X INTRODUCTION
Désormais les deux jeunes gens furent considérés comme fiancés; et tout le monde porta honneur à Guillaume. Mais bientôt leur joie fut changée en tristesse, car le comte tomba malade et mourut. Ce fut pour tous une grande désolation. La comtesse, qui était venue rejoindre son mari malade, s'en retourna tristement, accompagnée d'une partie des barons. Guillaume resta à la cour, pensant épouser sa bienaimée. Mais la fortune devait désormais lui être contraire (v. 265 1).
La promesse faite au comte fut bientôt oubliée. L'empereur s'entoura des mauvais conseillers qui jadis lui avaient fait tant de mal. Ceux-ci, avec l'appui de l'impératrice, l'amenèrent à rompre l'engagement des deux jeunes gens, et l'empereur en vint à défendre à Guillaume de fréquenter sa fille et de pénétrer dans sa chambre (v. 3o2i). Le jeune homme fut bien surpris : « Jamais, dit-il, je n'ai fait chose « dont il puisse lui venir reproche. Et, puisque nous devons « nous marier, à qui fais-je tort si je lui baise les yeux et la « bouche? Sachez que jamais ma main n'est allée s'égarer « sous son bliaut'» (v. SoBj). Mais l'empereur fut inflexible. Les deux jeunes gens versèrent beaucoup de larmes lorsqu'ils durent prendre congé l'un de l'autre. Guillaume se retira dans sa chambre, et, s'étant couché, il pensa à Tristan et à Iseut qui tant surent de ruses. La jeune fille, de son côté, passa une nuit fort agitée, et résolut finalement de se ménager un rendez-vous avec Guillaume. Tandis que son père et sa mère étaient allés au moutier, elle chargea un valet fidèle de lui aller chercher Guillaume et de le faire entrer secrètement par le jardin. Elle avait fait son plan. Lorsque Guillaume fut entré, elle lui demanda s'il était à sa connaissance que les Normands eussent fait auprès de son
I. Ici Guillaume entre imprudemment dans des détails qu'on ne lui demandait point, et se trouve d'ailleurs en désaccord avec les réflexions qu'Âelis se fait à elle-même un peu plus loin (v. 3284-7).