CHAPITRE IV
pour lui faire réparer une injustice, dont elle est la cause première.
Adèle sembla réfléchir, puis , d'un ton de résolution :
— Eh bien ! c'est pour cela aussi que j'irai ! Refuserez-vous de m'associer à votre bonne action?
— Elle a raison, dit le père en s'attendrissant tout à coup. Bien, pauvrette! C'est trèstouchant, ce qu'elle dit là. Viens m'embrasser. Il ne s'agit pas ici de faire la bégueule, mais d'être utile à ce brave garçon qui lui a fait son portrait, et pour rien!... Ce sera le payement de sa peinture. Au bout du compte, la marquise ne la mangera pas!... Oh! si c'était le roi... Un instant, sire ; de ce côté, nous ne voulons pas diriger vos chasses, et encore moins fournir le gibier. D'ailleurs, ne seras-tu pas là, Pardaillan?
— Sans doute ! mon père a raison; que puîsje craindre ? Notre voyage à Versailles aura du moins été utile à... quelqu'un.
— A la bonne heure ! dit le capitaine. Moi, j'avais cru devoir vous avertir; mais si tous deux vous êtes d'accord, je ne demande pas mieux. Vive le roi ! mon maréchal des logis sera officier! A demain donc, mon enfant.
Le lendemain, vêtue de blanc comme une première communiante, Adèle fut conduite vers la partie du château où se trouvaient les appartements de la favorite.
A chaque salon qu'elle traversait, elle était forcée de s'arrêter, tant elle se sentait défaillante. Durant une longue nuit sans sommeil, elle avait réfléchi aux paroles de M. de Pardaillan. Un instinct d'amour lui en avait fait comprendre la portée. Que pouvait-elle avoir à démêler avec une femme pareille? Cette femme, pourquoi, la veille, l'avait-elle regardée avec tant d'attention? Pourquoi avait-elle voulu la revoir encore? Elle ne trouvait de réponse à aucune de ces questions ; et le mystère qui environnait cette visite la lui rendait encore plus redoutable.
Son amour pour Charles Doisy fut plus fort que le reste. Il fallait qu'il fût officier. Pour lui, comme pour elle, s'armant de courage, elle parvint à vaincre sa timidité native, et à maîtriser les révoltes de sa pudeur.
Quand le capitaine et sa jeune amie furent introduits auprès de la toute-puissante marquise, celle-ci était à sa toilette.
Une de ses femmes , après avoir lavé ses cheveux dans de l'eau parfumée, les couvrait