CHAPITRÉ XXV
Quand je revins à Carletôn-Hall, j'y trouvai tout dans la plus grande confusion. Je ne fus pas longtemps sans en savoir la cause. Il parait qu'il y avait environ un au, M. Carieton s'était trouvé très-pressé d'argent, ce qui l'avait obligé de s'occuper un peu de ses affaires. Il avait reconnu qu'il était endetté' à un point dont il ne se doutait pas jusqu'alors; et. comme ses nombreux créanciers, qu'on endormait depuis trop longtemps avec des promesses, commençaient à devenir très-importuns, il comprit la nécessité de quelque remède énergique. Un emprunt semblait le plus prompt moyen, et il réussit à emprunter une forte somme à des prêteurs d'argent de Baltimore en hypothéquant ses esclaves, y compris ceux de la maison et moi-même dans le nombre. Cette somme, il l'employa à se garantir de jugements obtenus contre lui. et à
éteindre ses dettes les plus criardes. L'emprunt avait été fait pour un an; non que M. Carleton s'attendit à pouvoir se libérer à l'échéance sur ses propres ressources, mais il espérait obtenir d'ici là un emprunt permanent qui lui permettrait de purger l'hypothèque.
Jusqu'alors cet espoir avait été déçu, et il négociait encore lorsque survint l'époque du remboursement. Il y avait eu de cela un mois; et, quand je revins à Carleton-Hall, j'appris que les étrangers arrivés dans la matinée étaient les agents des préteurs d'argent de Baltimore, qu'on avait envoyés prendre possession de la propriété. Ils avaient déjà saisi tous les esclaves qu'ils avaient pu trouver; et, je ne fus pas plutôt dans la maison, que je fus pris et mis sous bonne garde. Ces précautions étaient jugées nécessaires pour empêcher les esclaves de s'enfuir ou de se cacher.
Mon pauvre maître était dans la plus grande peine qu'on put imaginer. Ce fut en vain qu'il demanda un délai et proposa divers accommodements; les agents déclarèrent que leurs pouvoirs n'allaient pas jusque-là : ils étaient chargés de prendre l'argent ou les esclaves, et, en cas que l'argent ne fût pas prêt, de se rendre avec les esclaves à Charlesto^n, dans la Caroline du Sud, qui, à cette époque, était considérée comme le meilleur marché pour se défaire de cet article.
Quant à solder sur-le-champ, il n'y avait pas à y songer; mais M. Carleton espérait pouvoir dans quelques jours, sinon contracter l'emprunt qu'il négociait, du moins obtenir une assistance temporaire qui le mettrait à même de purger l'hypothèque. Les agents consentirent à lui donner vingt-quatre heures de répit, mais refusèrent d'attendre plus longtemps. M. Carleton désespérait de rien faire dans un si court espace de temps, et ne jugea pas que ce fût la peine de le tenter. Les esclaves de la plantation devaient partir : la chose paraissait sans remède ; mais il voulait sauver au moins ceux de la maison, et il pria les agents de ne pas le laisser sans un domestique pour faire son lit ou son dîner.