‹ L'escole des femmesChapitre 3 sur 49 · Dans la salle du Palais-Royal · texte numérisé non relu

Dans la salle du Palais-Royal

Vj NOTICE.

auquel il destinait Tun des rôles les plus importants de sa nouvelle comédie.

Les . hostilités littéraires qui avaient éclaté contre le Cid de Corneille se renouvelèrent vis-à-vis de Molière au lendemain de V École des Femmes. Plus le public se montrait charmé, plus se multipliaient les critiques. On voyait la gloire de Molière s'affermir sous les applaudissements. Grand émoi parmi les jaloux. Ils n'eurent plus assez de moqueries contre les vilenies d'Arnolphe et l'involontaire indécence d'Agnès; réunissant leurs efforts, ils cherchèrent à ameuter la foule bigote contre de prétendues attaques à la religion.

Dans le nombre de ces turbulents, l*un des moins insensés, D. de Visé, ne craignit pas de s'écrier : « C'est le sujet le plus mal conduit qui fut jamais, et je suis prêt de soutenir qu'il n'y a point de scène où l'on ne puisse faire voir une infinité de fauteSé •

Une cabale puissante se forma pour amener la chute de la pièce. Un toir, poussé par le commandeur de Souvré , certain gentilhomme quitta bruyamment sa place pendant le second acte en se moquant des spectateurs qui res« talent. Boileau nous a conservé le souvenir de cette anecdote dans son épître à Racine :

Le commandeur vouloit la scène plus exacte :

Le vicomte indigné sortoit au second acte.

•NOTICE. Vij

Le prince de Conti lui-même, de pauvre politique devenu mauvais théologien, se faisait une place dans ce concert assourdissant, traitant VÉcole des Femmes d*œuvre licencieuse et contraire aux bonnes mœurs*.

Ce fut néanmoins cette pièce, ce fut la Criiique de VÉcole des Femmes, qui conquirent à Molière la bienveillance de la cour. Louis XIV, fier de compter un tel serviteur dans sa maison» le fit inscrire pour looo livres sur la liste des gens de lettres pensionnés.

U École des Femmes avait été jouée au Louvre dans la première semaine de janvier i663. Loret nous parle de cette représentation ,

Q}ii fit rire leurs Majestés Jusqu'à s'en tenir les côtés,

A dater de ce moment, il y eut un revirement dans l'opinion des précieuses et du grand monde en faveur de Tauteur. Â la Hn de janvier, la curiosité publique n'était pas encore satisfaite. Loret, revenant à VÉcole des Femmes, en parle comme d'une

. Pièce qu'en plusieurs lieux on fronde, Mais où pourtant va tant de monde,

I. Voir son ouvrage posthume intitulé : Traité de la Comédie et des Spectacles selon la tradition de VÉglise (1667).

Vllj NOTICF.

Que jamais sujet important, Pour le voir, n*en attira tant*.

Il n'a pas été exact de dire que Molière avait souffert des succès de Scaramouche, le pantomime italien à la mode, et qu'on avait déserté son théâtre*. Scaramouche jouissait de la vogue lorsque V École des Femmes fut représentée, et néanmoins tout Paris se pressa au théâtre du Palais-Royal. Les ennemis de Molière furent forcés à leur tour de proclamer son triomphe par la bouche de Tun d*entre eux :

Ce diable de Molière entraîne tout che^ lui'.

Il fallait ce coup d'éclat pour tirer définitivement le nom de Molière de l'obscurité. On hésitait toujours sur l'orthographe à lui donner. Les journalistes, comme Loret, et les libraires euxmêmes l'écrivaient Molier. En 1664, Sorel, auteur de la Bibliothèque françoise; avait besoin de donner à ses lecteurs les recommandations suivantes :

« On ne doit pas prendre le sieur de Molière,

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