SCENE V
ARNOLPHE
COmme il faut deuant luy que ie me mortifie ! Quelle peine à cacher mon déplaisir cuisant ! Quoy pour vne innocente, vn esprit si présent i Elle a feint d'estre telle à mes yeux la traistresse ; Ou le diable à son amç a soufflé cette adresse. Enfin me voila mort par ce funeste escrit.
le voy qu'il a, le traistre, empaumé son esprit, Qu'à ma suppression il s*est ancré chez elle ; Et c'est mon desespoir, et ma peine mortelle, le souffre doublement dans le vol de son cœur, Et l'amour y pâtit aussi bien que l'honneur, l'enrage de trouuer cette place vsurpée, Et i'enrqge de voir ma prudence trompée.
le sçay que pour punir son amour libertin le n'ay qu'à laisser faire à son mauuais destin. Que ie seray vangé d'elle par elle-mesme :
Mais il est bien fascheuzde perdre ce qu'on aime.
Ciel ! puisque pour <vn choix i*ay tant Philosophé , Faut-ij de ses appas m^estre si fort coôffé ? Elle n*a ny parens, ny support, ny richesse, Elle trahit mes soins, mes bontez, ma tendresse, Et cependant je l'aime, après ce lasche tour, lusqu'à ne me pouuoir passer de cet amour.
Sot, n*as-tu point de honte t Ah ie creue, i'enrage. Et ie soufleterois mille fois mon visage.
le yeux entrer vn peu; mais seulement pour voir Quelle est sa contenance après vn trait si noir. Ciel ! faites que mon front soit exempt de disgrâce ; Ou bien s*il est escrit, quMl faille que i'y passe, Donnez-moy, tout au moins, pour de tels accident La constance qu'on voit à de certaines gens.
Fin du troisième Acte^
Jim