L'esclavage dans l'antiquité et son abolition par le christianisme [microforme]
Etude faite devant le Cabinet de Lecture de Montréal, avril, 1858, par GEeorGE Desgarars, JR, LL. B. & A. B.
L’Ervre de Pesclavage dans l'antiquité paraît être, à première vue, une occupation assez inutile dans le siècle présent, et dans l’état actuel de n0s mœurs, qui n’ont pas eu à se plaindre de l'invasion de ce fléau terrible. Cependant sous plusieurs rapports cette étude présente des avantages réels. Et d’abord, celui qui veut approfondir les lois de son pays, et qui aura dans ce but, étudié le droit Romain, qui fait partie essentielle de la législation du Canada, aura dû consacrer quelque temps à ce sujet : car les lois romaines sont tellement liées ensemble, que sans la connaissance du tout, plusieurs parties demeurent à demi comprises. Sous le point de vue historique surtout, il est très-intéressant de connaître l’esclavage, de voir cet édifice moastrueux s'élever et se maintenir, de le voir s’écrouler pierre par pierre sous les coups mesurés du christianisme. C’est pour tous une belle chose que de voir ce monstre, qui avait troublé pendant de si longs siècles les eaux de la société, s’abimer enfin, et disparaître sous les regards de cette religion humble et pacifique qui avait dit : “ serviteurs obéissez à vos maîtres.” Et n’est-ce pas un évènement qui mérite d’être bien connu de tous, que la guérison de cette maladie qui couvrait d’une lèpre honteuse les traits du monde ancien ? Ne devons nous pas nousefforcer de bien connaître quel est l’agent mystérieux qui a su empêcher ce fléau de nous atteindre ? Ilest vrai que cette plante empoisonnée refoulée dans le sol par l’arbre de
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qui a jeté desracines tellement profondes, dans les belles contrées méridionales du nouveau monde, qu’il y fait partie intégrante du
système social : et cela en dépit de la constitution de ces états,
dont la première page déclare que tous les hommes naissent é égaux et libres. Mais cette exception est trop ignoble pour À durer longtemps ; et si l’indignation des peuples ne l’a pas en- 1% core effacée, c’est qu’ils espèrent que l'esclavage, emporté par le souffle salutaire et constant du christianisme, disparaîtra bientôt des Etats-Unis d'Amérique.
Nous allons ce soir jeter un regard rapide sur l’histoire de l'esclavage chez les anciens, et de sa chute sous le christianisme. Nous verrons la moitié du genre humain soumise à l’autre moitié : celle-là méprisée et foulée aux pieds, soumise à toutes les misères possibles ; celle-ci placée dans les honneurs, se reposant sur la pourpre, jouissant de toutes les douceurs de la vie, celle-là condamnée à arroser de ses sueurs la terre, celle-ci en recueillant le fruit. Enfin on les verra dans des positions tellement différentes, que les deux grands génies de la Grèce, Aristote et Platon, se croient obligés de dire, (ce qui soulève aujourd’hui un sentiment d’horreur), que cette différence est établie par la nature, et que les esclaves le sont par nature, de même que le cheval et le mulet sont bêtes de somme par nature. Puis, au milieu de cet état affreux de la société, nous verrons surgir, lentement, majestueusement, la religion du Christ, et à sa voix persuasive, ces deux extrêmes se rapprocher, l’opprimé s’élever à la hauteur de la dignité humaine, Poppresseur s’abaisser à son juste niveau.
Avant de commencer, nous prévenons nos auditeurs que tout ce que nous dirons contre l’esclavage, s’adresse à l’esclavage tel qu’il a existé chez les peuples anciens et non à l’esciavage in se, Car la saine raison et le christianisme ne condamnent pas l'esclavage en lui-même. Ils ne se sont élevés que contre ses abus.
Nous ne remonterons pas pour chercher l’origine de l’Esclavage, aux temps antédiluviens, lorsque les géans faisaient la guerre aux enfants de Dieu. Nous descendrons plutôt vers le peuple juif, et nous écouterons Moïse qui donne à la nation
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choisie de Dieu, les lois qui doivent la régir dans la conduite de ses esclaves. Qu'il devait être dur et avare, comme le lui reproche si souvent le Seigneur, ce peuple, chez lequel la loi se voyait obligée de tolérer la vente d’un enfant par son propre père ! Le fils ou la fille ainsi vendus, devaient servir leur maître durant six années ; à la septième, qui était l’année du jubilé, tout esclave devenait libre. (Cette liberté leur était assurée par une autre loi qui défendait de les vendre en pays étranger. Et si l’esclave ainsi mis en liberté n’a pas le moyen de vivre, la loi pourvoit à sa subsistance : Voici les termes dans lesquels elle est conçue: “ Et vous ne laisserez point aller les mains vides celui à qui vous donnerez la liberté, mais vous lui donnerez pour subsister un secours de votre troupeau, de votre grain, et de votre pressoir, comme des biens que vous avez reçus de la bénédiction du Seigneur votre Dieu.” Belle prévision, qui ne se trouve point dans les législations payennes, et qui donnait à l’Esclave affranchi le nécessaire pour jouir tranquillement des prémices de sa nouvelle liberté. Il faut ici remarquer, que l'esclavage était toléré chez les juifs, comme plusieurs autres maux, à cause de la nature farouche de ce peuple; et que les lois dont nous venons de parler étaient portées, ad duritiam cordis, selon l’Expression de l'Evangile. Mais aussi, la religion tempérait l’Esclavage, puisque nous trouvons une loi pour le cas de l’Esclave qui choisira de demeurer chez son maitre. “ Alors, dit le Seigneur, vous prendrez un fer aigu, et vous lui percerez l’oreille à la porte de votre maison, et il vous servira à jamais.” Et afin que les maîtres usent de la plus grande douceur envers leurs esclaves, Dieu leur présente le souvenir de leurs propres souffrances en Egypte. ‘“ Souvenez-vous, dit-il, que vous avez été esclaves sur la terre d'Egypte, et que le Seigneur votre Dieu vous en a délivrés.” Joignant ainsi au premier motif, celui de la reconnaissance, Cependant, malgré les instances fréquentes de Moïse, les Hébreux se ressentaient du contact des nations, dont ils étaient entourés, et chez lesquelles un esclavage cruel existait. Influencés par leur exemple, ils en agissaient parfois bien rudement avec ceux qui leur étaient soumis. Onen trouve la preuve dans la loi même. “ Si vous crevez un œil, | L 1