‹ L'esclave blancChapitre 80 sur 207 · CHAPITRE XXI. li.S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI. li.S

crainte <|iu' les tyrans ont toujours si bien su exploiter, — . de descendre des hauteurs sublimes de l'héroïsme à la fâche soumission de l'esclavage!

Elle n'avait pas <;t<; loin lorsqu'elle vit sur le bord de la route une maison liasse et de mauvaise mine. C'était une petite construction de troncs d'arbres, noircie par l'âge et pas sablement détériorée. La moitié au moins des vitres manquait aux deux ou trois petites fenêtres dont elle était pourvue, et on les avait remplacées par de "vieux chapeaux, de vieux habits et des morceaux de planches. La porte semblait prête à tomber de ses gonds, et il n'y avait aucune espèce de clôture autour de la maison, à moins qu'il ne lut permis de donner ce nom aux grandes mauvaises herbes dont elle était environnée. Somme toute, elle présentait des signes manifestes d'incurie et d'indolence.

f.;iss\ frappa doucement à la porte, et une \oix de femme, mais rude, lui dit (rentier. L'appartement se composait d'une seule pièce sans antichambre, que Cassy trouva occupée par une femme entre deux âges, pieds nus, salement habillée, et dont les cheveux mal peignés pendaient autour d'un visage brûlé du soleil. Elle posait une table vermoulue , et semblait faire les apprêts d'un déjeuner. Un côté de la chambre était presque entièrement occupé par une énorme cheminée. Elle était allumée, et des gâteaux de maïs cuisaient dans les cendres. Au coin opposé était une couchette basse sur laquelle un homme, qui paraissait être le maître de la maison, était encore endormi, en dépit des pleurs et des cris d'une demi-douzaine de marmots, non lavés, non peignés et à demi nus, qui ne faisaient que tomber et brailler, mais qui rentrèrent bien vite dans le silence et se cachèrent derrière leur mère à la vue d'une étrangère.

La femme indiqua une espèce d'escabeau ou de banc grossier, qui semblait être le seul meuble de la maison en l'ait de siège, et invita Cassv à s'asseoir. Cassv \ prit place, et son hôtesse fixa sur elle un opil perçant, et eut l'air d'avoir une

grande curiosité de savoir qui elle était et ce qu'elle voulait. Dès queCassy put rassembler ses idées, elle raconta à son hôtesse qu'elle allait de Richmond à Baltimore pour voir une sœur malade. Elle était pauvre, sans amis, et était obligée de faire la route à pied. Elle s'était égarée et avait erré toute la nuit sans savoir où elle était ni où elle allait. Elle était à moitié morte de faim et de fatigue, et avait besoin de nourriture, de repos et des indications qui lui permettraient de continuer son voyage. En même temps elle tira sa bourse, afin de montrer qu'elle était en état de payer sa dépense.

La maîtresse du logis, malgré son air de rudesse et de pauvreté, parut touchée de cette attendrissante histoire. Elle engagea Cassy à garder son argent, disant qu'elle ne tenait point une taverne, et qu'elle avait le moyen de donnera déjeuner à une pauvre femme sans se faire payer.

Cassy était trop faible pour être en humeur de causer; d'ailleurs, elle tremblait à chaque instant de se trahir par quelque parole imprudente. Mais, une fois la glace rompue, il n'y avait pas à contenir la curiosité de son hôtesse. Celleci l'accabla donc d'un torrent de questions, et, chaque fois que Cassy hésitait ou donnait le moindre signe d'embarras, l'autre tournait sur elle ses yeux gris perçants avec un air de pénétration qui augmentait le trouble de l'infortunée.

Quand les gâteaux qui cuisaient sous la cendre fuient prêts, et que les autres préparatifs du déjeuner furent terminés, la femme secoua rudement son mari par l'épaule, et lui dit de se dépêcher. Ce salut conjugal réveilla le dormeur. Il se mit sur son séant, et promena dans la chambre un regard perdu ; mais la rougeur de ses yeux et la pâleur blafarde de son visage semblaient démontrer qu'il n'avait pas encore cuvé les effets de ses fredaines de la veille. La femme eut l'air de savoir ce dont il avait besoin, car elle apporta sur-le-champ le pot de vvhishv et lui versa une large dose de ce spiritueux dans toute sa pureté. Le mari l'avala avec satisfaction, et, d'une main tremblante, il rendit le verre cassé à sa femme, qui l'em-

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