UN FONCTIONNAIRE
ÜP î V01(*UE caP'l£Uni-' des douanes Lavielle
eilt 'a blondeur équivoque de l’étoupe, les gens de sa connaissance lui infligèrent le surnom anomal de Taupineau.
Il est vrai que sa remarquable myopie excusait, dans une certaine mesure, l’application irrévérencieuse de ce sobriquet.
D’aucuns assuraient même que son infériorité visuelle le contraignait pour la visite des embuscades, dans les promenades nocturnes inhérentes à ses fonctions, à se faire précéder d’un gabelou porte-falot
Comme ce mode particulier de surveillance permettait aux subordonnés de service la liberté la plus complète, ils ne se privaient guère des distractions de toute sorte qui leur étaient offertes par les belles lilles des fermes avoisinant le poste où ils s’établissaient pour guetter les spécialistes en contrebande.
Les caves des maîtres ou des parents se vidaient avec une rapidité merveilleuse. Je dois dire, par contre, qu’un phénomène diamétralement opposé se produisait sur les charmantes créatures.
Aussi, les registres de la commune avouaient-ils un nombre incommensurable de naissances illégitimes et la petite porte latérale de l'église s’ouvraitelle bien souvent après l’Angelus du soir, — le curé ne voulant, malgré toutes les protestations de ses ouailles, faire bénéficier du baptême les enfants naturels qu’à la chute du jour.
Ces raisons me semblent suffisantes pour justifier la sympathie que le digne capitaine inspirait à ses hommes. Ceux-ci ne prenaient guère de ballots de sucre ou de tabac; mais en revanche ils prenaient du plaisir et des bitures. Je crois, somme toute, que les bénéfices qu’ils retiraient de cette combinaison équivalaient largement ceux qu'ils eussent obtenus dans les parts de prise.
Il est évident que le Directeur des douanes connaissait les habitudes de son inférieur et le relâchement de discipline qui se manifestait dans sa penthière; mais il était aussi exactement renseigné sur les attaches puissantes de mons Taupineau et il n’éprouvait aucune envie de s’aliéner le député de l’arrondissement, personnage d’importance qui devait son élection aux bons offices du cauteleux officier.
De là, une tranquillité parfaite pour ce dernier.
Rien ne troublait la sérénité de son existence et il pouvait, sans la plus légère crainte, Continuer à susciter l’adoration de ses hommes, de leurs épouses et même de leurs rejetons.
Un brave sous-brigadier, entre tous, l’enveloppait de sa touchante sollicitude. Taupineau avait-il envie de manger un lièvre ou une truite en temps prohibé? Il n’avait qu’à formuler son désir : le lendemain la pièce de gibier ou de poisson était entre les mains de sa cuisinière.
Pour ce qu’il est convenu de dénommer les nécessaires épanchements, madame, une gaillarde qui connaissait d’expérience l’art de charmer les supérieurs, conquérait de haute lutte pour sonmari, de nouveaux titres à l’avancement.
Le cher capitaine ne pouvait donc se plaindre des privations supportées par quelques-uns de ses collègues, officiers rigides sur le règlement, qui rendaient la vie dure à leurs douaniers. — mauvais moyen d’apporter des adoucissements à la leur.
C’est ce qu'avait pressenti le malin M. Lavielle et jamais il ne varia dans la ligne de conduite qu’il s'était tracée.
De la complaisance pour tous : Humble envers les personnes de qualité, susceptibles de lui faciliter sa carrière; paternel envers les humbles disposés à garantir ses pieds sensibles du contact douloureux des cailloux que sa vue basse ne lui eût peut-être pas permis d’éviter.
En excellents termes avec les intermédiaires, du reste, et trouvant encore le moyen d’obtenir d’eux, tant sa diplomatie lui prodiguait de ressources, quelques menues gracieusetés, consistant : en vins d’ùge et d’aristocratique origine — M. le Doyen était son principal tributaire — en volailles diverses, pour la fourniture desquelles se concertaient une demi-douzaine de gros agriculteurs de l’endroit; car, progressivement, le délicat Taupineau en était arrivé à soulever quelques objections sur la trop désagréable uniformité des cadeaux.
Aussi depuis l’heure où il avoua sa prédilection marquée pour la variété des espèces, chacun tenait à 'cœur de lui adresser un envoi différent de celui de son voisin.
La basse-cour de l’honnête capitaine regorgeait de dindes et de pintades, de canards et d’oies, de poules et de chapons et ce n’était pas, je vous l’assure. un spectacle sans intérêt qui s'offrait à ses intimes, lorsqu’il les conviait à le suivre dans cette partie de sa propriété. Tout ce monde nourrisseur le connaissant accourait vers lui, mordait dans ses doigts d'où s’évadaient des grains de maïs, cependant qu’une nuée de pigeons tourbillonnait sur sa tète, les plus audacieux se détachant et s’abattant sur ses épaules secouées par un rire gras, un rire canonical.
Comme compensation — car vous admettrez bien que ces campagnards n’eussent pas comblé gratuitement et pour paraître le jovial M. Taupineau de leurs bienfaits — toute latitude était laissée aux bonnes gens de ces heureuses régions pour l’introduction, sans droits onéreux, du bétail, des semences, des objets de toilette et des allumettes chimiques même qu’ils pouvaient se procurer de l’autre côté de la frontière à des conditions de bon marché incomparables.
Il advint — et ce fut d’une rigoureuse logique — que les rumeurs louangeuses soulevées par la conduite vraiment libérale du benoît capitaine eurent leur répercussion à la direction générale des douanes, et le ministre des finances, déjà bien disposé en sa faveur par les persuasives paroles du député, ennemi de toute compromission antiministérielle, lui fit gravir un échelon de plus dans l’administration dont il était le chef suprême.
Les notables du pays furent navrés de cette décision; mais comme ils avaient une belle àme ils se consolèrent à la réception, au i*r Janvier qui suivit la promotion, d'une carte de visite ainsi libellée :
Félicien Lavielle Inspecteur des Douanes
Des personnes dignes de foi m’ont affirmé que la volaille continue d’affluer chez M. l’Inspecteur Taupineau qui a lait nommer au grade supérieur son ex-sous-brigadier dont la femme occupe un poste de cuisinière dans sa nouvelle résidence.
Ce qui prouve qu’il esL absolument néfaste, en un temps de république parlementaire, de se rappeler les notions de cette chose fugace que les moralistes désignèrent par ce terme pompeux : Devoir.
THÉÂTRES
Comédie-Française. — Une reprise de la belle tragédie de Racine, Bérénice, a eu lieu à la Comédie- Française.
Un prologue, dont le thème était emprunté aux relations existantes entre Henriette d’Angleterre, femme de Philipped'Orlèans, et son beau-frère, le roi Louis XIV, relations qui inspirèrent la tragédie racinienne, a été vivement applaudi.
Les auteurs MM. Noël et Pâté ont traité cette historiette avec beaucoup de délicalesse et d’esprit.
Mlle Brandès a fait preuve d'une grande distinction dans le rôle d’Henriette. M. Prudhon est très digne en Jean Racine. M. Truffier a su obtenir un joli succès dans un rôle épisodique de marquis.
Dans Bérénice, Mlle Bartet est absolument parfaite. Je doute qu'une tragédienne puisse rendre avec plus de noblesse et de véhémence les fureurs de la reine outragée, et les souffrances endurées par l'amante frappée dans son amour.
M. Paul Mounet est un Titus qui a su écarter de son interprétation tous ces gestes emphatiques et ce débit redondant que d'aucuns croient devoir employer dans la tragédie. Les vers harmonieux du poète n'ont nullement besoin de cette accentuation, qui en neutralise la douceur pénétrante et l'incomparable tendresse.
M. Albert Lambert est superbe en Antiochus Quant aux autres rôles, ils sont tenus par ces artistes qui se nomment Dupont-Vernon, Leitner et Mlle Moreno. Cela nous dispense de tout autre éloge.
La Belle Saïnara, de M. Ernest d'Hervilly, est une japonaiserie fort élégamment rimée; mais sans grande consistance.
Mlles Bertiny, Ludwig et Rachel Boyer, et surtout Coquelin cadet, nous ont prodigieusement divertis.
Palais-Royal. — Un Fil à la patte, comédie en trois actes de M. Georges Feydeau.
La pièce que M. Georges Feydeau a fait représenter au Palais-Royal ne se recommande pas précisément par des qualités nouvelles, des situations imprévues dans le domaine du vaudeville.
Les vieilles ficelles du métier ont, encore une fois, rattaché entre elles toutes les scènes du Fil à la patte, mais ce qui prouve qu’elles ne sont pas aussi usées que le prétend le Zoïle de l 'Echo de Paris, c'est le franc succès que le public de la première a fait à cette œuvre sans autre prétention que celle de soulever le rire.
Elle y réussit admirablement. L'esprit un peu gros dont l'auteur Ta assaisonnée est bien à sa place dans le théâtre de la Montansier. Quelques mots heureux, frappés au bon coin, ont réconcilié avec ce spectacle les soi-disant délicats qui ne sont le plus souvent que des grincheux incapables d'effort vers la gaieté.
Fernand de Bois-d’Enghien doit épouser Viviane du Verger. Le contrat sera'signé le soir même; malheureusement le fiancé est affligé d'une maîtresse collante, Lucette, qui roucoule dans un café-concert.
La divette adore son amant au point que sa passion lui fait dédaigner les présents d'un général rastaquouère.
Vous concevez l’embarras dans lequel se trouve Fernand pour annoncer à Lucette son mariage prochain.
Comme il faut dans ce genre d’exercices compliquer à outrance l’imbroglio, il se trouve que la future bellemère de Fernand demande à la chanteuse de prêter son concours à la soirée de contrat.
Elle accepte et se rencontre avec son amant. D'où choc. Lucette, furieuse, promet d'empèclier l’union. Un
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truc qu’elle utilise lui réussit à merveille. Elle glisse dans le dos de Bois-d’Enghien un épi de blé. Celui-ci, désagréablement chatouillé retire successivement son veston, son gilet, sa chemise et n'est revêtu que d'un simple gilet de flanelle quand sa belle-mère le surprend dans cette tenue ultra-légère, auprès d’une femme dont la vertu n'est pas précisément l'apanage.
Vous devinez que le fameux-: Tout est rompu, mon gendre est glapi à nouveau; mais Fernand signifie aussi une rupture définitive à l’auteur de sa mésaventure.
Le deuxième acte nous fait pénétrer dans l'appartement de la divette et nous présente un jeune auteur de café-concert, clerc de notaire, qui brûle d'une flamme indiscrète pour la chanteuse. Ce personnage sert de paravant à Bois-d’Enghien contre les fureurs du général Irriguia qui a juré de supprimer son rival heureux. Le chansonnier Bousin ne comprend rien à cette féroce jalousie et ce quiproquo sert de motif à quelques scènes hilarantes.
Le troisième a cte se passe chez Fernand, sur le palier.
Nous revoyons encore ce séducteur, qui tient décidément à nous faire considérer son anatomie totale, en caleçon.
11 s'explique avec Lucette qui le menace de faire un malheur. Tranquillisez-vous, le sang ne coulera pas. Survient Bousin qui se dépouille de ses vêtements au profit de Fernand Après lui Viviane qui s'est mise à s'affoler de son ex-fiancé, depuis quelle connaît son passé de viveur et devant l’institutrice anglaise qui l'accompagne, les deux amoureux sur l'air du duo de Mireille se content de douces choses. La bonne préceptrice se figurant que sa jeune élève prend une leçon de chant les laisse causer en liberté. — Cette scène renouvelée du Barbier de Séville a prodigieusement diverti les spectateurs. Tout s'arrange. Le mariage sera célébré. Lucette se consolera avec le général; mais Bousin sera conduit au poste parce que des gardiens de la paix l'ont rencontré indécemment vêtu.
MM. Saint-Germain, Raimond et Milher sont d'une cocasserie et d'une verve étourdissantes.
Mlles Cheirel et Doriel sont parfaites.
Enfin, le succès qui s’est affirmé hier promet au Palais-Royal une série de représentations aussi longue que celle de Champignoî aux Nouveautés.
Le premier ballet nouveau que l'on montera à l'Opéra sera Y Amour vainqueur, de MM. Adolphe Aderer et Camille de Roddaz, musique de M. André Wormser.
Mlle Subra, qui s'était foulé le pied pendant une répétition des Deux pigeons, est en pleine voie de guérison.
Les répétitions du ballet de MM. Henri Regnier et André Messager seront reprises prochainement en même temps que celles de la Korrigane.
Ces deux ballets seront accompagnés sur l'affiche, tantôt par Déidamie, tantôt par Gwendoline.
Le Châtelet représentera cette semaine le Trésor des Radjahs, féerie de MM. Dennery et Paul Ferrier.
Le Thêatrf.-Libre donnera son prochain spectacle du 1-5 au 20 janvier.
Le programme de cette représentation comprendra deux pièces : L Assomption d'Hannele Matlern, de Gérard Hauptmann, et la Révolte, de Villiers de l'Isle- Adam.
‘PROGRAMME DES THÉÂTRES
Opéra. — 7 h. 1/2. — Gwendoline.
Français. — 7 h. 1 2.— Antigone
Odéon. — 8 h. — Le Fils Naturel.
Opéra-Comique. — 7 h. 3/4. — Le Pré aux Clercs. — Les Folies Amoureuses.
Vaudeville. — 8 h. 1/2. — Madame Sans-Gêne.
Variétés. — 8 h. — Les Brigands.
Gymnase. — 8 h. 1/4. — La Duchesse de Montélimar
Palais-Royal. — 8 h. 1/4. — Leurs Gigolettes.
Nouveautés. — 8 h. 3/4. — Mon Prince.
Renaissance. — 8 h. 1/2. — La Dame aux Camélias. — Phèdre.
Bouffes-Parisiens. — 8 h. — Mam’zclle Carabin.
Porte- Saint-Martin. — Napoléon.
ü aité. — 8 h. 1/4. — Surcouf.
Folies-Dramatiques. — 8 h. — Cousin-Cousine.
Châtelet. — 8 h. — Le Chat du Diable.
Ambigu. — 8 h. — Gigolette.
Menus-Plaisirs. — 8 h. »/». — Relâche.
Théâtre Cluny. — 8 h. 1/4. — Irrésistible. — Ahl... la Pau... La Pau... La Pau...
Nouveau-Théâtre. — 8 h. 1/2. —Miss Dollar.
Déjazet. — 8 h. 1/2. — Les six femmes de Paul.
Théâtre de la République (Château-d’Eau). — 8 h. — L’Assommoir.
Théâtre Moncey. — 8 h. 1/4. — Roger-lu-Hontc.
Robert-Houdin. — Tous les soirs, à 8 h. 1/2. — Prestidigitation. — Le Charlatan. — La Source enchantée. — Le Dai- Kang, énigme mongole. — Matinées, les jeudis, dimanches, et fêtes, à 2 h. 1/2.
Folies-Bergère. — La Loïc Fuller. — Emilienne d’Alençon. — Baronne de Rahden.— Esther Lekain. — Emilienne aux Quat'z’Arts. — Ballets. — Dimanches et fêtes, matinées.
Casino de Paris. — Tous les jours, spectacle, concert, bal. — Les mercredis et samedis, fête de nuit. — Dimanches, matinées à 3 fr.. — Brouiller et Riler, vélocipédistes. — Ipressardi et ses ours merveillenx. — Les Newsky. — Dale et Royston. — Tentations, pantomime. — Les mercredis et samedis fête de nuit. Dimanches, matinées 1 fr.
Olympia. — Inaudi, Naya, Brighton, ballet. — Serpentine au milieu des fauves par Mlle de Sandowa, dompteur Max Himm. — Dimanches et fêtes matinées réservées aux familles. Tous les jeudis, soirées de gala. Entrée : 2 fr.
Eldorado. — A la Papa, revue en 2 actes. — Dimanches et fêtes, matinée à deux heures.
Scala. — Polin, Bourges. — Paris qui rit. — Dimanches et fêtes, matinée à 2 heures.
Petit-Casino. — 8 h. 1/2. — Paris s'iave, revue en 2 actes et 4 tableaux. MM. Désiré, Vaunel, Valah-Duck. — Dimanches â 2 h. .matinée à prix réduits.
Nouveau-Cirque. — Tous les soirs à 8 h. 1/2. — Expressrevue.— Le Yacht, de M. Durand, pantomime nautique. — Mercredis, jeudis, dimanches et fêtes, matinée â 2 h. 1/2.
Moulin-Rouge. Tous les soirs â 8 h. 1/2. — Spectacle- Concert-Bal. — Dimanche matinée, mercredis et samedis à deux heures, grande fête de nuit.
Pôle Nord, 18, rue de Clichy. — Toute la journée, Patinage sur vraie glace.
Concert-Européen (PI. Clichy, 5, rue Biot). — Tous les soirs à 10 h. — Vive la Ru’ Biot, revue. — Fragsondans son répertoire. G. Chalon.Sézanne. — Dimanches et fêtes, matinée â 2 h.
Jardin Zoologique d’Acclimatation. — Concert dans le Palais d'hiver, tous les jours de 3 â 5 h.
Palais de l’Industrie. — Exposition du Progrès. Ouverture toute la journée. Concerts â trois heures. Orchestre L. Mayeur, de l’Opéra. Vendredi, festival, chœurs et solis.
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