XXIV INTRODUCTION
devait réaliser dans toute sa plénitude '. Il s'adressait d'ailleurs à un auditoire qui attachait peu de prix à l'unité d'action ou d'intérêt, et qui ne redoutait pas les longues histoires, pourvu qu'elles fussent à son goût.
VEscoufle est, d'un bout à l'autre, une œuvre d'imagination, ce qui ne veut pas dire que tout y soit de l'invention du trouvère anonyme à qui nous devons ce roman. Lui-même a soin de nous avertir que le même sujet, ou du moins une partie de ce sujet, circulait avant lui sous forme de conte. Il s'en explique au commencement et à la fin de son poème. Le témoignage du début est le plus explicite :
Nus ne me doit en mal retraire Se je voel en mon tans retraire Et mètre en mémoire .j. viel conte Dont l'estoire nos dist et conte Ke c'est li contes de VEscoufle.
On voit que le poète a conservé à son roman le titre par lequel le conte en question était connu. C'est ce qu'il dit encore dans le passage de la fin (p. 273) où il s'excuse d'avoir donné à son roman, un nom « qu'on tient à laid », le nom à'escoufle^ l'escoufle ou milan étant au moyen âge un oiseau méprisé ; « mais, dit-il, il était juste que le roman eût le même nom que le conte » :
I. Toutefois Guillaume paratt avoir été meilleur époux que son père, lequel, après la naissance de son enfant, vécut séparé de sa femme.
DE LA COMPOSITION DE l'eSCOUFLE XXV
Mais c'est drois que li roumans ait 9075 Âutretei non conme li contes.
Ce conte était-il rédigé par écrit, ou se transmettait-il simplement par voie orale? nous l'ignorons : les vers qu'on vient de lire ne suffisent pas à résoudre la question *. Contentons-nous de rappeler que beaucoup de nos vieux fableaux, beaucoup de nouvelles provençales ou italiennes, se présentent dans les mêmes conditions, et ne sont autre chose que la rédaction en vers ou en prose * de contes qui, sous la forme flottante de récits oraux, avaient amusé plus d'une génération ^.
Nous ne pouvons croire que le conte auquel se réfèrent les vers rapportés ci-dessus ait fourni, même sous une forme très sommaire, toute la
I. Il est vrai qu'à propos d'une circonstance assez insignifiante l'auteur paraît invoquer un livre dont il se serait inspiré, lorsqu'il dit : Einsi com li livres nos conte (v. 5046), mais c'est là une expression banale qui désigne le roman lui-môme; cf. v. 246 : Ce nos tesmoigne ci cis livres; v. 2652 : Se li livres ne nos en ment.
3. En prose, s'il s'agit des nouvelles italiennes. 3. Voir, par exemple, le début du Lai de VEpervier, qui a aussi pour titre un nom d'oiseau ;
Une aventure molt petite Qui n'a mie este sovent dite Ai oï dire, tôt por voir, Que je vos voil ramentevoir.
Nés puet en mie toutes dire.
Ne tretier en roman\ n'escrire ; De plusors en ot en conter Qui très bien font a remembrer ^ {RomaniUy VII, 3).
Voir aussi le début d'une nouvelle provençale dans Daurel et Béton, p. xciv.