V. - LE MANUSCRIT DE VESCOUFLE
Le manuscrit de la Bibliothèque de l'Arsenal qui renferme YEscoufle et Guillaume de Palerne a été décrit sommairement par M. Michelant dans la préface de ce dernier poème, et avec plus d'exactitude par M. Martin, dans le tome VI de son Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de l'Arsenal. Il portait jadis le n° Belles-Lettres françaises 178, et, lorsque les manuscrits de l'Arsenal furent numérotés en série continue, il reçut le n° 6565. C'est un livre à deux colonnes, ayant à peu près le format d'un in-40, écrit vers la fin du xme siècle. Les formes du langage portent à croire que le copiste était du centre de la France. Toutefois, on observe çà et là des formes plus septentrionales qui viennent d'un manuscrit antérieur, peut-être même du manuscrit original. Nous avons vu, en
LiV INTRODUCTION
effet, que l'auteur devait être de la partie de la Normandie qui confine à la région picarde. Entre les formes qui témoignent de cette origine, on peut citer calengier , camberlain, camberlenc , cange , cantel, cavel, kameus, karoiy katel, kenus, relevés dans le vocabulaire, candoile ou candeille, bi 1 5, 5744, escaloigne, 4179, cerquier, 5379, 5426,6173, saque (en rime avec Jake), 6229, che 4794, etc.
Je n'ai point tenté d'introduire dans le texte une graphie uniforme. Une telle entreprise eût été fort conjecturale, et les inconvénients en eussent dépassé considérablement les avantages. Je me suis attaché à corriger les fautes qui détruisent le sens ou la mesure, et elles sont nombreuses. Peut-être me suis-je montré moins hardi dans les premières feuilles que dans la suite. C'est que j'ai établi le texte en corrigeant les épreuves, le manuscrit sous les yeux, mais sans avoir eu le loisir d'étudier préalablement le poème '. En de telles conditions il est difficile d'opérer avec une conséquence rigoureuse.
L'histoire du manuscrit peut être suivie à partir du commencement du xive siècle. M. Michelant a connu, en partie, les éléments de cette histoire, et les a utilisés dans sa préface à Guillaume de Palerne, mais il n'en a pas tiré les conclusions qu'il fallait en tirer.
M. Michelant rappelle que dans les deux anciens
1. Toutes les corrections faites au texte sont de moi, sauf un certain nombre qui m'ont été conseillées par mon commissaire responsable M. G. Paris.
inventaires de la bibliothèque des ducs de Bourgogne que Barrois a publiés ', on lit la description d'un manuscrit renfermant à la fois YEscoufle et Guillaume de Palerne, tout comme le manuscrit de l'Arsenal. On lit, en effet, dans l'inventaire fait à Bruges en 1467 (n° 362) :
Ung livre en parchemin, couvert de cuir rouge, intitulé au dos : C'est le romant de Guille2 de Palerme, historié, escript en rime par coulombes 3; quemenchant Que sages fait, et le dernier, nul ne l'enfist noi^e.
De même, dans l'inventaire fait à Bruxelles en 1487 (n°2i39) :
Ung autre [livre] couvert de cuir noir, a deux cloans de laton, intitulé Le roman de Guille de Palerme, commenchant ou second feuillet Qui par son sens et par sçavoir, et finissant ou derrenier, Que a bonne fin puissions venir. Amen.
M. Michelant a bien remarqué que le manuscrit désigné dans ces deux articles renfermait non seulement Guillaume de Palerne, mais aussi YEscoufle, car c'est ce dernier poème qui commence par Que sages fait , selon l'indication donnée dans le premier des deux inventaires, et le premier vers du second feuillet mentionné dans le deuxième inventaire, Qui par son sens et par savoir, appartient aussi à YEscoufle (v. 118) 4.