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CHAPITRE IX

ù me remettre. Il en avala un lui-même et but à mon heureuse fuite. Cette démonstration me rassura un peu, car, à dire le vrai, j'étais un peu effrayé de l'évidente impression de convoitise produite sur)!. Gordon par l'offre des cinq cents dollars. Le whisky — et il ne s'en tint pas an premierverre — paru! raviver sa gratitude. Il jura qu'il me servirait à ses risques et périls, et me «lit de lui désigner les objets dont j'avais besoin.

Je choisis pour moi un chapeau et une paire de souliers; j'en pris autant pour Cassy. 11 lui fallait aussi des vêtements d'homme. M. Gordon n'en avait pas de faits, dit-il; niais il avait du drap qui me convint, et se chargea de faire faire les habits, .le lui en donnai les mesures par à peu près, et il fut convenu que je reviendrais dans trois jours les chercher; il me promit de me les livrer dans ce délai. J'aurais bien voulu terminer toute l'affaire d'un coup, et me mettre immédiatement en route; mais cela ne se pouvait pas. Un déguisement pour Cassy était indispensable, et il eût été fou d'espérer s'en passer. Je pressai M. Gordon d'être exact et de me livrer les vêtements au jour fixé; car la perspective de cinq cents dollars, jointe à celle de gagner l'amitié du colonel Moore et de faire son chemin grâce à lui, était une tentation à laquelle je jugeais peu prudent de laisser trop longtemps exposé M. Gordon. Je lui demandai ce que je lui devais pour ces diverses fournitures. Il prit son ardoise et commença à chiffrer d'une façon fort active, puis s'interrompit tout à coup. Alternativement il regardait l'ardoise et les marchandises; un moment il parut hésiter; puis enlin, levant les yeux sur moi : « Archy, me dit-il, vous m'avez sauvé la vie; je ne veux point d'argent de vous. » J'appréciai à toute sa valeur cette rare marque de générosité. Tout l'argent de M. Gordon s'en allait régulièrement en dissipation et au jeu. Il était, non-seulement pauvre, mais sans cesse en quête des moyens de satisfaire ses penchants. • L'argent était pour lui ce qu'est le whisky pour le palais d'un ivrogne. Le désintéressement est difficile à un homme dans

cette situation, et ma défiance tomba envers celui qui me donnait une preuve si irrécusable de son désir de m'assister. .le lui souhaitai le bonsoir et m'en retournai près de Cassy, le (•omit sensiblement allégé.

M. Gordon me fit sur le lieu de mon refuge quelques questions que je jugeai pourtant à propos d'éluder. Quoique fort rassuré, je me tins sur mes gardes, et, en sortant de chez M. Gordon, j'eus soin de prendre une direction complètement opposée à celle que j'eusse dû suivre. Une ou deux fois, il me sembla que quelqu'un marchait sur mes pas. La lune nouvelle ne projetait qu'une lueur faible et incertaine. Le senlier où j'étais engagé traversait des taillis et des fourrés où quelqu'un qui m'eût suivi eût pu facilement se cacher. Je m'arrêtai plus d'une fois et écoutai ; je n'entendis rien et ne tardai pas à mettre de côté mes craintes, ou plutôt les visions de mon imagination frappée.

.le fis un grand détour pour gagner ma retraite, où j'arrivai au point du jour. Cassy vint à ma rencontre. C'était la première fois que nous avions été séparés si longtemps, depuis notre fuite de Spring-Meadow. Je fus aussi heureux de la revoir que si mon absence eût duré une année, et l'élan de tendresse avec lequel elle se jeta dans mes bras et me serra contre son cœur me transporta de joie , en me prouvant à quel point j'étais aimé. Nous passâmes ces trois derniers jours à faire nos préparatifs, à prévoir et à résoudre toutes les difficultés possibles, et quelquefois à jouir par avance de notre félicité future.

Au jour dit, je partis pour la maison de M. Gordon. Je m'en approchai non plus en tremblant et en hésitant comme la première fois, mais du pas confiant et alerte de l'homme qui va trouver un ami sûr. Je frappai. M. Gordon ouvrit la porte et me prit par le bras pour me faire entrer ; mais, à travers la porte entre-bâillée, je vis qu'il n'était pas seul.

Me dégageant de son étreinte et faisant un pas en arrière,

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