‹ L'esclave blancChapitre 31 sur 207 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

je lui «lis tout bas : i Grand Dieu : M. Gordon, qui donc est avec vous ici ? »

Il ne répondit rien, mais, presque ep même temps que je parlais, j'entendis la grosse voii «le Stubbs s'écrier : i Saisissez-le! saisissez-le! i et compris que j'étais vendu. .!<■ me mis à fuir; mais, tout en courant, je sentis une main me prendre par l'épaule. J'étais heureusement armé d'un gros bâton court, et. faisant demi-tour, d'un seul coup j'étendis le poursuivant sur le gazon. C'était le traître Cordon. Je fus tenté de m'arrêter et de l'assommer sur la place; mais, au même moment, une balle siflla à mon oreille, et, jetant les yeux autour de moi, je vis, à quelques pas seulement de distance. Stubbs et un autre, des pistolets à la main. Il n'y avait pas de temps à perdre. Je repris ma course et m'enfuis pour éviter d'être tué. l'essuyai coup sur coup deux ou trois décharges sans être atteint, et réussis a"gagner un épais fourré où je courais moins de périls. J'étais évidemment plus leste que ceux qui me poursuivaient; car bientôt je fus hors de leur portée. Je courus encore [très d'une demi-heure; puis, totalement épuisé, je me laissai tomber sur la terre et tâchai, en reprenant haleine, de rassembler mes idées. Il n'y avait pas de lune cette nuit-là; un léger brouillard voilait les étoiles; je ne savais où j'étais. Je m'orientai toutefois, de mon mieux, vers la plantation déserte et me remis en route. Dans ma course désespérée, je m'étais donné une entorse. J'y avais à peine pris garde dans le premier moment ; mais maintenant cette foulure me faisait beaucoup souffrir, et j'avais de la difficulté à marcher. Je fis de mon mieux cependant, dans le dessein et dans l'espoir de revoir Cassy avant le jour. Je fis un chemin énorme dans des bois et des champs qui m'étaient inconnus; mais enfin j'atteignis un ruisseau dont le cours m'était familier et qui fut mon point de repère. Après avoir étanché un peu ma suif, je me remis en marche avec une [dus grande diligence. J'avais encore cinq ou six milles à parcourir pour arriver à la plantation déserte, et j'étais obligé de prendre

une route très-sinueuse. Je nie roidis; niais le soleil était levé depuis plusieurs heures lorsque j'arrivai enfin à la source. Cassy m'attendait avec anxiété. Mon retard l'avait grandement alarmée, et le désordre de mes vêtements, non plus que mon air de fatigue et d'émoi, n'étaient faits pour la rassurer.

Je me précipitai vers la fontaine et me baissais pour y boire lorsque Cassy poussa un grand cri. Je levai les yeux et vis deux ou trois hommes dans le ravin. Je nie redressais lorsque immédiatement je fus saisi par derrière. Deux autres hommes avaient tourné le ravin, et, tandis que je me préparais à livrer bataille à ceu\ que j'avais (levant moi, avant même d'avoir connu tout mon danger, je nie trouvai au pouvoir de ces nouveaux adversaires.

Page 1