‹ L'esclave blancChapitre 83 sur 207 · CHAPITRE XXI. io · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI. io

même pas là. Mistress Proctor écouta ses plaintes, la remercia du renseignement, et dit qu'elle en parlerait ;i M. Proctor. Mais elle ne put se Bgurer qu'une esclave eût la moindre parcelle de cette vertu que les femmes libres de la Virginie s'attribuent exclusivement. Pleine de cette idée, elle jugea tout ,'i fait improbable, quelles que pussent être les prétentions de Cassy, que cette fille eût réellement résisté aux importunités et aux sollicitations d'un homme aussi séduisant que M. Proctor; et, animée de toute la rage de la jalousie féminine, elle se fit un plaisir de torturer l'objet île ses soupçons. Mistress Proctor, avec tout son mérite, avait un petit faible qu'elle s'était très-vraisemblablement donné pour être agréable à son mari. Elle croyait indispensable de prendre chaque jour une goutte de whisky pour se préserver de la fièvre; et, lorsque par inadvertance, ce qui arrivait parfois, elle doublait la dose, c'était comme un nouveau fil donné au tranchant de sa méchanceté. En pareille occurrence, paroles et coups pleuvaient avec une terrible violence ; et. quoique peut-être il fût difficile de dire lequel des deux époux était le plus à redou ter, à eux deux ils suffisaient pour épuiser la patience d'un saint.

La pauvre Cassy ne pouvait découvrir aucun moyen de se délivrer de cette complication de misère, sous laquelle elle était près de succomber, lorsque, contre toute attente, elle en fut tirée par l'intervention spontanée de deux voisins de M. Proctor. C'étaient des hommes de loisir comme lui ; comme lui aussi, ils étaient de bonne famille; l'un d'eux avait reçu une excellente éducation, et avait pour parents, plus ou moins éloignés, plusieurs des personnes les plus distinguées de l'État. Mais une vie de folle dissipation les avait depuis longtemps dépouillés do biens dont ils avaient hérite et les avait réduit^ à vivre de leur industrie, qu'ils exerçaient, dans une sorte d'association, principalement aux courses île chevaux et dans les maisons de jeu.

Ces deux spéculateurs étaient sur un pied d'intimité avec

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M. Proctor, et ils savaient qu'il avait chez lui une femme libre, car ils croyaient que Cassy l'était. En commun avec beaucoup de Virginiens, ils considéraient l'existence d'une

classe d'affranchis comme une calamité sociale qui devait finir par compromettre sérieusement ces « droits sacres de la propriété, » pour la défense desquels il n'est rien. qu'un digne fils de la liberté ne fût fier d'entreprendre. Poussés sans aucun doute par des idées si patriotiques, ces bons citoyens jugèrent qu'ils rendraient service à l'État, — sans parler de l'argent qu'ils mettraient dans leurs poches, — en appliquant à ce grand mal politique, en tant qu'il concernait Gassy, un remède que les doctrines de plus d'un homme d'État de la Virginie et l'esprit de plus d'un des statuts virginiens, semblaient pleinement sanctionner. En bon anglais, ils résolurent de s'emparer de Cassy et de la vendre comme esclave.

Le métier de faire des enlèvements est lin des fruits naturels du système de l'esclavage; il est aussi commun et aussi bien organisé, dans plusieurs parties des États-Unis, que le métier de voler des chevaux l'est dans beaucoup d'autres pays. Lorsqu'ils se font voleurs d'esclaves, les opérations de ces aventuriers deviennent très-hasardeuses ; mais, lorsqu'ils se bornent à ne voler que des gens libres, ils peuvent exercer leur industrie sans grand danger. Ils peuvent sans doute porter quelque préjudice aux individus; mais, d'après les doctrines de quelquesuns des hommes politiques les plus populaires de l'Amérique, ils rendent au public un service considérable, puisque, dans cette opinion, la seule chose qui manque pour que les États à esclaves soient un vrai paradis, c'est l'extermination de la classe émancipée. C'était évidemment par d'aussi grandes idées du bien public qu'étaient poussés les amis de Cassy. En tout cas, les sophismes inventés par la tyrannie pour justifier l'oppression peuvent aussi bien leur servir d'excuse qu'à tout autre.

Autant que Cassy put le savoir, leur plan était celui-ci : ils invitèrent M. Proctor à une orgie, et. i](^ que le whisky l'eut

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