SCENE VII
ARNOLPHE
QVoy, Tastre qui s'obstîne à me désespérer, Ne me donnera pas le temps de respirer ?
Coup sur coup ie verray par leur intelligence, De mes soins vigilans confondre la prudence ? Et ie seray la dupe, en ma maturité, DVne ieune innocente, et d'vn ieune éuenté?
En sage Philosophe on m'a veu vingt années.
Contempler des maris les tristes destinées.
Et m'instruire auec soins de tous les accidens, Qui font dans le mal-heur tomber les plus prudens: Des disgrâces d^autruy profitant dans mon ame, Pay cherché les moyens voulant prendre vne femme, De pouuoir garantir mon front de tous affronts, Et le tirer du pair d'auec les autres fronts : Pour ce noble dessein i'ay creu mettre en pratique, Tout ce que peut trouuer Phumaine Politique; Et comme si du sort il estoit arresté, Qjae nul homme icy bas n*cn seroit exempté, Âpres Pexperience, et toutes les lumières, Que i^ay pu m'acquerir sur de telles matières, Après vingt ans et plus, de méditation, Pour me conduire en tout auec précaution, De tant d'autres maris i'aurois quitté la trace, Pour me trouuer après dans la mesme disgrâce! Ah bourreau de destin, vous en aurez menty !
De l'objet qu'on poursuit, ie suis encore nanty.
78 LESCOLE DES FEMMES.
Si son cœur m'est volé par ce blondin funeste, Tempescheray du moins qu'on s'empare du reste, Et cette nuit qu'on prend pour ce galand exploit, Ne se passera pas si doucement qu'on croit.
Ce m'est quelque plaisir, parmy tant de tristesse, Que l'on me donne auis du piège qu*on me dresse, Et que cet estourdy qui veut m'estre fktal, Fasse son confident de son propre Riual.