SCENE PREMIERE
DUBOURG, M. DE FERRIÈRES, «55/5 d droite, et jouant ;- MARIE, EMELINE, SAINT-SURIN, dansant dans le fond; des JOUEURS, à une table à gauche; FOULE DE DANSEURS dans le fond.
DrBOCRG , avec joie.
Eh bien, voisin, vous êtes battu !.. vous n'êtes pas de force t ah! ah!.. [Il rit.) Vingt-cinq louis, hein?
M. DE FERRIÈRES
Je tiens, (d part.) Il a un bonheur !..,
DLBOtRG.
Voyez-vous, tout me réussit à moi!.. Mais cela n'arrivo qu'aux gens habiles et prudens !.. ah ! ah !..
M. DE FEBBIÈRES , ironiquement.
Vous croyez?
DrB0t'B<:.
Et le gouvernement le sait bien... Aussi, dès qu'on a fait fortune, fût-ce en vendant des allumettes ou des petits pûtes , on obtient de droit en France , aujourd'hui, les places les plu», honorables et les plus lucratives!., c'est juste.
M. DE FERRIERES.
Oui, de notre temps, l'or est tout!.. Il passe avant le talent, le mérite, l'honneur...
DtBOTJRG.
Ah!.. J'ai encore gagné.
M. DE FEBRIERE».
Oui!..
DVBOVBG.
Alloos, voisin , risquez-yous le billet de mille francs?
M. DE FERRIÈBES.
Si TOUS le désirez?..
La contredanse finit dans le foad ; Saint-Suria et Emeline reviennent sur le devant ; Marie revient aussi avec son cavalier; elle occupe le milieu de la scène ; Emeline s'assied à gauche sur le devant ; Saint-Surin est debout près d'elle.
MARIE, à Dubourg.
Eh bien? avez- vous beaucoup perdu?
DUBOXJRG.
Perdu? ah bien oui!.. Je joue trop bien pour cela!., ce n'est pas moi qui m'amuserais à perdre!.. C'est bon pour M. de Ferrières !.. un ci-devant grand seigneur!.. . MARIE, étonnée, et a part.
Âh!.. il gagne I
DXJBOTJRG.
A propos : j'ai entendu dire qu'autrefois les grands seigneyrs trichaient au jeu.
M. DE FERRIÈRES
M. Dubourg!
SAIHT-StRIN.
Oui, nous voyons cela dans les Mémoires du Chevalier de Grammont.
DCBOTJRG.
Il fallait que ses adversaires fussent bien niais pour se laisser attraper.
SAINT-SrRlN.
Et il a fait rire la postérité à leurs dépens. Mais où donc est Georges ? 11 n'a pas encore paru au bal,
DUBOURG, ciM. de Ferrières, tout en jouant. Savez-vous que ce jeune homme m'inquiète ? J'ai peur que sa tête ne soit pas bien saine ; il a quelque chose de singulier.
MARIE , à part.
Pauvre Georges !
SAINT-SURIN , à Emeline.
A quoi pensez-vous? Cet air rêveur serait-il causé par l'ingrat qui renonce à vous ?
EMELINE.
Je ne sais qui a pu faire naître la soudaine résolutioa de Georges : sans doute il a formé d'autres projets; et pourtant j à son arrivée, il me parlait d'amour et de mariage.
ifARiE, debout au milieu du théâtre , et examinant tantôt la partie! de son père , tantôt Emelinc et Saint-Surin.
Mon père gagne encore !
SAINT-9CRIÎÏ, d Emeline.
Ah! quand on vous aime, peut-on avoir des espérances dont vous ne soyez pas l'objet ?
DVBOtJRG , à M. de Ferrières.
Votre fils ne revient pas.
m; de ferrières.
Je l'ai laissé libre : quelque temps de séjour à Paris changeront ses idées, calmeront son exaltation... Ah !.. encore per-r du... c'est trop fort.
DUBOVRG, riant.
Ah! ah! ah... bravo.
M. DE FERRIÈRES , à part.
Être ainsi poursuivi parla fortune!..
DUBOURG
Eh bien, voisin, vous êtes déconcerté-.. C'est qu'il ne faut pas se frotter à moi... Je suis plus fort que VOUS... Ah! ah.... Continuons... Cent louis.
M. DE FERRIERES.
Soit... {à part.) Je ne le voulais pas...
MARIE, d part j regardant Emeline.
EIIesembleecouterM.de Saint-Surin... Ah! voici Geor-r ges.
SCEi\E II.
Les mêmes, GEORGES, arnvant par une porte d droite de l'acteur.
GEORGES
Ah... le bal est commencé... Je ne croyais pas être en retard... mais j'arrive en bonnes dispositions. Bonjour, Saint- Surin.. .Je vois que ces demoiselles ont déjà dansé?. .Emelinc, à moi la première.
ÉMEL1XE.
Vous ne le méritez pas , et je suis engagée.
GEORGES
Oui, j'ai eu des torts... Je ne sais quelle réunion d'événemens avait fait naître dans mou esprit de bien cruelles idées ; elles ont un moment troublé ma raison ; mais demain il n'eu restera plus vestige , mon père me l'a promis , et la joie cil,
revenue... Vous royez que je vous aime, puisque je crois au bonliuur.
Un danseur s'approche d'Emeline.
ÉMELINE.
Le galop m'appelle , et il faut que je vous quitte.
Elle sort par le fond.
DTiBOCfiG, gui commence d perdre.
Je double mon jeu.
6E0B6ES, sur le devant et au milieu du théâtre. Deux mots , je vous prie , Sainl-Surin.
SAINI-STJKIN.
Que voulez-vous?
Marie se place derrière la chaise de son père. GEORGES.
Vous venez souvent ici ; une de ces jeunes personnes vous occupe : ce n'est pas Emeline?..
SAINT-SURm.
Je perai franc. Georges : je l'aime, elle le sait, mais vos engagemens que j'ignorais sont sacrés pour moi : aussi j'allais m'éloigner... Il vous a tout-à-coup pris fantaisie de rompre; mes espérances se sont ranimées. Maintenant , mon ami , c'est moi qui vous demande la vérité. Si vous renonciez à Emeline, vous ne trouveriez pas mauvais, sans doute, que je fisse valoir mes droits.
GEORGES
Vos droits. . ^
DrBOtiRG, d la table , et perdant toujours. (Quitte ou double.
M. DE feRrières.
Gomme vous voudrez.
On entend dans le fond , depuis le départ d'Emeline, un air de galop ; les danseurs traversent la galerie du fond , en galoppant.
SAINT-STJRIN.
Mes droits sont une fortune convenable, la conformité de nos goûts, enfin tout ce qui décide ordinairement un mariage.
GEORGES
Mais elle refuserait ?
SAINT-STJRIN.
Non... Emeline est raisonnable; ses idées sont sages et positives : elle vous préfère; mais, s'iJ se présentait quelque obstacle à votre union, elle accepterait mes offres.
GEORGES
Elle vous l'a dit?..
SAINT-SURJN.
Saus doute... Qu'a donc cela qui puisse tous blesser?.. C'est moi qui devrais me plaindre, et je ne me plains pas. GEORGES, d part.
Est-ce là de l'amour ?
d'armincotjrt, sortant de la galerie , et venant vers Saint-Surin.
M. de Saint-Surin , votre danseuse vous attend.
SAINT-SDRIIÏ.
Et moi qui l'oubliais... C'est votre faute, Georges; j'espère au moins n'avoir rien dit qui puisse vous faire de la peine. GEORGES, avec ironià.
Non certes... Je suis heureux de savoir à quoi m'en tenir.
SAiNT-STJRiN, en iortant.
Il est tout-à-fait bizarre... On voit qu'il vient du Nouveau- Monde.