LEONOR, SGANARELLE
ARISTE
ISABELLE
MA sœur, ie vous demande vn généreux pardon, ; Si de mes libertez i'ay taché vostre nom ; '
Le pressant embarras dVne surprise extrême, -!
M'a tantost inspiré ce honteux stratagème :
Vostre exemple condamne vn tel emportement, Mais le sort nous traita nous deux diuersement ; Pour vous ie ne veux point, Monsieur, vous faire excuse, le vous sers beaucoup plus que ie ne vous abuse ;
COMEDIE. 6i
Le Ciel pour estre ioints ne nous fit pas tous deux, le me suis reconnue indigne de vos vœux. Et i'aybien mieuxayméme voir aux mains dVn autre, Que ne pas mériter vn cœur comme le vostre.
VALERE
Pour moy ie mets ma gloire et mon bien souuerain A la pouuoir, Monsieur, tenir de vostre main.
ARISTE
Mon frère doucement, il faut boire la chose, D'vne telle action vos procédez sont cause, Et ie vois vostre sort malheureux à ce point, Que voussçachant dupé Ton ne vous plaindra point.
LISETTE
Par ma foy ic luy sçay bon gré de cette affaire. Et ce prix de ses soins est vn trait exemplaire.
LEONOR
le ne sçay si ce trait se doit faire estimer,
Mais ie sçay bien qu^au moins ie ne ie puis blasmer.
ERGASTE
Au sort d'estre cocu son ascendant l'expose,
Et ne l'estre qu'en herbe est pour luy douce chose.
SGANARELLE
Non, ie ne puis sortir de mon estonnement.
Cette desloyauté confond mon iugement.
Et ie ne pense pas que Sathan en personne, Puisse estre si meschant quVne telle friponne,
l'aoroit pour elle au feu mis la main que voila. Malheureux qui se fie à femme après cela, La meilleure est tousjours en malice féconde, C'est vn sexe engendré pour damner tout le monde; Vy renonce à iamais à ce sexe trompeur, Et ie le donne tout au Diable de bon cœur.
ERGASTE
Bon.
ARISTE
Allons tous chez moy. Venez Seigneur Valere, Nous tascherons demain d'appaiser sa colère.
LISETTE
Vous, si vous connoissez des maris loupgaroux, Enuoyez-)es au moins à Técole chez nous.