‹ L'esclave du pacha;Chapitre 102 sur 124 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

— Je le souhaite pour vous, ma chère; mais alors, qui donc vous aurait remis ce joyau ?

— Mais... madame la marquise.

— Ah ! la Pompadour ? Au fait , reprit Martine avec une ironie grossière qu'elle croyait devoir être piquante, on se convient, on se rapproche, selon les goûts qu'on a. Vous voyez le beau monde, à ce qu'il paraît, à présent? Je pourrai bien le voir un jour aussi; mais à d'autres conditions... qui sait?... Mon mari peut devenir...

Elle se retint tout à coup et se prit à chanter comme si elle était encore seule.

Le meunier Brulard survint, et, avec sa brutale franchise, il renchérit encore sur les propos de sa fille.

— Retourne à ton rouet, près de ta mère; hors d'ici, Martine! il ne te convient pas de causer plus longtemps avec les belles demoiselles de château. Tiens-toi à ta place ; chacun à la sienne !

Et se retournant vers la nouvelle venue ,

restée interdite devant ce double accueil :

— Je ne vous prierai pas d'entrer chez ma

femme, reprit-il ; mais j'espère avoir le plaisir,

je ne dis pas l'honneur, de vous revoir, quand

j'irai porter mes redevances à votre digne homme de père.

Le meunier et sa fille s'éloignèrent ; Adèle resta seule.

Raillée , insultée , chassée , sans avoir pu même appeler la plus faible lueur sur le doute qui la tuait, elle sentit sa raison près de s'égarer au milieu du chaos de ses pensées douloureuses. Certes, elle avait déjà connu le malheur, puisqu'elle avait perdu sa mère ; mais de tous les étonnements pleins d'amertume que le mauvais destin pouvait encore lui tenir en réserve , celui de se voir méprisée , méprisée moralement , était le plus grand , le plus inattendu de tous. Elle n'ignorait pas combien de formes différentes le malheur peut revêtir pour arriver à nous, mais jamais elle n'eût soupçonné devoir le rencontrer sous celle du mépris.

A ses émotions, à ses tressaillements de pudeur, si un sentiment réel de honte pénible s'était mêlé jamais, c'avait été surtout dans cette matinée où la rusée Martine l'avait réduite à se montrer aux yeux du jeune soldat tout inondée de la bourbe des marais. Aujourd'hui , ce n'est plus son vêtement d'emprunt, son tablier de grosse toile que la fille Brulard

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