‹ L'esclave du pacha;Chapitre 122 sur 124 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

A son père, accouru en toute hâte de Versailles et qui se tenait sans cesse à son chevet, elle souriait parfois; mais, quoi qu'il fit, il n'en pouvait obtenir une parole ni même un geste, ce qui le plongeait dans le désespoir ; car cette immobilité, ce silence, n'était-ce pas déjà l'image d'une mort anticipée ?

Un matin, Adèle se redressa d'elle-même sur son oreiller et demanda qu'on lui apportât son portrait.

Quand il fut placé devant elle, ses yeux, en le contemplant, reprirent un éclat inaccoutumé, et elle pria Mariotte de lui arranger et de lui lisser ses cheveux. La pauvre malade voulait se refaire belle.

Elle avait parlé, elle s'était mouvée, le soin de sa personne, le goût de la toilette étaient revenus, et ce changement inattendu remplissait de surprise et de joie ceux-là qui l'entouraient, son père, sa vieille servante et jusqu'au médecin, qui voyait dans cette crise des pronostics du plus favorable augure.

Le peintre avait naguère essayé de composer une image ressemblant au modèle, et il avait réussi ; aujourd'hui le modèle voulait ressembler au portrait, et la réussite était bien plus difficile.

La vivacité des couleurs et la beauté des formes créées par l'artiste, ont une durée que Dieu lui-même n'a pas su donner à son plus parfait ouvrage. Les nuances roses et carminées, vivantes encore sur la toile, n'existaient plus sur le visage de la jeune fille. Peu de jours avaient suffi pour effacer cette brillante palette que la jeunesse et la beauté elles-mêmes ne possèdent pas toujours, et qui ne se ravive que sous la protection des deux anges gardiens du corps et de l'àme, la santé et le bonheur.

Les traits amaigris d'Adèle, ses lèvres décolorées, son teint crayeux n'étaient plus que le pâle simulacre de ce qu'ils avaient été autrefois. Cependant, elle voulait se ressembler encore, et quand Mariotte eut convenablement disposé ses cheveux, dont les reflets dorés semblaient encore s'être ternis comme le reste, quand elle l'eut parée de son mieux et telle à peu près que le peintre l'avait représentée, la malade pria qu'on allât cueillir des bluetspour lui en tresser une couronne.

Dès qu'elle l'eut entre les mains, elle la contempla silencieusement pendant quelques instants; puis, ses yeux s'humectèrent. Ellemême se la plaça sur la tête, et elle demanda un miroir.

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