‹ L'esclave du pacha;Chapitre 95 sur 124 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

et ne cesse de lui prodiguer ses soins que lorsqu'il s'agit de couper les lacets de son corsage.

Il se retire alors discrètement, sans cesser toutefois de maugréer entre ses dents, dans un coin de l'appartement, bouleversé par ce qu'il vient de voir et d'entendre, et ne sachant plus ni ce qu'il doit penser ni pourquoi il est venu.

Presque inanimée, la jeune fille était étendue sur le sofa ; ses yeux restaient fermés ; ses cheveux, déroulés, retombaient en désordre sur sa poitrine, pâle comme son front.

— Oh! laissez-la un instant ainsi, supplia la marquise ; c'est ainsi que pour la dernière fois j'ai vu mon Alexandrine, à qui elle ressemble tant !

Et elle éclata en sanglots.

Par son ordre, on va chercher une couronne de roses blanches, précieusement déposée dans un coffre de deuil, dans un coffre qui renferme les seules choses qui lui restent de sa fille : de blonds cheveux, des fleurs fanées , un mouchoir trempé de ses larmes et teint de son sang.

Madame de Pompadour n'était plus la belle et omnipotente favorite ; alors, c'était une pauvre femme à qui il n'était permis d'être mère qu'en cachette; une femme qui, à force d'à-

dresse, de beauté et d'ambition, avait fait son esclave d'un roi ; mais à cet esclave, elle devait des sourires et de la belle humeur. Devant lui, comme devant les autres, il lui fallait cacher ses larmes, étouffer ses douleurs, contenir ses élans de maternité. Ne devait-elle pas rester belle pour plaire au maître? Ne devait-elle pas plaire au maître pour gouverner l'État? Pourquoi aurait-elle pleuré sa fille ? Ce n'était point celie de Louis XV ; c'était celle de M. d'Étiolés. . . Qu'importait au roi!

Quand on eut déposé entre ses mains la couronne de roses, elle la plaça sur la tête d'Adèle, comme, quelques semaines auparavant, elle l'avait placée sur la tête de son Alexandrine.

C'avait été une volonté de la mourante.

Elle se reprit alors à contempler de nouveau cette étrangère, qui lui rappelait de si doux et de si poignants souvenirs. Ses larmes coulèrent avec plus d'abondance, et, par cet élan sympathique qui rapproche toutes les conditions devant une pensée de mort, ses femmes s'agenouillèrent et pleurèrent avec elle.

Adèle revenait à la vie;ses sens commençaient à sortir de leur anéantissement passager, et un seul bruit, celui des sanglots, venait frapper

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