SCENE Première
ARNOLPHE
Ây peine, ie rauouâ, à demeurer en place, Et de mille soucis mon esprit s'embarasse.
Pour pouuoir mettre vn ordre et dedans et dehors.
Qui du godelureau rompe tous les efforts^ De quel œil la traistesse a soustenu ma veuô ! De tout ce qu^elle a fait elle n'est point émeuô, Et bien qu'elle me mette à deux doigts du trespas^ On diroit à la voir qu'elle n'y touche pas.
Plus en la regardant ie la voyois tranquile, Pluà ie sentois en moy s*eschaufer vne bile ; Et ces boûillans transports dont s'enflammoit mon cœur, Y sembloient redoubler mon amoureuse ardeur, l'estois aigry, fasché, désespéré contr'elle, Et cependant iamais ie ne la vis si belle ; lamais ses yeux aux miens n'ont paru si perçans, Iamais ie n'eus pour eux des désirs si pressans,
Et ie sens là dedans quUl faudra que ie creue, Si de mon triste sort la disgrâce s'acheue.
Quoy ? i'auray dirigé son éducation Auec tant de tendresse et de précaution?
le Tauray fait passer chez moy dés son enfance ? Et l'en auray chery la plus tendre espérance ? Mon cœur aura basty sur ses attraits naissans? Et creu la mitonner pour moy durant treize ans? Afin quVn ieune fou dont elle s^amourache Me la vienne enleuer iusque sur la moustache, Lors qu'elle est auec moy mariée à demy.
Non parbleu, non parbleu, petit sot mon amy ? Vous aurez beau tourner, ou i^y perdray mes peines, Ou ie rendray, ma foy, vos espérances vaines. Et de moy tout à fiait vous ne vous rirez point.