‹ L'escoufle: roman d'aventureChapitre 25 sur 63 · II. - DE LA COMPOSITION DE VESCOUFLE · texte numérisé non relu

II. - DE LA COMPOSITION DE VESCOUFLE

Tel est ce poème, dans lequel certaines longueurs sont amplement rachetées par l'élégance de la narration, par l'art avec lequel la curiosité est tenue en éveil, par des tableaux pittoresques et remplis de détails que ne manqueront pas de recueillir ceux qui s'intéressent à l'histoire des mœurs et de la vie privée au moyen âge.

Littré, qui a analysé notre roman pour l'Histoire littéraire ÇKXlly 807-817), semble avoir été particulièrement frappé de la prolixité de certaines parties du récit. Pressé d'arriver au bout d'un résumé qui dut lui paraître d'autant plus pénible à faire qu'il était obligé de lire le poème dans le manuscrit, il ne pardonne pas à l'auteur de n'avoir pas placé tout au commencement l'aventure de l'escoufle, qui a fourni le titre du roman :

C'est seulement après avoir lu plusieurs milliers de vers que Ton sait pourquoi le trouvère a intitulé son roman PEscoufle. Ceci pourrait être pris pour un éloge, et l'est en effet quand un auteur, sachant éveiller l'intérêt, sait aussi le suspendre, et satisfait enfin la curiosité longtemps amusée à travers tous les détours d'un sujet ingénieusement conçu. Mais il est impossible, malgré la meilleure volonté, de voir ici rien de pareil ; et si le conteur a tant tardé à dire le motif de son titre, le retard est dû à tout autre chose qu'à l'habileté des combinaisons.

DE LA COMPOSITION DE iJeSCOUFLE XXIII

Et plus loin, après avoir conté renlèvement de Fanneau par l'oiseau de proie, Littré insiste de nouveau sur ce qui lui paraît un grave défaut de composition :

Remarquez qu'au moment où arrive cette aventure qui est le nœud du roman, nous sommes déjà au 4560^ vers; or, le conte en a 9160. C'est donc environ la moitié qui est employée à préparer ce qui fait l'objet essentiel du ;récit, la séparation des deux jeunes amants, dont Tun court après le milan voleur et l'autre s'éveille, et qui ne se retrouvent plus qu'après toute sorte d'accidents.

Il eût été pourtant difficile à l'auteur de faire intervenir Tescoufle dès le commencement du poème, car pour que ce merveilleux épisode se produisît, il fallait que les deux jeunes gens se trouvassent dans les circonstances très particulières où les place le poète, et ces circonstances demandaient à être amenées de longue main. On voit d'ailleurs que la critique de Littré perdrait son principal point d'appui si le poème, au lieu d'avoir pour titre Le roman de VEscoufle, était intitulé, par exemple. Histoire de Guillaume et d'Aelis.

C'est en effet l'histoire de Guillaume et d'Aelis et même un peu celle du père de Guillaume, que le poète a entendu conter. Il trouvait là occasion de développer des idées qui étaient chères à tous les poètes de cour du moyen âge, et, en décrivant sous ses aspects les plus brillants la vie d'un seigneur riche et vaillant, tel qu'était le comte Richard, il traçait par avance l'idéal qu'un jour Guillaume

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