CHAPITRE XXII
Il prit immédiatement en main sa plantation. Il reporta 1rs cases à leur première place; rétablit l'ancienne règle, qu'aucun esclave ne devait venir à la maison sans \ être mandé; il les réduisit à leur précédente ration d'aliments el d'habits; »'t il engagea un contre-maître sous la condition expresse que mistress Montgomery n'écouterait jamais aucune plainte contre lui, et ue se mêlerait en rien de la manière dont il conduirait la plantation.
f'ii mois après ce retour à l'ancien système, près d'un tiers des travailleurs étaient évadés. Le frère de mistress Montgomerj lui dit < 1 1 1 " i l n'y avait rien là à quoi on ne dût s'attendre; car les drôles avaient été tellement gâtés, qu'ils étaient incapables de supporter la salutaire sévérité de la discipline indispensable sur une plantation. Après de longues recherches et beaucoup d'ennuis et de dépenses, les évadés, à l'exception d'un ou doux, avaient fini par être repris; et Poplar- Grove, sous sa nouvelle administration, était retombé par degrés dans sa routine de coups de fouet et de rude travail. De temps à autre, malgré toute la peine qu'on prenait pour l'empêcher, quelque acte de sévérité parvenait à l'oreille de mistress Montgomery, et, dans le premier mouvement de son indignation, elle déclarait parfois que la plus extrême pauvreté vaudrait mieux que la richesse et le luxe dont elle était redevable au fouet du piqueur. Mais elle s'était à peine laissée aller à ses élans de généreuse passion qu'elle reconnaissait elle-même qu'elle ne devait pas songer à renoncer au luxe dont elle avait l'habitude depuis son enfance. Elle tâcha de ne pas savoir ou d'oublier l'injustice et la cruauté que eondamu.-iit sou cieur. mais qu'elle n'avait pas le pouvoir ou plutôt le courage d'empêcher. Elle s'enfuit d'une maison où elle était toujours poursuivie par le speeirede cette tyrannie déléguée* dont, malgré tous ses efforts pour se le nier ou se le déguiser, elle se sentait responsable ; et, tandis que ses esclaves s'exté-
nuaient sous le soleil brûlant d'un été de la Caroline, et gémissaiênl sous le fouet d'un impitoyable contre-maître, elle es-
savait de noyer le souvenir de leurs griefs dans les dissipations de Saratoga ou de New -York.
Mais elle était obligée de passer une partie de l'année à Poplar-Grove, et, malgré tout, elle ne pouvait toujours garantir sa sensibilité de quelque rude atteinte. J'en eus un exemple frappant à ma première visite. Un des travailleurs de la plantation avait obtenu de la condeseendanee du contremaître, qui, par parenthèse, était un très-rigide presbytérien, une passe pour assister au meeting de M. Carleton. Après le meeting, sa maîtresse l'y rencontra, et, comme elle voulait envoyer un message à un de ses voisins, elle l'appela et le lui confia. H se trouva que le contre-maître de mistress Montgomery était cbez ce voisin lorsque l'esclave y arriva avec le message de sa maîtresse. Le contre-maître, le voyant, lui demanda quel besoin il avait de venir ici lorsque sa passe ne lui permettait que d'aller au meeting et d'en revenir. Ce fut en vain que le pauvre diable allégua les ordres de sa maîtresse. Le contre-maître dit que cela ne faisait aucune différence, attendu que mistress Montgomery n'avait rien à faire avec les hommes de la plantation ; et, pour graver ce fait dans sa mémoire, il lui administra une douzaine de coups de fouet sur le lieu même.
Le malbeureux fut assez bardi pour aller à la maison et faire sa plainte à mistress Montgomery. Son ressentiment fut au comble; mais les conventions qu'elle avait faites avec son frère la laissaient sans ressource. Elle lit un beau présent à l'esclave, lui dit qu'il avait été injustement puni, et le pria de s'en retourner et de ne rien dire à personne. Elle se résigna à la mortification de faire cette demande, dans l'espoir d'épargner à ce pauvre bère une seconde punition. Mais, de façon ou dAautre, à ce que j'appris plus tard, le contre-maître découvrit ce qui s'était passé; et, pour venger son autorité suprême et maintenir la discipline de la plantation, il fit fouetter le rebelle plus cruellement que la première fois.
Tels sont les désastreux effets du système de l'esclavage,