‹ L'esclave blancChapitre 79 sur 207 · CHAPITRE \\1. Wé · texte numérisé non relu

CHAPITRE \\1. Wé

son teint ci l,i circonstance de voyager seule pourraient la faire soupçonner d'évasion, et bien probablement elle sérail arrêtée, mise en prison, et retenue jusqu'à ce que le soupçon se Fui changé en certitude.

Elle marchait lentement la cinquième nuit, épuisée de faim et il»- fatigui . el réfléchissant à sa malheureuse situation, l<»r> qu'à la descente d'une colline la mute l'amena brusquement sur le bord d'une large m ière. Il n'y avait pas de pont : mais un bac était attaché à la rive, el tout à côté t;t;ùt la maison cra passeur, qui paraissait être aussi une taverne. C'était une nouvelle perplexité; elle ne pouvait traverser la rivière sans appeler les gens «lu bac mi sans attendre qu'ils parussent, et c'étail s'exposer sur-le-champ au risque d'être découverte qu'elle ;i\;iit résolu de retarder jusqu'au dernier moment. Cependant, s'en retourner chercher une autre route semblait être un expédient également désespéré. Tout autre chemin qui ne conduisait pas dans une direction opposée à celle qu elle voulait suivre la ramènerait vraisemblablement sur le bord de la même rivière, et, comme elle ne pouvait vivre sans manger, elle serait bientôt forcée de demander assistance quelque part, et de braver le danger qu'elle tenait tant à éviter.

Elle s'assit au bord de la route, résolue à attendre le matin et à en courir la chance. 11 y avait près de la maison un champ de maïs, et les tiges étaient couvertes d'épis dorés; elle n'avait ni l'eu ni moyen d'eu allumer, mais ce goût de lait sucré ijii ont les grains non encore mûrs suffit à satisfaire les exi gences de la faim.

Elle avait choisi une place d'où elle pouvait observer les premiers mouvements qui se feraient autour de la maison du passeur, le matin se levait à peine, qu'elle vit un homme en ouvrir la porte et en sortir. Il était noir: elle marcha hardiment à lui. ri lui dit qu'elle était très-pressée, et qu'elle désirait de passer l'eau immédiatement. L'homme eut l'air assez surpris de voir une voyageuse seule et si matin. — Mais, après être resté une ou deux minutes à ouvrir de grands yeux, il

parut se rappeler que c'était une occasion de gagner honnêtement deux sous, et, tout en marmottant qu'il était de bien bonne heure et que le bac ne marchait qu'après le lever du soleil, il offrit de la passer dans un canot pour un demi-dollar. Elle acquiesça sans hésitation à ce prix, et le drôle, sans aucun doute, empocha la somme sans se souvenir de la donner à son maître ni de faire aucune mention de cette voyageuse si pressée.

Ils entrèrent dans le bateau, et il se mit à pagayer. Elle n'osait faire aucune question, de peur de se trahir, et elle lit de son mieux pour apaiser la curiosité du batelier, qui, toutefois, était fort poli et aisément satisfait. Ayant débarqué de l'autre côté, elle avança d'un ou deux milles ; dans l'intervalle, le jour s'était levé complètement, et elle se cacha comme d'habitude.

La nuit elle se remit en marche. Mais elle était affaiblie par la faim, ses souliers étaient presque usés, ses pieds étaient enflés et très-douloureux, et, à tout prendre, sa situation n'était rien moins qu'agréable. Elle semblait avoir quitté la grande route, et suivre quelque chemin de traverse, qui serpentait à travers des champs déserts et tristes, et semblait être très-peu fréquenté. Toute cette nuit-là, elle ne rencontra pas une seule âme, pas une seule maison. Quoi qu'il lui en coûtât, elle persista à se traîner en avant ; mais elle avait perdu courage, le cœur lui manquait, et ses forces étaient presque épuisées. Enfin, le matin parut; mais la malheureuse Cassy ne chercha pas à se cacher comme de coutume. Elle continua d'aller dans l'espoir d'atteindre quelque maison. Elle était tout à fait abattue, et elle aimait mieux risquer sa liberté et même s'exposer à être ramenée à Spring-Meadow et soumise à la terrible destinée qui l'avait décidée à fuir, que de périr de faim et de fatigue. Il est vraiment triste que la plus noble résolution, que la plusfière obstination de l'àme, soient foret Ses si souvent de céder aux basses nécessités de l'humaine nature, et par une pitoyable et absurde crainte de la mort, —

Page 1