‹ L'escole des marisChapitre 18 sur 33 · SGANARELLE, VALERE · texte numérisé non relu

SGANARELLE, VALERE

ERGASTE

SGANARELLE

O Trois et quatre fois, beny soit cet Edit, Par qui des vestemens le luxe est interdit ; Les peines des Maris ne seront plus si grandes.

COMEDIE. 3i

Et les femmes auront vn frein à leurs demandes. O que ie sçais au Roy bon gré de ces décris 1 Et que pour le repos de ces mesmes Maris, le voudrois bien qu'on fit de la coquetterie Comme de la guipure et de la broderie!

Tay voulu Tacheter TEdict expressément, Afin que d'Isabelle il soit leu hautement, Et ce sera tantost, n'estant plus occupée , Le diuertissement de nostre apres-soupée.

Enuoyrez-vous encor, Monsieur aux blons cheueux, Âuec des boêtes d'or, des billets amoureux ?

Vous pensiez bien trouuer quelque ieune coquette, Friande de Tintrigue, et tendre à la fleurette, Vous voyez de quel air on reçoit vos loyaux ; Croyez-moy, c'est tirer vostre poudre aux moineaux. Elle est sage, elle m'ayme, et vostre amour l'outrage, Prenez visée ailleurs, et troussez-moy bagage.

VALERE

Ouy, ouy, vostre mérite à qui chacun se rend, Esta mes vœux. Monsieur, vn obstacle trop grand, Et c'est folie à moy, dans mon ardeur fidelle. De prétendre auec vous à l'amour d'Isabelle.

SGANARELLE

Il est vray, c'est foîie.

VALERE

Aussi n'aurois-ie pas Abandonné mon cœur à suiure ses appas, Si i'auois pû.sçauoir que ce cœur misérable, Dust trouuer vn riual comme vous redoutable.

SGANARELLE

le le croy.

VALERE

le n*ay garde à présent d'espercr, le vous cède, Monsieur, et c*est sans ihurmurer.

SGANARELLE

Vous faites bien.

Le droit de la sorte l'ordonne , Et de tant de vertus brille vostre personne.

Que i'aurois tort de voir d*vn regard de courroux. Les tendres sentimens qu'Isabelle a pour vous.

SGANARELLE

Cela s'entend.

VALERE

Ouy, ouy, ie vous quitte la place; Mais ie vous prie au moins, et c'est la seule grâce. Monsieur, que vous demande vn misérable Amant , Dont vous seul auiourd'huy causez tout le tourment. le vous coniure donc d'asseurer Isabelle, Que si depuis trois mois mon cœur brûle pour elle. Cette amour est sans tache, et n*a iamais pensé, A rien dont son honneur ait lieu d'estre offencé.

SGANARELLE

Ouy.

VALERE

Que ne dépendant que du choix de mon ame.

Tous mes desseins estoient de l'obtenir pour femme. Si les destins en vous qui captiuez son cœur, N'opposoient vn obstacle à cette iuste ardeur.

SGANARELLE

Fort bien.

VALERE

Q.uequoy qu'on fasse il ne luy faut pas croire, Que iamais ses appas sortent de ma mémoire.

Que quelque Arrestdes Cieux, qu'il me faille subir. Mon sort est de l'aimer iusqu*au dernier soupir, Et que si quelque chose estoufe mes poursuites, C'est le iuste fespecl que i'ay pour vos mérites.

C'est parler sagement, et ie vais de ce pas Luy faire ce discours, qui ne la choque pas ; Mais si vous me croyez, tachez de faire en sorte, Que de vostre cerueau cette passion sorte.

Adieu.

ERGASTE

La dupe est bonne.

SGANARELLE

U me fait grand pitié, Ce pauure mal-heureux tout remply d'amitié ; Mais c'est vn mal pour luy de s'estre mis en teste, De vouloir prendre vn fort qui se voit ma conqueste.

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