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CHAPITRE IX

d'ouvrir la porte et de me recevoir, vu, a joutai- je. que j'avais affaire à lui. M. Gordon, croyant voir arriver quelque pratique attarde* et flairant une bonne affaire, se hâta d'obtempérer à ma requête. Il ouvrit la porte, rt. au même moment, un rayon de lune ayant frappé sur mon visage, il me reconnut aussitôt.

— Quoi '. Archy, est-ce vous? sYcria-t-il d'un air de grande surprise? D'où diable sortez-vous à cette heure? je vous croyais parti du pays depuis un mois!

En disant ers mots, il me lit entrer dans la maison et referma la porte.

Je lui dis que j'avais trouvé une cachette dans le voisinage et que je m'adressais à lui en toute confiance pour qu'il m'aidât à me sauver.

— Tout ce que vous voudrez, Archy, répondit-il, mais, si l'on sait que j'ai aidé à votre fuite, c'est fait de moi. Le colonel Moore , votre maître , et le major Pringle, et le capitaine Knerigbt, et je ne sais combien d'autres encore, étaient ici, pas plus tard qu'hier, et ils juraient leurs grands dieux que, si je ne cessais tout commerce avec les esclaves (1), ils démoliraient ma maison et me chasseraient du district. Et maintenant, si j'étais pris à vous aider, Archy, quel moyen aurais- je de nier dorénavant la chose? Je ne suis pas si fou!

Je recourus aux larmes, aux flatteries et aux prières. Je rappelai à M. Gordon qu'il m'avait souvent exprimé' le désir de me rendre service et lui dis que tout ce dont j'avais besoin se bornait à quelques vêtements, joints à quelques renseignements sur l'itinéraire à suivre.

— C'est vrai, Archy, c'est \ rai. dit-il. Je vous dois la vie, mon garçon; je ne puis le nier, et un service en vaut un auautre. Mais c'est que votre affaire est mauvaise, savez-vous? Qui diable, vous a pris, vous et cette fille, de rompre ainsi

(1) Littéralement les mains [hatidt).

oï L'ESCLAVE BLANC.

votre ban? Je n'ai jamais connu de ma vie triste histoire où la femme ne fût au fond? C'est cette vieille drôlesse, cette vieille bavarde de veuve Hinkley, qui m'a amené hier le colonel Moore et sa bande. Que le diable l'emporte! je crois qu'elle a dessein de me faire chasser du pays pour s'emparer de mes pratiques !

Je savais que le fort de M. Gordon n'était pas pour le sentiment et que je jetterais des perles aux pourceaux en essayant de l'attendrir. Je me bornai donc à lui dire qu'il était trop tard pour lui expliquer les sérieuses raisons que nous avions (Mies de prendre la fuite; que, maintenant, la chose était faite. el qùnl s'agissait de ne pas être repris.

— Oui, oui, garçon, je vous comprends, fit-il . C'est une satanée affaire, et je vois que vous commencez à en être honteux vous-même. Vous feriez mieux de vous décider à rentrer, de recevoir vos coups de fouet et de vous faire une raison. C'est de la perte de la fille que le colonel Moore est le plus en colère, et je suis sûr, Archy, que, si vous vouliez faire votre soumission et vous donner le mérite de révéler la retraite de cette malheureuse, vous vous en tireriez à bon compte, et n'auriez pas de peine à lui rejeter tout sur les épaules.

Je contins l'indignation dont me pénétrait cette ignominieuse ouverture. Se trahir l'un l'autre n'est que trop fréquent parmi les esclaves; les maîtres encouragent et récompensent toujours une basse délation. Je ne pouvais pas espérer trouver chez M. Gordon un niveau supérieur à la morale courante. Je passai donc son offre sous silence, et lui dis seulement que j'étais résolu à tout plutôt qu'à retourner h Spring-Meadow. — S'il ne voulait pas m'assister, ajoutai-je, j'allais me retirer, lui demandant seulement sur l'honneur de ne parler à âme au monde de ma visite. Comme dernier argument, je lui donnai à entendre que j'avais de l'argent pour payer ce que je prendrais, sans du tout regarder au prix.

J'ignore si ce fut cette insinuation ou un mobile plus généreux, ou la résultante des deux qui agit sur M. Gordon; ton-

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