‹ L'esclave blancChapitre 96 sur 207 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Les agents répondirent qu'ils étaient vraiment fâchés de la situation désagréable où il se trouvait, mais que, depuis que l'hypothèque avail <;té prix', plusieurs des esclaves inscrits dans l'inventaire étaient morts, que plusieurs autres n'avaient pas l'air de valoir la somme à laquelle ils avaient <;ti; estimés; que le prix <ltis esclaves avait considérablement l»;»iss<* depuis et menaçait «le baisser encore, et que, tout considéré, ils croyaient plus que douteux que la propriété suffit à payer la dette. Toutefois, comme ils désiraient lui offrir toutes les facilites compatibles avec leurs devoirs, s'il voulait payer la valeur des domestiques qu'il tenait à conserver, ils ne demandaient pas mieux que de recevoir l'argent au lieu des esclaves.

M. Carleton n'avait pas cinquante dollars chez lui ; mais il alla voir immédiatement ce qu'il pourrait emprunter dans le voisinage. Partout où il se présenta il avait été devancé par la funeste nouvelle. Outre cette hypothèque de Baltimore, on lui connaissait beaucoup d'autres dettes, et ses voisins le regardaient généralement comme ruiné. Naturellement, la plupart d'entre eux ne furent pas disposés à lui prêter leur argent; et, par le fait, beaucoup n'avaient guère plus d'argent à prêter que M. Carleton. Après avoir couru la plus grande partie de la journée, il réussit à emprunter quelques centaines de dollars, à la condition, toutefois, d'en assurer le remboursement par une hypothèque sur ceux des esclaves qu'il rachèterait. Il ('•tait revenu à la maison un peu avant moi, et se demandait déjà quels esclaves il garderait. Il me dit que j'avais été un bon et fidèle serviteur, et qu'il lui en coûtait beaucoup de se séparer de moi; mais il n'avait [tas assez d'argent pour nous racheter tous, et il devait donner la préférence à sa vieille nourrice et à la famille de cette pauvre femme. Les agents relâchèrent donc ceux iU'ï esclaves qu'il avait choisis : le reste fut tenu sous clef et prévenu d'être prêta partir le lendemain ilr bonne heure.

J'avais encore une espérance; je pensais que, si mistress Kâontgomerv pouvait être informée de ma situation, elle m'a

chèterait certainement. J'en parlai à mon maître ; il me dit de ne pas trop me flatter de cette idée, car mistress Montgomery avait déjà plus de domestiques qu'il ne lui en fallait. Cependant il se chargea volontiers d'écrire pour lui expliquer ma situation. Son billet fut expédié par un domestique, et j'attendis la réponse avec un espoir plein d'anxiété.

Enfin le messager revint. Mistress Montgomery était partie le matin avec sa fille pour aller voir son frère, qui vivait à une dizaine de milles de Poplar-Grove, et leur absence devait durer trois ou quatre jours. Je crois que j'en avais entendu dire quelque chose dans la matinée; mais, dans le trouble où j'étais, cela m'était sorti de la mémoire.

Ma dernière espérance était donc perdue, et le choc fut terrible. Jusqu'à ce moment je m'étais fait illusion sur ma position. J'avais l'habitude du malheur, mais ceci dépassait tout. J'avais bien été déjà séparé de ma femme, mais mes souffrances corporelles, mon délire et ma lièvre, avaient amorti l'angoisse de cette séparation. A présent, d'ailleurs, on m'arrachait aussi à mon enfant! Mon cœur était gonflé d'une rage impuissante; il battait comme s'il voulait s'élancer hors de ma poitrine. Mon front était brûlant. J'aurais voulu pleurer, mais ce soulagement même m'était refusé' : la fièvre de mon cerveau avait tari mes larmes.

Mon premier mouvement fut d'essayer dem'enfuir; mais mes nouveaux maîtres connaissaient trop bien leur métier pour m'en laisser la possibilité. Nous étions tous réunis ensemble, et soigneusement enfermés. Pour beaucoup des esclaves de la plantation, la précaution était fort peu nécessaire; un grand nombre d'entre eux étaient tellement las de la tyrannie du contre-maître de M. Carleton, que tout changement leur plaisait; et, quand leur maître leur fit sa visite d'adieu et commença à les plaindre de leur malheur, plusieurs eurent la hardiesse de lui dire qu'ils ne se regardaient pas du tout comme à plaindre; car, n'importe ce qui arriverait, ils ne pouvaient pas être plus maltraités que par son

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