‹ L'escole des marisChapitre 19 sur 33 · SGANARELLE, ISABELLE · texte numérisé non relu

SGANARELLE, ISABELLE

SGANARELLE

IAmais Amant n'a fait tant de trouble éclater, Au poulet renuoyé sans se décacheter :

Il perd toute espérance, enfin, et se retire ; Mais il m'a tendrement coniuré de te dire, Que du moins en t'aymant, il n'a iamais pensé A rien dont ton honneur ait lieu d'estre offencé, Et que ne dépendant que du choix de son ame, Tous ses désirs estoient de t'obtenir pour femme., Si les destins en moy qui captiue ton coeur,

N'opposoient vn obstacle à cette iuste ardeur, Que quoy qu'on puisse faire il ne te faut pas croire, Que iamais tes appas sortent de sa mémoire :

Que quelque arrest des cieux qu'il luy faille subir, Son sort est de t'aymer iusqu'au dernier soupir. Et que si quelque chose étoufe sa poursuite. C'est le iuste respect qu'il a pour mon mérite, Ce sont ses propres mots, et loin de le blasmer, le le trouue honneste homme, et le plains de t'aimer.

ISABELLE bas.

Ses feux ne trompent point ma secrette croyance. Et tousiours ses regards m'en ont dit l'innocence.

SGANARELLE

Que dis-tu?

ISABELLE

Qu'il m'est dur que vous plaigniez si fort Vn homme que ie hays à l'égal de la mort, Et que si vous m'aymiez autant que vous le dites , Vous sentiriez l'affront que me font les poursuites.

SGANARELLE

Mais il ne sçauoit pas tes inclinations, Et par l'honnesteté de ses intentions Son amour ne mérite...

ISABELLE

Est-ce les auoir bonnes , Dites-moy de vouloir enleuer les personnes, Est-ce estre homme d'honneur de former des desseins Pour m'épouser de force en m'ostant de vos mains, Comme si i'estois fille à suporter la vie , Après qu'on m'auroit fait vne telle infamie.

SGANARELLE

Comment.

ISABELLE

Ouy, ouy, j'ay sçeu que ce traistre d'Amant,

Parle de m'obtenir par vn enleuement.

Et i'ignore pour moy les pratiques secrètes,

Qui Pont instruict si-tost du dessein: que vous faites,

De me donner la main dans huict iours au plus tard,

Puisque ce n'est que d'hier que vous m'en fîtes part ;

Mais il veut preuenir dit-on cette iournée,

Qui doit à vostre sort vnir ma destinée.

SGANARELLE

Voila qui ne vaut rien.

ISABELLE

O que pardon nez-moy, C'est vn fort honneste homme, et qui ne sent pour moy.

SGANARELLE

Il a tort, et cecy passe la raillerie.

ISABELLE

Allez vostre douceur entretient sa folie.

S'il vous eust veu tantost luy parler vertement. Il craindroit vos transports, çt mon ressentiment ; Car c'est encore depuis sa lettre méprisée, Qu'il a dit ce dessein qui m'a scandalisée, Et son amour conserue ainsi que ie l'ay sçeu, La croyance qu'il est dans mon cœur bien receu,

Que iefuys vostre hymen, quoy que le monde en croye, Et me verrois tirer de vos mains auec ioye.

SGANARELLE

Il est fou.

ISABELLE

Deuant vous il sçait se déguiser, Et son intention est de vous amuser.

Croyez par ces beaux mots que le traistre vous iouë, le suis bien mal-heureuse, il faut que ie l'auouâ, Qu'auecquetousmessoins pour viure dans l'honneur, Et rebutter les vœux d'vn lasche suborneur, Il faille estre exposée aux fascheuses surprises, De voir faire sur moy d'infâmes entreprises.

SGANARELLE

Va ne redoute rien.

ISABELLE

Pour moy ie vous le dy, Si vous n*éciatez fort contre vn trait si hardy, Et ne trouuez bien-tost moyen de me défaire , Des persécutions d'vn pareil téméraire, Tabandonneray tout et renonce à l'ennuy De souffrir les affronts que ie reçois de luy.

SGANARELLE

Ne t'afflige point tant, va ma petite femme, le m'en vais le trouuer, et luy chanter sa gamme.

ISABELLE

Dites-luy bien au moins, qu'il le nieroit en vain, Que c'est de bonne part qu'on m'a dit son dessein, Et qu'après cet auis, quoy qu'il puisse entreprendre, l'ose le défier de me pouuoir surprendre ; Enfin que sans plus perdre et soupirs et momens, Il doit sçauoir pour vous quels sont mes sentimens, Et que si d'vn malheur il ne veut estre cause, Il ne se fasse pas deux fois dire vne chose.

SGANARELLE

le diray ce qu'il faut.

ISABELLE

Mais tout cela d'vn ton Qui marque que mon cœur luy parle tout de bon.

SGANARELLE

Va ie n'oublieray rien, ie t'en donne asseurance.

ISABELLE, l'attens vostre retour auec impatience, Hastez-le, s'il vous plaist, de tout vostre pouuoir, le languis quand ie suis vn moment sans vous voir.

Va pouponne, mon cœur, ie reuiens tout à l'heure.

Est-il vne personne, et plus sage et meilleure. Ah! que ie suis heureux, et que i'ay de plaisir. De trouuer vne femme au gré de mon désir, Ouy, voila comme il faut queles femmes soient faites, Et non comme i'en sçay, de ces franches coquettes. Qui s'en laissent conter, et font dans tout Paris Monstrer au bout du doigt leurs honnestes maris, Hola nostre galant aux belles entreprises.

(cp^r^y

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