec laquelle ces opérations ont été menées, de la façon dont le secret a etc gardé, de la parfaite entente qui s'est manifestée entre l'autorité judiciaire et l’autorité administrative.

M. Ravnal nous fait absolument l'effet du geai qui se pare des plumes du paon. L' habileté? Le secret gardé ? La parfaite entente?... Est-ce que toutes ces choses n’ont point été constatées, déjà, et plutôt dix fois qu'une, soit au cours des discussions au sujet des massacres de Fourmies, soit pendant les procès de Panama ?

Nous en appelons à tous les acquittés et à tous les non-lieu de la troisième République. Ils répondront, nous en sommes sûrs. (Il n'est pas question des dettes de leurs femmes.)

Quand à M. Ravnal — David — nous lui ferons observer que ce n’est pas une raison, d'avoir danse jadis devant l'arche — des grandes compagnies, — pour aller esquisser le pas du concessionnaire en délire devant des paniers à salade dont la porte est encore ouverte.

Le Temps recommande à tous les amis du progrès par l'ordre | dans le grousset de Pasehal-Yide — et de la liberté — du chantage — de faire un effort nécessaire pour combattre certaines propagandes pernicieuses.

Il conseille, particulièrement, l'institution des conférences.

On nous assure que, tout d'abord, pour donner le bon exemple, c'est M. Hébrard qui tiendra le crachoir.

Dans ce cas spécial — nous nous faisons un plaisir d'en informer nos lecteurs — le crachoir change de nom.

Il s'appelle : le bassinet.

« La neige à Paris, c'est de la m... qui fait sa première communion. »

Je ne sàis plus qui disait ça ;

Le mot est joli; mais les rues sont des cloaques. Le Conseil municipal, naturellement, se refuse à faire balayer. D'ailleurs, M. Alphonse Humbert — le bourbier de la dernière minute — est dans la joie. Tout naturel, puisqu'il est dans la. . Passons.

On vient — encore — d'offrir un banquet à M. Spuller M. Spuller, qui ne boude jamais contre son ventre, avait tenu, quoique souffrant, à se rendre à cette invitation. Il était accompagné de son casse-noisettes, M. Hector Dépassé?

Etant donné l’abdomen dont jouissent déjà ce s messieurs, et si l’on continue à les engraisser comme ça, le ministère de l'Instruction Publique pourra bientôt s'appeler l’Hôtel des Ventres.

Le Conseil municipal, sur la proposition de M. Paul Brousse, a décidé que la taxe de la bière ne sera plus perçue à raison de 15 fr. par hectolitre, mais proportionnellement à son degré d’alcool.

C'est parfait.

Reste à savoir pourquoi l’on ne percevrait pas le prix de port des journaux, non plus en ra:son de leur poids, mais proportionnellement à leur prix d’abonnement.

Mlle Jeanne Raïhaut, fille de l’ancien ministre des Travaux PubLics, vient de succomber aux suites d’une congestion pulmonaire.

Certaines gens ont trouvé mauvais qu'on ne permit pas à Yex-ministr.e d'assister aux obsèques de sa fille. Nous le regrettons aussi — non pas que M. Baïhaut ait eu plus de droits à cette faveur que cinq ou six cents prisonniers qui se trouvent, mensuellement, dans son cas — mais en pure haine de ce principe d'égalité démocratique, qui nous répugne absolument.

Une chose que nous ne comprenons pas, par exemple, c'est que M. Baïhaut soit encore sous les verrous, alors que -le répugnant Freycinet est indemne, alors que Charles de Lesseps est mis en liberté, alors que Rouvier a bénéficié d'une ordonnance de non-lieu, alors que Floquet — l'homme qui plaça trois cent mille francs, pour la Rép., et à canivets composés, dans la coiffe de son chapeau — va se faire nommer sénateur.

M Baïhaut ne fut, en aucune façon plus coupable que ses confrères. Il dédaigna leurs hypocrisies; voilà tout.

Et il nous semble que le cynisme — qui n'est que l'audace de la franchise — au lieu d'être considéré comme une circonstance aggravante, devrait créer des droits.

Les anciens membrés du comité Gambetta, de Belleville, feront leur visite aux Jaidies dimanche prochain.

Rendez-vous, à neuf heures, gare Saint-Lazare — Œil-de-Bœuf de l'Œil crevé.

L’Œil crevé', oui; voilà tout ce qui restera — tout ce qui reste déjà, malgré le grincement des deux dernières quenottes de Mme" Adam — du ventru, si néfaste à la France... et encore, parce que Hervé a consenti à le contresigner, l'Œil crevé!...

La questure de la Chambre a chargé M Dupuy de demander au ministère de l'intérieur la création d'un poste de commissaire spécial qui serait placé à la Chambre des députés.

Ce commissaire spécial aurait pour mission de surveiller attentivement certains députés socialistes, qu'on suppose en relations avec les terroristes, et de les fouiller scrupuleusement à leur entrée dans la salle des séances. Il aurait pour consigne de ne pas respecter, môme, le linge de ces messieurs.

Cette dernière mesure ne s’appliquerait point, bien entendu —et pour cause — à MM. Lavy et Alphonse Humbert.

r&scaçmoucl^

Les ministres viennent de s'entretenir longuement, de la préparation du budget de rSos.

M. Burdeau a exposé que l'établissement de ce budget était des plus difficiles et qu’il fallait prévoir un assez gros déficit.

Le ministre des finances a insisté très vivement auprès de ses collègues de !a marine et de la guerre pour que des réductions importantes soient apportées aux chapitres de ces deux budgets.

Le ministre de la marine a promis d'imposer, dorénavant, aux bâtiments qui évoluent sous ses ordres l'obligation de ne faire réparer leurs mâts de perroquet, qu'aux lies du Cap vert, où, pense-t-il, le bois ad hoc se vend meilleur marché

Le ministre de la guerre a affirmé de son côté, qu'il lui était possible d'employer, au lieu de bois, pour la confection des gabions nécessaires, les cotes des quatre-vingt dix mille individus qui meurent de faim chaque année, en France.

Quant â l’honorable ministre de l'Intérieur, il a promis que tous les individus qui touchaient à la caisse des fonds secrets, des sommes trop élevées, rentreraient immédiatement dans le Ranc.

Toutes nos félicitations.

Nous pouvoirs donc dormir tranquilles — jusqu’au réveil .

On annonce, de Londres, la mort de M. Henry Vizetellv, dont la santé avait été très éprouvée par l'emprisonnement qu'il avait subi en Angleterre, ù la suite de la publication de certaines œuvres de M. Emile Zola, qu'il avait traduites.

l'n de nos amis nous informe, â l'instant, de la véritable cause de la mort de M. Vizetelly.

M. Emile Zola ayant été faire, à brule-pourpoint et sans se faire annoncer, une visite ù Camille Doucet, surprit ce jeune homme au moment précis où il appliquait, sur ses cheveux noirs coupés très courts, une perruque d'une éclatante blancheur.

— Votre voix! s'écria l’auteur des Mystères de Marseille. Voire voix! — ou je dévoilé votre horrible secret.

— Comptez sur ma voix, répondit en pleurant AL Camille Doucet, mais ne comptez pas, par grâce, les poils noirs de ma perruque.

M. Zola promit tout ce qu’on voulut. El, immédiatement, il télégraphia à M. Vizetelly :

— Doucet. Perruque. Tiens secret. Promis voix. Elu.

M Vizetillv, ouvrant la dépêche à l’improviste ne put

s'empêcher de mourir de joie.

Ohl l'amitié

Puisque nous parlons d’auteurs célèbres, si nous disions deux mots de M. Henry Bauèr?

Ça ne vous ferait rien? Ça nous fait plaisir.

Cet ange critique vient d’avoir l'audace de faire reproduire, par le Gil Blas illustré, une rognure d'autobiographie qu'il avait déjà eu le toupet de servir en guise d'entremets — gazons — aux lecteurs de YEcho de Paris.

ht Gil Blas illustré, parait-il, est bien puni. La vente baisse.

M. Henry Bauer, a qui les bouillons sont retournés, par traité spécial, pourra enfin exécuter lui-même, et sur lui-même, ses toilettes intimes.

Ce sera, vraiment, bien son tour.

Ç'a été si longtemps le tour des autres.

On .juge, à Orléans, Mme de Courcelles et M. Impins son gendre — et son amant — qui, de complicité, avaient maltraité et séquestré Mme Impins, fille de Mme de Courcelles.

Nous ignorons, à l'heure qu'il est, le verdict rendu par le tribunal.

Quoi qu’il en soit, il est certain que la peine que le tribunal correctionnel pourra infliger â M. Impins ne sera certainement pas en rapport avec le mal qu'il a fait subir à sa femme, et surtout, avec celui qu'il lui réservait.

On a; en effet, . découvert, entre autres choses, que, d’accord avec Mme de Courçelles, M. Impins prenait ses mesures pour obtenir l'internement de sa femme dans une maison de santé.

On croit rêver en lisant de pareilles choses. Ainsi, c’est possible ! Cette malheureuse, celte martyre, sur le certificat d'un médecin abject, aurait été enfermée dans un cabanon où elle aurait fini ses jours.

Oui. La chose est possible. Des misérables, qui déshonorent le corps médical, se livrent à ces immondes trafics. Et les familles qui, pour des motifs d’intérêt — — ou pour des raisons moins avouables — veulent se débarrasser d'une personne qui les gêne, sont toujours assurées 'de la complaisance d’un docteur. Voisin des plus célèbres, décoré, professeur et 'médecin-légiste, il n'hésitera jamais — pour de l'argent I — à condamner, au nom de la science (!) un misérable à mourir cfe douledr au fond d’un cul de basse-fosse.

Si nous ne faisons pas de personnalités — et si nous sommes forcés de généraliser — tant pis pour le corps médical qui n'a pas, encore, le courage d'expulser l'être répugnant que stigmatisa, pourtant, avant ses élèves, un., professeur éminent et honorable. Nous parlerons bientôt. Il faudra que nous parlions ; car il y a — lâ-bas — un malheureux innocent qui agonise sous les douches — et qui crie vengeance !

-ZSZ-

L'intérét des bons du Trésor est actuellement, depuis le ifi décembre, fixé à 2 3(4 l'an. Ce taux n'avait pas été atteint depuis très longtemps.

Nous ne sommes pas très forts en finances — et nous osons poser une question : Est-ce que cet intérêt, très élevé, est un signe indiscutable de prospérité?

Est-ce vrai, aussi, que l'émission continuelle de bons du Trésor— telle qu’ede a lieu actuellement — est pour un gouvernement, une preuve de cette prospérité spéciale qui pousse un commerçant aux abois à émettre ce que l'on appelle des billets de complaisance?

Pendant la guerre de 1870, le général Saussier, alors colonel, fut interné dans la forteresse de Glatz. Il avait, en effet, refusé de donner sa parole d'honneur de ne pas s'évader.

Comme c’était alors — ô élephantiasis ! — un beau militaire, d'une tournure à faire rêver les dames de garnison, il fit la conquête d'une jeune fille blonde, fille d'un portier-consigne.

Il lui donna, sans . hésiter, de nombreuses paroles d'honneur. La jeune fille, un beau soir, vint ouvrir la porte au beau colonel. Le beau colonel partit...

... Et ne tînt pas ses paroles d’honneur.

Il s'en vante Des journaux le complimentent.

O éléphantiasis ! ...

■>— îG*-®

Cette pitoyable crapule de Joseph Reinach qui comptait encore, sans en rien oser dire, sur l'héritage de son beau-père le voleur, vient d'être victime de la plus cruelle désillusion.

Il parait que cette excellente pince-à-sucre de Cornélius Herz avait reçu quitus des sommes élevées qu'il avait dues au déplorable baron.

Hélas! Hélas!...

De tout l’argent du beau-père, vovez-vous, Joseph n'aura point un maravéJis. Pauvre Joseph I...

Côs grandes fortunes-là, souvent, comme l’a si bien dit le “poète, C'est bâti sur du sable avec des pieds d'argile.

Myt de la fin ( extrait des grands quotidiens .

Définition de l'attentat de Vaillant, au Palais-Bourbon, par un député qui veut voir, dans Y acte de l'anarchiste, le prélude de querelles retentissantes entre les représentants et les représentés :

— C’est un premier engagement aux clous.

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