‹ L'esclave blancChapitre 82 sur 207 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Pour prévenir les soupçons des voisins, il lut convenu < j u < * Cass} passerail pour une femme libre que M. Proctor avait prise à sod service ; et, comme ce gentleman avait le bonheur d'avoir été initié aux mystères de l'art d'écrire, — talent assez rare parmi les ci pauvres blancs n de la Virginie, — afin de mettre Cassj en état <le répondre à d'impertinentes questions, il lui donna des papiers qu'il forgea pour la circonstance. C'était un grand point d'avoir évité de retourner à Spring-

Weadow .

Malgré cela, Cassj ne larda point à découvrir que sa condition présente ne serait pas fort agréable. M. Proctor était le descendant et le représentant d'une famille qui, à une époque peu éloignée, était riche et considérée. Le fréquent morcellement d'un grand bien que personne ne prenait la peine d'accroître, tandis que tous le diminuaient à force d'oisiveté. de dissipation et de mauvaise gestion, avait laissé le père de M. Proctor en possession de quelques esclaves et d'une étendue considérable de terre épuisée. À sa mort, lés esclaves avaient été vendus pour payer les dettes, et, la terre ayant été divisée entre les nombreux enfants, M. Proctor ne se trouva possesseur que de quelques acres stériles. Mais, quoique réduit à cette misérable pitance, il avait été élevé dans les habitudes de dissipation et d'indolence d'un gentleman de la Virginie; la terre qu'il possédait, bien que si mauvaise et de si peu de valeur que pas un de ses nombreux créanciers ne jugea qu'elle valait la peine de lui en disputer la possession, ne lui en conférait pas moins les droits de propriétaire foncier libre et d'électeur; et il se sentait aussi bien au-dessus de ce qui est regardé dans ce pays-là comme la condition dégradée de travailleur que le plus riche aristocrate de tout l'Etat. 11 était aussi orgueilleux, aussi paresseux et aussi dissipé qu'aucun des nababs, ses voisins; et, comme eux, il consacrait la plus grande partie de son temps à jouer, à faire de la politique et à boire.

Par bonheur pour M. Proctor. sa femme était une personne

fort, remarquable. Elle ne se vantait pas d'être de sang patricien; et, lorsque son mari commençait à parler, ce qui lui arrivait souvent, de l'ancienneté de sa famille, elle l'arrêtait court en faisant observer qu'elle croyait valoir tout autant que lui, mais qu'après tout ses ancêtres à elle avaient été de u pauvres hères, » aussi loin qu'on se souvenait d'eux. Si la question pendante entre l'aristocratie et la démocratie devait se décider d'après l'expérience des Proctor, les plébéiens l'emporteraient indubitablement; car, tandis que son mari ne faisait à peu près que s'amuser, boire et courir le pays, mistress Proctor labourait, plantait et récoltait. Sans son énergie et son activité, il est fort à craindre que les habitudes aristocratiques de M. Proctor ne l'eussent mis, lui et sa famille, à la charge du comté.

Les services de Cassy étaient une bonne acquisition pour la maison. La nouvelle maîtresse paraissait résolue à en tirer tout le parti possible; et avant longtemps la pauvre fdle fut presque complètement épuisée par un excès et une nature de travail auxquels elle n'était nullement habituée. Deux ou trois fois par semaine, au moins, M. Proctor rentrait ivre; et, dans ces occasions, il tempêtait, menaçait sa femme, et accablait ses enfants d'injures et de coups sans aucune espèce de merci. Cassy ne pouvait guère s'attendre à être mieux traitée; et, en effet, sa grossièreté d'ivrogne serait devenue tout à fait intolérable si l'énergique mistress Proctor n'avait su la réprimer. D'abord, elle employait la douceur, et l'apaisait par des câlineries et des flatteries; mais, lorsque ces moyens échouaient, elle le fourrait au lit de force, et le contraignait à y rester par la terreur du balai.

Il fallait la salutaire autorité que mistress Proctor exerçait sur son mari pour protéger Cassy contre ce qu'elle redoutait plus encore que la grossièreté du soûl ard. Toutes les fois qu'il pouvait la trouver seule, il la tourmentait de ses sollicitations ; et elle ne put se délivrer de ses importunités qu'en le menaçant de se plaindre à mistress Proctor. Mais ses ennuis ne finissaient

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