‹ L'esclave blancChapitre 115 sur 207 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

— Nous sommes décidés, répondit Thomas ; nous vous donnons une demi-heure pour vous préparera la mort : profitezen de votre mieux : vous avez beaucoup de péchés sur la conscience, et le délai est i ourt.

Il est impossible île décrire Pair de terreur, de stupéfaction el d'incrédulité avec lequel le contre-maître entendit ces paroles. In moment, d'un ton d'autorité, il nous dit de le détacher; l'instant d'après, il s'efforça de rire et affecta de traiter île pure plaisanterie ce qu'avait dit Thomas. Enfin, cédant ;i ses craintes, il se mit à pleurer comme un enfant et à implorer notre miséricorde.

— En avez-vous montré, vous? répliqua Thomas; en avezvous montré à ma pauvre femme? Vous l'avez assassinée, et votre vie doit répondre de la sienne.

M. Martin prit Dieu à témoin qu'il n'était pas coupable; il avait puni la femme de Thomas, il l'avouait; mais il n'avait fait que ce qu'exigeait son devoir, et il était impossihle que quelques coups eussent pu causer sa mort.

— Quelques coups! s'écria Thomas; remerciez Dieu, monsieur Martin, de ce que nous ne vous torturons pas comme vous l'avez torturée ! Plus un mot, ou vous aggraverez vos souffrances. Confessez vos crimes, dites vos prières; ne perdez pas vos derniers instants à ajouter le mensonge à l'assassinat!

Le contre-maître resta anéanti devant ce reproche énergique. 11 couvrit de ses mains son visage, courha la tête et garda quelques moments un silence interrompu seulement par des sanglots étouffés. Peut-être essayait-il de se préparera mourir; mais la vie avait trop de charmes pour ne pas tenter un nouvel effort. Il voyait qu'il était inutile d'en appeler à Thomas, mais il se tourna vers moi. Il me supplia de me rappeler la confiance qu'il avait mise en moi et les faveurs qu'il m'avait, dit-il, accordées ; il promit de nous acheter tous les deux et de nous donner notre liberté, tout au monde, si nous voulions seulement épargner sa vie,

Ses larmes et ses lamentations m'émurent; la tête me tournait, et je sentais une telle faiblesse, un tel délabrement de cœur, que je fus obligé de m'appuyer contre un arbre. Thomas était là, debout, les bras croisés, reposant sur son fusil; il ne répondait point aux prières et aux promesses réitérées du contre-maître : il ne semblait même pas les entendre. Ses yeux étaient fixes, et il paraissait perdu dans ses pensées.

Après un intervalle considérable, pendant lequel le malheureux continuait ses supplications, Thomas se redressa ; il recula de quelques pas et leva son fusil.

— La demi-heure est passée, dit-il; monsieur Martin, êtésvous prêt?

— Non. oh! non, épargnez-moi! oh! épargnez-moi! Encore une demi -heure ! j'ai beaucoup de choses...

Il n'eut pas le temps d'achever sa phrase ; le coup partit, la balle lui pénétra la cervelle, et il tomba roide mon.

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