‹ L'escoufle;Chapitre 8 sur 49 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

Désormais les deux jeunes gens furent considérés comme fiancés; et tout le monde porta honneur à Guillaume. Mais bientôt leur joie fut changée en tristesse, car le comte tomba malade et mourut. Ce fut pour tous une grande désolation. La comtesse, qui était venue rejoindre son mari malade, s'en retourna tristement, accompagnée d'une partie des barons. Guillaume resta à la cour, pensant épouser sa bienaimée. Mais la fortune devait désormais lui être contraire (v. 265i).

La promesse faite au comte fut bientôt oubliée. L'empereur s'entoura des mauvais conseillers qui jadis lui avaient fait tant de mal. Ceux-ci, avec l'appui de l'impératrice, l'amenèrent à rompre l'engagement des deux jeunes gens, et l'empereur en vint à défendre à Guillaume de fréquenter sa fille et de pénétrer dans sa chambre (v. 3o2i). Le jeune homme fut bien surpris : « Jamais, dit-il, je n'ai fait chose « dont il puisse lui venir reproche. Et, puisque nous devons « nous marier, à qui fais-je tort si je lui baise les yeux et la « bouche? Sachez que jamais ma main n'est allée s'égarer « sous son bliaut1» (v. 3087). Mais l'empereur fut inflexible. Les deux jeunes gens versèrent beaucoup de larmes lorsqu'ils durent prendre congé l'un de l'autre. Guillaume se retira dans sa chambre, et, s'étant couché, il pensa à Tristan et à Iseut qui tant surent de ruses. La jeune fille, de son côté, passa une nuit fort agitée, et résolut finalement de se ménager un rendez-vous avec Guillaume. Tandis que son père et sa mère étaient allés au moutier, elle chargea un valet fidèle de lui aller chercher Guillaume et de le faire entrer secrètement par le jardin. Elle avait fait son plan. Lorsque Guillaume fut entré, elle lui demanda s'il était à sa connaissance que les Normands eussent fait auprès de son

1. Ici Guillaume entre imprudemment dans des détails qu'on ne lui demandait point, et se trouve d'ailleurs en désaccord avec les réflexions qu'Aelis se fait à elle-même un peu plus loin (v. 3284-7).

père une démarche pour le ramener en Normandie. Le jeune homme répondit qu'en effet, l'année précédente, dix chevaliers normands étaient venus le demander à son père pour faire de lui leur seigneur, mais que l'espoir d'un rang plus élevé l'avait détourné d'accepter cette proposition. Maintenant, ayant perdu Rome, il ne lui restait plus qu'à retourner en Normandie. « Eh bien! » reprit la jeune fille, « nous irons ensemble. Il me semble déjà que je suis dame a de Rouen ! » Et elle lui exposa tout un plan d'évasion. Il devait quitter Rome et aller retrouver sa mère, se procurer, avec l'aide de celle-ci, les deux meilleurs mulets qu'on pourrait trouver, faire faire des vêtements de voyage, et, au bout de quinze jours, tous les préparatifs faits, venir la prendre à Rome. « Je ne dois pas, » disait-elle par moquerie, « laisser mon père manquer à sa foi. En qui pourrait-il « avoir confiance, sinon en moi qui suis de son sang?» (v. 36u).

Guillaume suivit à la lettre les instructions de son amie. Il partit de Rome le lendemain matin, arriva le troisième jour auprès de sa mère, qui l'accueillit à grande joie, et il lui fit part de son projet. Tout fut prêt au bout de huit jours. Au terme fixé, Guillaume attendait au pied de la tour où était la chambre de son amie. Aelis de son côté n'avait pas perdu son temps. Elle avait mis de côté vingt marcs pesant de bijoux, d'or et de besants. La veille, sa mère lui avait confié la plus belle de ses bagues, et elle l'avait mise dans une aumônière de soie vermeille. Pendant que ses demoiselles dormaient, elle se leva et s'habilla sans bruit, vida ses écrins et enferma ses joyaux et son or dans une taie d'oreillier. Puis elle lia des draps ensemble, et fixa au pilier de sa fenêtre cette sorte de corde. Alors, ayant entendu le bruit des mulets qui l'attendaient en bas, elle se laissa glisser. Son ami la reçut entre ses bras. Elle mit les vêtements que Guillaume lui avait apportés, et tous deux partirent à grande allure, se dirigeant vers la Normandie (v. 4o55).

Au matin, on s'aperçut de la fuite d'Aelis. L'empereur

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