‹ L'esclave blancChapitre 62 sur 207 · CHAPITRE XVIII. M · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII. M

Quatre ou cinq malheureux gisaient sur le pont tout sanglants el mortel lem en 1 blessés; La mort semblait s'unir à l'ouragan ft appeler ses victimes. Le navire continuait de se tenir au vènl ; mais une pluie d'écume l'inondait, et de temps en temps il embarquait des lames qui submergeaient le pont et nous inondaient d'eau salée. Il me parut qu'à moins de faire jouer les pompes, nous allions sombrer avec le brick déjà plus d'à moitié rempli d'eau. Je réunis autour de moi ceux de mes compagnons de misère qui me semblaient conserver un peu de raison el je m'efforçai de leur faire comprendre la situation; mais tous étaient tellement stupides de terreur, qu'ils ne purent ou ne voulurent rien entendre. Comme dernière ressource, je m'élançai en criant: « A la pompe, mes amis, à la pompe, ou nous sommes morts'.)) C'est cette phrase qu'avaient sans cesse répétée le capitaine et les maîtres du brick, pour nous exciter au travail. Les pauvres créatures obéirent d'instinct à ce commandement, elles se réunirent à moi et commencèrent à faire jouer les pompes, si ce travail ne devait pas nous sauver, au moins il nous ferait oublier un instant les horreurs de notre situation ; nous le continuâmes jusqu'à ce que Tune des pompes fût brisée et l'autre entièrement hors de service. Mais, pendant ce temps, l'orage s'était abattu et le navire, malgré toutes nos appréhensions, était encore à fleur d'eau.

11 s'allégea par degrés. Les nuages commencèrent à se mouvoir et à fuir au loin dans le ciel en masses ténébreuses. Puis le soleil vint à briller par intervalles, et, après une longue discussion sur le point de savoir s'il se levait ou se couchait, nous en vînmes à conclure qu'il devait être à peu près quatre ou cinq heures du jour.

Les femmes, à peine remises de leur paroxysme de terreur, donnèrent leurs soins aux malheureux blessés, dont elles pansèrent les plaies et qui furent portés sur le gaillard d'arrière. Un pauvre diable, qui avait eu le corps traversé d'une balle de pistolet, était plus gravement atteint que tous les autres. Sa femme, lui tenant la tète sur ses genoux, s'efforçait depré-

venir l'aggravation de souffrances que lui causait l'horrible tangage du navire. Elle l'avait reçu dans ses bras au moment où il était tombé, l'avait emporté île la mêlée, et, dès cet instant, avait paru oublier toutes les horreurs de notre situation commune pour ne songer qu'à lui et adoucir ses maux; ses soins si affectueux ne reçurent pas le prix qu'ils méritaient. L'infortuné ne tarda pas à expirer dans ses bras. Quand elle le vit mort, le chagrin qu'elle avait contenu si longtemps éclata dans toute sou énergie. Ses compagnes l'entourèrent, tentant de lui donner des consolations; mais la pauvre femme n'en pouvait recevoir aucune !

.Quelques-uns se risquèrent en b;is et explorèrent la soute aux vivres. Tout y était plus ou moins endommagé par l'eau de mer; toutefois, ils parvinrent à en extraire une ou deux caisses de pain qui n'était pas trop avarié et qui nous fournit un excellent repas.

Comme nous l'achevions, nous aperçûmes un bâtiment en face de nous. A l'approche de ce navire, nous agitâmes des fragments de voiles et joignîmes nos cris à ce signal de détresse. Le bâtiment, nous ayant vus, mit en panne et nous envoya un canot. Quand l'équipage de cette embarcation fut monté sur le brick, il fut stupéfait de la scène de désolation qu'offrait le pont de ce navire à demi naufragé. Je m'avançai et expliquai à l'officier notre situation; je lui appris que nous étions une cargaison d'esclaves expédiée de Washington à Charlestown ; que le brick et le chargement avaient été abandonnés par l'équipage; que, contrairement à toute attente, nous étions parvenus à maintenir le brick à Ilot, mais que les pompes ne fonctionnaient plus et que nous emplissions de nouveau.

Le maître du navire étranger retourna à son bord et revint bientôt avec le capitaine et le charpentier. Après s'être consultés, ils se déterminèrent à embarquer une partie de leur équipage à bord de notre brick, et à faire voile pour Norfolk, leur destination projetée et le port le plus prochain. Le char-

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