PREFACE
Une erreur de Brossette, répétée sans contrôle par l'Abbé Goujet et plusieurs autres critiques, fit long-lemps passer Claude d'Esternod, capitaine franccomtois, pour un pseudonyme du baron François Pavie de Fourquevaux, gentilhomme g^ascon. Ce dernier était le fils de Ra\mond de Beccarie de Pavie, ambassadeur de France en Espagne, et, de plus, auteur de quelques traités diplomatiques et militaires. L'un de ces traités, V Instruction sur le faict de guerre, fut publié par Vascosan comme un ouvrage de Guillaume du Bellay. François Pavie de Fourquevaux était un ami de Matliurin Régnier, qui lui dédia la seconde de ses Épîlres. On lui doit Les Vies de plusieurs grands capitaines français (i), où son père
(i) Paris, 1G43, in-8. Il mourut le G mars iGir, c'est à-dire huit ans ayant la publication de l'ouvrage poétique qu'on lui attribue. Il était né au château de Fourquevaux, près de Toulouse, et tint les erniilois de surintendant du roi de Navarre, avec le titre de gentilhomme de la Chambre. Sur celle famille cf. d'IIozier : De Beccarie de Pavie, V reirislrc, i" iiarlie, p. i3.
Voici la nomenclature des œuvres de son père, Raimond de Beccarie de Pavie, Sieur de Fourquevaux. Instruction sur le faict de guerre, Paris, 1648, in-fol., i553, iQ-8; Délia Disciplina mil itare di
n'est pas oublie; il lui consacra même un sonnet-épitaphe, par quoi l'on voit qu'il fut un bon fils et qu'il manqua de génie.
Cependant, la première édition de l'Espadon n'est pas sig"née du nom de d'Esternod, mais de celui de Franchère, anagramme de Refranche, terre que l'auteur possédait en Bourg-og-ne, et qui est redevenue la propriété de la famille (2). On crut donc que Franchère pouvait être un domaine de François Pavie; puis, le poète ayant signé de son nom patronymique les éditions successives de son recueil, on pensa sans détour que c'était un nouveau pseudonyme de Fourquevaux.
L'erreur de Brossette s'explique aisément : elle tient à une confusion entre deux hommes qui touchent à l'Espag-ne, l'un par la Franche-Comté, l'autre par les offices de son père et la proximité de son lieu de naissance. L'éditeur de Despréaux et de Régnier pratiquait auprès des vieillards la documentation verbale, comme Clément Marot le fit pour Villon : il y a
M. di Langé, Libri III, tradosti délia lingua francese nelln italiana, da Mambrino Roseo, Venitia, 1571, in-8; Lyon, 1092, in-8 ; Lettres d'État, Bibl. nat. mss. fr. 10751 et 10762; Abbé Douais : Une importante correspondance du A'V/« siècle, Paris, Picard, 1891, in-8; Dépêche de M. de Fourquevaujc, Paris, s. d. — Cf. Bayle, Dict. Histor., 1734, t. I, art. G. du Bellay, 728, G, colonne II.
(2) Refranche fut autrefois, de i5go à i63o, une mouvance de la seig-neurie d'Etcrnoz. Son chàleau est un corps de logis du XVI» siècle, avec une tourelle-escalier hexag-onale, dont l'entrée est défendue par un mâchicoulis. L'une des fenêtres porte, sur la pointe de l'arc, un écusson et une rose. Les Picoteaul, Picoleaux, ou Picoteau, écuyers, y ont résidé en sous-inféodation. Le château, vendu comme bien national pendant la Révolution, passa par divers possesseurs. Le docteur A. F. G. d'Elernod en est actuellement propriétaire. Sur les premiers seig'neurs de Refranche, cf. Ulysse Robert. Testaments de l'officialiié de Besançon, Paris. Imp. Nation., 1902 et 1907, t. I, iii, 334, 468, 540; t. II, 189, 216.
CHATliAU DE Rlil-RANCIIl:
^[Prol^ricli- du D' D'EtenioJ.)