‹ L'escole des marisChapitre 10 sur 33 · ERGASTE, VALERE, SGANARELLE · texte numérisé non relu

ERGASTE, VALERE, SGANARELLE

VALERE

ERgaste, le voila, cet argus que j'abhorre, Le seuere Tuteur de celle que i'adore.

SGANARELLE

N'est-ce pas quelque chose enfin de surprenant, Que la corruption des mœurs de maintenant.

VALERE

le voudrôis l'accoster, s'il est en ma puissance, Et tâcher de lier auec luy connoissance.

SGANARELLE

Au lieu de voir régner cette seuerité, Qui composoit si bien l'ancienne honnesteté; La jeunesse en ces lieux, libertine, absolue, Ne prend...

VALERE

Il ne voit pas que c'est luy qu'on salua.

ERGASTE

Son mauuais œil, peut-estre, est de ce costé cy: Passons du costé droit.

SGANARELLE

11 faut sortir d'icy.

Le seiour de la ville en moy ne peut produire Q.ue des...

VAL ERE

Il h.ut chez luy tâcher de m'introduire.

Heu! i'ay creu qu'on parloit. Aux champs, grâces aux cieux, Les sottises du temps ne blessent point mes yeux?

ERGASTE

Abordez-le ?

SGANARELLE

Plaist-il 'i les oreilles me cornent.

Là, tous les passe-temps de nos filles se bornent... Est-ce à nous?

ERGASTE

Approchez.

SGANARELLE

Là nul godelureau Ne vient.. .quediable...encor?quedscoupsde chapeau.

VALERE

Monsieur, vn tel abord vous interrompt peut-estre t

SGANARELLE

Cela se peut ?

VALERE

Mais quoy? Thonneur de vous connoistre Est vn si grand bon-heur, est vn si doux plaisir, Que de vous saluer, i'auois vn grand désir.

SGANARELLE

Soit.

VALERE

Et de vous venir, mais sans nul artifice, Asseurer que ie suis tout à vostre seruice.

SGANARELLE

le le croy.

VALERE

l'ay le bien d^estrede vos voisins.

Et l'en dois rendre grâce à mes heureux destins.

COMEDIE. i5

SGANARELLE

C'est bien fait.

VALERE

Mais Monsieur sçauez-vouslesnouuelles Que Ton dit à la Cour, et qu'on tient pour fidelles i

SGANARELLE

Que m'importe.

VALERE

Il est vray ; mais pour les nouueautez, On peut auoir par fois des curiositez :

Vous irez voir, Monsieur, cette magnificence, Que de nostr^ Dauphin prépare la naissance ?

SGANARELLE

Si ie veux.

VALERE

Auoûons que Paris nous fait part De cent plaisirs charmans qu'on n'a point autre-part; Les Prouinces auprès sont des lieux solitaires, A quoy donc passez-vous le temps?

SGANARELLE

A mes affaires.

VALERE

L'esprit veut du relâche, et succombe par fois, Par trop d'attachement aux sérieux emplois.

Que faites-vous les soirs auant qu'on se retire ?

SGANARELLE

Ce qui me plaist.

VALERE

Sans doute on ne peut pas mieux dire :

Cette réponce est iuste, et le bon sens paroist, A ne vouloir iamais faire que ce qui plaist.

Si ie ne vous croyois l'ame trop occupée, l'irois par fois chez vous passer l'apres-soupée.

SGANARELLE

âeruiteur«

i6 L'ESCOLE DES MARIS,

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