‹ L'escole des femmesChapitre 6 sur 49 · NOTICE. XJ · texte numérisé non relu

NOTICE. XJ

jeune quand ye l'épousai, continue Molière, je ne m'aperçus pas de ses méchantes inclinations. Aussi le mariage ne ralentit point mes empres* sements; mais je lui trouvai tant d'indifférence que je commençai à m'aperçevoir que toute ma précaution avoit été inutile et que ce qu'elle sentoit pour moi étoit bien éloigné de ce que j*avois souhaité pour être heureux. »

Sa femme, comme Agnès, a été élevée sous ses yeux, par ses soins, depuis le premier âge. Née, comme il semble, vers 1643, elle avait environ quatre ans au moment où Molière et la famille Béjart quittèrent Paris pour tenter la fortune dans Touest et le sud de la France. Il est difficile de supposer que Madeleine Béjart n*ait pas pris conseil de Molière avant de faire choix d'une demeure pour sa petite sœur.

« Elle a passé sa plus tendre jeunesse en Languedoc, chez une dame d'un rang distingué dans la province. Elle aimoit Molière comme s'il eût été son père*, parce qu'elle n'en avoit pas connu d'autres... La Béjart, qui Tentretenoit dans un esprit de mignarderie et d'enfance comme la seule chose qui pouvoit la faire réussir à son dessein, ne manquoit pas d'exagérer à Molière la satisfaction qu'il y a d'élever pour soi une enfant dont on est sûr de posséder le cœur,

1. Artnande, rapporte Grimarest, appela Molière « son mari n dès qu'elle sût parler.

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dont rhumeur nous est connue, et que ce n'est que dans cet âge d'innocence où Pon pouvoit rencontrer une sincérité qui ne se trouve que rarement dans la plupart des personnes qui ont vu le grand monde; que pour elle, elle ne concevoit pas comment un homme délicat pouvoit s*accommoder d'une personne qui a eu plusieurs intrigues, et qu'autant une )eune personne se faisoit scrupule de tromper un homme qu'elle aimoit, autant une femme coquette se faisoit un crime d'être fidèle. Elle répétoit souvent la même chose à Molière, en lui faisant remarquer adroitement l'obéissance aveugle qu'elle avoit à ses volontés. Elle conduisit si bien la chose qu'il crut ne pouvoir mieux faire que de l'épouser*. »

On remarquera la ressemblance de ce portrait d'Armande Béjart avec le caractère donné par Molière à son Agnès dans VÉcole des Femmes; mais voilà où s'arrêtent les points de similitude qui existent entre la vie de Molière et la fable théâtrale. Les chagrins d'Amolphe , Molière ne les a pas éprouvés. Il espère d'y échapper. A peine marié et tout à son bonheur, ne paraît-il pas fier de montrer dans sa personne au public Arnolphe dupé, joué par un Arnolphe triomphant? Certes, il eut plus tard à passer

1. La Fameuse Comédienne, ou Histoire de la Guérin, auparavant femme et peuve de Molière.

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par toutes les souffrances qu'il a infligées à son pauvre héros et, comme comédien, subies sous son masque. Mais, en 1662, il jouissait complètement de sa félicité conjugale.

Par quel oubli des dates de la vie de Molière a-t-on pu forcer le rapprochement en disant qu'il a décrit ses propres tourments dans Y École des Femmes? Ce sont, tout au contraire, par une étrange fatalité, les événements de sa vie qui vont /venir en quelque sorte se modeler sur le drame.

Le sujet de V École des Femmes était l'un des plus intéressants qui pût tenter le génie de Molière. Cette fois, le poëte, inspiré par une grande idée morale, prend la défense de la liberté dans l'éducation et des résultats avantageux qu'elle produit.

Nous trouvons dans Tune des stances déjà rappelées de Boileau l'expression la plus juste du sentiment que Ton éprouve à la représentation de VÉcole des Femmes :

Et ta plus burlesque parole Est souvent un docte sermon.

L'ingénieux auteur de la Morale de Molière* a démontré avec autant de vivacité que d'indépendance d'esprit ce qu'il y a de sagesse dans

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