‹ L'escoufle;Chapitre 26 sur 49 · XXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVIII INTRODUCTION

L'auteur de VEscoufle n'est pas moins habile à peindre des scènes dont quelques-unes offrent pour l'histoire des mœurs et de la société un intérêt véritablement historique. Je signalerai particulièrement le tableau d'une réunion intime, le soir, chez le comte de Saint-Gilles, dans la chambre des dames. Dans ce dernier cas, ce n'est pas seulement l'habileté de la mise en scène qu'il faut considérer : la scène elle-même est des plus caractéristiques. La tenue plus que négligée du comte, qui nous est présenté littéralement en déshabillé, le laisseraller d'Aelis, qui pourtant est l'héroïne du poème, et dont l'auteur ne voudrait pas nous donner une mauvaise opinion ; l'indifférence avec laquelle la comtesse souffre en sa présence des familiarités assez compromettantes, ce sont là des mœurs bien singulières, qui pourraient sembler imaginaires, si l'on ne trouvait ailleurs, par exemple dans Guillaume de Dole, des traits analogues. L'auteur de VEscoufle est cependant un poète courtois : il n'emploie aucun « vilain mot », il est seulement un peu

vendue récemment au Musée britannique. Mais bien peu nous ont été conservées. On envoyait à la fonte cette précieuse vaisselle quand on avait besoin d'argent. C'est surtout aux inventaires que nous possédons encore des grandes collections formées au xiv" siècle qu'il faut avoir recours pour trouver des termes de comparaison avec les descriptions données dans les œuvres de fiction. Voir notamment l'inventaire des joyaux de Louis duc d'Anjou, frère de Charles V,dans la Notice des émaux de Léon de Labordc. n°» 283 et suiv., comme aussi le supplément à cet inventaire publié en 1889 dans la Bibliothèque de l'École des Chartes (t. L) par M. Ledos, not i85 et suiv.

plus réaliste dans la peinture des mœurs de la société de son temps que tel autre romancier, Chrétien de Troyes par exemple. Il aspirait à plaire au monde des cours seigneuriales. Il professe à l'endroit des serfs et des vilains le mépris le plus complet '. S'il mentionne en passant (v. 1 565) les communes, c'est pour dire que le comte Richard dédaignait leur concours, et ne se fiait qu'aux chevaliers de France. Ses héros de roman sont ceux qui avaient la vogue dans les hautes classes de la société, Tristan et Iseut, Gauvain, Pyrame et Thisbé, Apollonius de Tyr; une fois seulement il est question de Gharlemagne et de Roncevaux 2. Par contre, s'il n'a aucun goût pour les récits de batailles et de tournois qui étaient si fort en faveur de son temps et qui tiennent tant de place dans les romans de Chrétien de Troyes et de son école, et même dans des poèmes purement historiques tels que l'Histoire de Guillaume le Maréchal. Lors des fêtes qui sont célébrées à Rome, à l'occasion du couronnement de Guillaume et d'Aelis, il décrit longuement la pompe qui est déployée par toute la ville et détaille avec complaisance la riche toilette d'Aelis, mais c'est à peine s'il fait une fugitive allusion au tournoi qui eut lieu à cette occasion 3.

Les mérites que nous reconnaissons à YEscouJle

i. Voy. par exemple vv. 1624 et suiv.

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