‹ L'esclave du pacha;Chapitre 81 sur 124 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

depuis longtemps on s'est reproché ses torts à soi-même, les confier à un ami, qui n'en exige pas l'aveu, c'est simplement demander un bon conseil, ou chercher une consolation, n'est-ce pas?

— Parbleu ! Mais, où en veux-tu venir avec ta préface?

— J'en veux venir, Dampierre, à te dire, à toi , entre quatre yeux , que , malgré la trop bonne opinion que tu as conçue de moi, j'ai là sur la conscience le souvenir d'une injustice qui, quoique involontaire, me pèse comme le remords d'une lâche action.

— Allons donc!... Toi? Je parierais, mon pauvre ami, que tu prends des cochons d'Inde pour des sangliers.

— Tu vas en juger, reprit le capitaine. Tu te souviens de la dernière chasse où tu me demandas des hommes de bonne volonté pour t'aider à tendre tes toiles?

— Très-bien; que même tu m'envoyas le maréchal des logis...

— Justement! Eh bien, mon vioux camarade, à cette chasse, le cheval de la marquise s'emporta, à ce qu'il paraît. Un de mes hommes sauta à la bride et le retint. C'est un exploit qui ne se met guère sur un état de service, mais

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198 HISTOIRE DE MA GÎUND'tANTE.

qui cependant, parfois, compte mieux qu'un autre. En rentrant au château, madame de Pompadour, qui avait eu peur, qui peut-être aussi voulait se rendre intéressante , parla beaucoup des dangers qu'elle avait courus. Pour lui être agréable, le roi, dès le lendemain, en quittant Compiègne, chargea le comte de Berchiny d'acquitter la dette de la marquise envers son libérateur inconnu. Sur Tordre du chef, j'assemblai mes hommes qui avaient fait partie de l'escorte de chasse, et, à haute voix, après un appel de clairon, je leur demandai lequel d'entre eux s'était signalé dans cette occasion, moins encore par son courage que par sa courtoisie envers une jolie femme. Il y eut d'abord un silence assez prolongé; puis enfin, un soldat sortit des rangs et dit : « C'est moi ! » Nul ne le contredisant , notre colonel le nomma sur-le-champ cornette, lui fit avancer une année de solde, et lui paya son équipement. C'était un peu bien beau pour un simple hussard; mais, tu comprends, il s'agissait de la marquise!

— Parbleu ! si je comprends , dit le lieutenant des chasses en tendant son verre pour trinquer avec son ami, le hussard avait sauvé l'État, qui risquait de périr ce jour-là par une

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