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CHAPITRE IV

heure ! on peut amoyenner la chose. Cil qui peut vous en dire long n'est pas loin ; c'est père Hubert, le rouisseur : il est appert en art magique, le vieux madré ! vez-le.

Adèle refuse d'arriver à la certitude avec l'aide du sorcier.

Puisant momentanément des forces dans l'excès même de son désespoir, elle se rend d'elle-même, à pied, à la ferme des Brulard; elle court risque d'y rencontrer le Vieux Rouisseur, sans doute, mais ce n'est pas lui qu'elle y va chercher; c'est Martine, et ce fut Martine seule qu'elle y trouva.

La fille du meunier chantait alors à tue-tèle, de l'air le plus joyeux du monde.

La voix d'Orphée , malgré tout ce qu'on en raconte, ne manifesta jamais sa puissance d'une façon plus merveilleuse que ne le fit en ce moment la voix fausse et discordante de Martine; jamais les symphonies d'Haydn ou de Beethoven , les accords les plus enivrants de Mozart, d'Auber et de Rossini, ne retentirent aux oreilles d'un mélomane fanatique avec autant de charme qu'Adèle en trouva au vieil

air , si impitoyablement écorché alors par la fille Brulard ; Byron et Lamartine, dans leurs plus grands jours d'inspiration et de lyrisme, n'ont jamais laissé tomber des strophes d'un plus formidable effet que celui produit par ces vers si simples :

On vend de la tiretaine, De la soie et du velours, etc.

Le reste à l'avenant.

Adèle, palpitante, s'était arrêtée sur le seuil de la chambre occupée par Martine, comme le matin de ce même jour elle s'était tenue anxieuse, indécise, bouleversée par de rudes angoisses , à cette porte qui la séparait de son père et de la missive au cachet noir; mais combien son émotion est différente maintenant! L'oreille tendue, les mains jointes, les yeux au ciel, elle écoute dans une sorte de ravissement extatique ce chant trivial , comme elle eût écouté les cantiques des anges ou la voix du Christ au tombeau de Lazare, et en l'écoutant elle se sent renaître; le sang lui remonte aux joues, au front et lui bat au cœur par flots plus doux et plus réguliers ; son regard se ranime sous une expression radieuse d'espoir et même de bonheur.

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