SCENE II
RURIE, MAD. DE FERRIÈRES, ÉM*:LINE, St.-SURIN, M. DE FERRIERES, DUBOURG.
MARIE, allant à lui.
Mon père!..
^ DVBOUBG.
Bonjour, ma fille. Madame, veuillez agréer mes respects. Je vous salue, Mademoiselle Emeline ; vous allez bien, mon cher De Ferrières?.. Eh bien, M. de Saint-Surin, me voilà à Paris pour trois jours! Des recouvremens considérables à faire; il faudra nous amuser... {Prenant la main de Ferrières.) Enchanté de vous voir, mon ancien voisin !.. Vous êtes toujours content de votre situation?.. Ah dame, vous êtes mieux ici que dans la misérable bicoque où je vous ai connu ! Comment, diable , aviez-vous fait pour devenir si pauvre ?
M. DE FERRIÈRES
Avez-vous toujours été riche, M. Dubourg?
DUBOTÎRG.
Non! Pendant que vous défaisiez votre fortune, moi je faisais la mienne. Ah, j'ai terriblement travaillé : mais aussi cela va bien maintenant : ma nouvelle machine à vapeur sera en activité jeudi prochain ; celle-ci confectionnera des chapeaux imperméables; c'est ma cinquième... Entre elles toutes, elles n'occupent que quinze ouvriers, et il en faudrait plus de trois cents si le travail s'exécutait par l'ancienne méthode... Tous les manœuvres du pays désertent pour venir chercher de l'ouvrage à Paris.
M. DE FERRIÎJRES.
Où ils meurent de faim.
DXT BOURG.
Je gagne plus de soixante mille francs par an : l'industrie çst ime belle chose ! Que d'obligations nous a le gouvernement!.. Aussi je suis membre du Conseil municipal, je suis éligible, je commande la garde nationale; bientôt il ne me paanquera plus rien.
Air du ferre.
.Te suis désigné pour la croix , La chose est déjà résolue ; Et l'on fera valoir mes droits Lois <lc la prorhaiiic revue :
Si mes soldats gardent leurs rangs, Devant le Roi si nul ne bouge.
Si les baudriers sont bien blancs, J'obtiendrai, moi, le ruban rouge.
M. DE FERBIÈBES.
On l'a donné pour moins que ça.
DtBOTÎBG.
Qu'est-ce qu'un honnête homme peut demander de plus au Ciel? surtout avec une bonne fille comme ma chère Marie! Si pourtant elle était un peu plus gaie.
vs DOMESTIQUE , entrant.
Une lettre pour vous, Madame.
Il sort.
MAD. DE FEBKIERES.
Ah! donnez, c'est de mon fils.
MABIE.
Une lettre de M. Georges !
MAD. DE FERBiÈRES, après uvoir pavcouru la lettre, Georges arrive.
EMELINE.
Georges !
II revient!.
xMon fils !
MARIE, avecjoie.
M. DE FERRIÈRES
DtJBOTJRG.
II ne manquera plus rien à votre bonheur.
MAD. DE FERRIÈRES
Voyez sa lettre : je veux vous la lire; il n'y a ici que des amis.
M. DE FERRIÈRES
Ah oui, lisez.
MAD. DE FERRIÈRES, d part.
Sa figuie s'éclaircit !
Elle lit baut ; tout le monde l'entoure.
« Je vais enfin vous revoir, vouSj ma mère chérie, que je » n'ai pas embrassée depuis deux ans, et je vous retrouverai » jouissant de cette opulence, de ce rang auxquels votre nais- » sance vous destinait, et dont vous avez été privée si long- » temps. Je vais revoir mon père, à qui je dois tout ce que je « suis, mon éducation et ces idées d'honneur que ses leçons » et ses exemples ont gravées dans mon cœur, et que j'ai été » à même d'apprécier dans ce voyage où j'ai commencé à » connaître les hommes et les choses.
M. DE FERRIÈRES, à part.
Pauvre enfant!.. -. '
MAD. DE rERP.iÈREs, continuant,
» Quelle est donc ma joie en voyant que la fortune aplanira » les obstacles qui devaient m'arrêter; que toutes les carrières » me seront ouvertes , et que je pourrai enfin offrir à ma bien- » aimée Emeline un sort digne de ses vertus.
» Celte lettre n'arrivera que peu d'inslans avant moi; je me » réserve donc le plaisir de vous dire tout ce que je ne puis » exprimer ici. Veuillez me rappeler au souvenir de mes amis, V et surtout de notre voisin M. Dubourg. »
DtJBOrBG.
II y a cela?.. Ah, le brave garçon !
MARIE , d part.
Rien pour moi!..
sAiNT-suRiN , à Emeline , à demi-voix.
Il est bien heureux!
ÉMELiKE, avec embaiTas.
Ce mariage, convenu dès l'enfance
SAINT-STJRIN.
Fera naître de cruels regrets.
MARIE , à part , en les regardant.
Et elle semble en écouter un autre !
D¥B0iiRG , rt M. de Ferrières.
Voilà un beau jour, mon voisin.
M. DE FERRIÈRES
Oui sans doute.
DLBOBRG, à sa fille.
Ah ça, veux-tu bien rire, toi!.. Cette enfant-là ne sait pas se réjouir.