D'ARMINCOURT, D'OLBAN, GEORGES, SAINT-SU RIN , D'ALVILLE
GEORGES
Tout se réunit donc pour combler mes vœux !... Que vous Me faites de plaisir en me venant voir.
Nous avons renoncé pour vous à noire promenade au boi«.
GEORGES. Q
Demain nous irons epsemble, après un déjeuner que je vous prie d'accepter.
d'olban.
Volontiers!... nous vous montrerons les élégans équipages de nos riches fashinnnables, et ceux de nos banqueroutiers passés et futurs; nous vous ferons admirer les chevaux anglais du petit Fatardin et les livrées toutes neuves de ses compères en industrie qui ont perfectionné l'art de faire des dupes, et qui courent vers Sainte-Félagie , en passant par le bois de Boulogne.
d'abmincotjrt.
Ils prennent le plus long, mais ils arrivent.
SAlNT-St'RIN.
Que de choses nous aurons à apprendre à Georges. Il ne connaît pas la vie de Paris, ses plaisirs, ses folies, ses dangers... nous lui révélerons tout.
d'olban.
Chaque jour des améliorations nouvelles I Les philosophes deviennent pairs de France, et on joue l'opéra en bonnet de eoton.
GEORGES
Mais moi, mes amis, je compte employer une partie de mon temps en choses raisonnables.
SAINT-SURIN
Qui vous en empêchera ? Croyez-vous donc que nous soyons des êtres inutiles ? D'Armincourl vient de créer le Journal des enfans en nourrice; Dalville pense à faire une nouvelle religion.
GEORGES
En vérité !..
d'olba».
Oh ! c'est une industrie fort à la mode.
SAINT-StJRIIf".
Belcourt vient de publier deux milliona d'almanachs-à dix sous pour éclairer la France.
Et qu'enseignent ses almanachs ?
d'olban.
Des choses merveilleuses : entre autres avis utiles, il conseille aux pauvres qui Uicurent de f;iim d'épargner vingt sous par jour, afin d'avoir trente francs d'économie au bout du mois., o*
CEURGES.
Voilà une fière découverte?
SAlNT-SCaiN.
Un autre de nos amis^ Méricourl , écrit des fables politiques.
d'olbak.
Oui , La Fontaine faisait parler les bêtes comme des boulines, et lui il fait parler les hommes comme des bêles.
c. . SAINT-STJRIN.
Toujours des épigrammes, d'Olban!.. Ne pourrail-on pas te les rendre à toi qui viens de tracer un nouveau plan d'économie politique?.. Enfin, mon cher Georges, je me propose, moi, d'acheter une maison afin d'être éligible l'année prochaine; vous voyez que nous songeons aux choses sérieuses, mais cela n'empêche pas de s'amuser. C'est ce qui distingue le dix-neuvième siècle; il y avait autrefois des ambitieux et des hommes de plaisir; chacun avait sa passion; à présent , on les réunjî toutes : voilà ce que c'est que les progrès.
GEORGES
S'il peut naître de tout cela quelque chose d'utile pour le pays et d'honorable pour soi, l'on a raison ; mais, en vérité, je n'en reviens pas de voir St-Surin acheter une maison, lui qui était passablement dissipateur, et joueur ... joueur. . . d'olean.
Oh, il perd bien encore son argent, mais seulement en pariant.
GEORGES
Pourquoi cela?
SAINT-SI'RIH.
Parce que je n'ose plus jouer moi-même. Figurez-vous qua j'avais un ami intime que je croyais le plus honnête homme d i monde; eh bien, l'honnête homme volait au jeu. On connais.sait nos liaisons, et si l'on allait me soupçonner?
GEORGES
Est-il possible ?
d'olban.
Qu'est-il devenu ce fripon de Montalais?
SAlHT-ajIBIN.
11 est mort du choléra.
d'olbak.
Le choléra est donc bon à quelque chose. Pardieu, St-Suria, tu as bien manqué de te ruiner; tu jouais avec lui, et un joueur ne connaît ni parens, ni amsi.
SAINT-SUBIN.
Je le forçai à m'apprendrc ses ruses, en le menaçant de le dénoncer à ta société ; ensuite je ne le revis plus.
ft'OLEAN.
Ma loi , ce sérail nous rendre un grand service que de nôu» faire part de ta science. Tu nous empêcherais d'être volés par Jes bouDêres gens qu'on rencontre dans les meilleures maisons.
SAIST-SUBIN.
lin effet, tu as été maltraité l'hiver dernier.
d'olban.
Et j'aurais grande envie de ne plus l'être. Enseigoe-DOus dpnc comment s'y p/eonent ces messieurs.
D'ARMINCOtIRT.
Oui , oui , c'est une excellente idée.
SAINT-SURNIN.
Avec grande plaisir: tiens, voici justement des caries.
Il va se placer à la table, à gauche, où est la boite d'écarté; ils se groupant tous autouc de lui et regardent.
Air : Et voilà comme tout s'arrange.
Tenez l'adversaire occupé.
Mêlez d'une façon adroite , Puis, aussitôt qu'il a coupé.
Prenez le jeu dans la main droite :
]] aurait beau couper vingt fois , Avec un tour de main tout change; Les atouts glissent dans vos doigts ; À lui les sept ! à vous les rois !
Et voilà comme tout s'arrange.
D'OLBiN.
Je m'en souviendrai.
D'ABMINCOïiaT.
Et nous aussi, pardieu.
SAINT-SVRIN.
Je ne suis, moi, qu'un amateur ; les experts exécutent avec une bien autre adresse.
GEORGES
Je ne sais en vérité pourquoi je vous regarde ; tout cela me paraît si odieux, et mon père m'a inspiré dès l'enfance une telle horreur du jeu, que sûrement je ne jouerai jamais.
SAINT-STÎIUN.
On ne sait pas ce qui peut arriver , et du moins vous roilà avertis. A propos, Georges, votre père était en marché avec Crémieux pour un cheval anglais magnifique, il faut qu'il vous, l'achète,
d'olban.
Ricbç comme paraît l'être Monsieur de Ferrières, il ne peut vous refuser cela.
GEORGES
Je ne sais encore rien au juste de la fortune de mon père; mais il est généreux, et je pense...
d'olban.
Comment, vous ne savez rien!.. Mais cet héritage que vous avez recueilli à Dieppe ?
SAINT-SraiN.
Eh non, vraiment, il n'y a pas eu d'héritaged'olban.
Ah! Paris est le seul lieu du monde où l'on puisse se ruiner ou faire fortune sans que la société s'informe des causes : c'est un bon pays.
GEORGES
Que voulez-vous dire ?
d'olban. Rien!.. Je fais seulement une réflexion toute naturelle et qu« d'autres ont faite avant moi.
GEORGES
Expliquez-vous, d'Olban, je vous en prie.
d'olban.
N'est-il pas permis de s^étonner d'un aussi brusque changement de fortune ?
SAINT-StlRlN.
Parce que tu te ruines, tu ne pardonnes pas à ceux qui s'enrichissent.
d'olban.
Oh, si fait, quand c'est par des moyens honorables et connus.
GEORGES
pQu'entends-je? oseriez-vous élever un soupçon sur le plus noble et le plus vertueux des hommes ? t^^^i^^j
SAiST-suRiN, allant se placer entre eux. Là! là !.. calmez-vous !
GEORGES
Je VOUS apprendrais bientôt. . .
d'olban.
Quoi?., que m'apprendriez-vous? comment voire père s'est enrichi ?. . . Vous oie feriez plaisir, et à quelques autres personne.s encore, qui pensent...
GEORGES
Que pensent-elles ?
d'olban.
Ma foi., elles pc savent que penser..
GBOB6B8,
Ah! c'cD est trop!., douter ud seul instant de l'honneur de mon père !... D'Olban, vous me ferez raison d'une aussi odieuse injure !
SAINT-SUaiN.
Ah ça, êtes-vous fous tous les deux ?
GEORGES
Il faut tenir bien peu à l'honneur pour compromettre ainsi celui d'un autre.
d'olban.
Monsieur de Ferrières !..
GEORGES
Oui ! II n'y a qu'un misérable qui puisse s'exprimer comme vous l'avez fait.
d'olbak.
Cela suffit!... notre conrersation finira demain au bois de. Boulogne. *
GEORGES
A midi; ces Messieurs pour témoins.
d'olbah.
D'accord.
SAINT-SURIN, aux uutres, d demi-voix.
Nous arrangerons l'affaire et nous déjeunerons.
xiN DOMESTIQUE, annonçant.
Monsieur Dubourg.