‹ L'Espagne chrétienneChapitre 32 sur 81 · CCLXXIY, CCLXXV, CCLXXVT, CCLXXVII · texte numérisé non relu

CCLXXIY, CCLXXV, CCLXXVT, CCLXXVII

4. Ce premier détail est discutable puisque le grand-père Agressus, ancien consul, que l'on prête au martyr, n'existe dans aucune liste consulaire; on s'arrange toutefois en faisant de lui un consul suffect, distinction dont les provinciaux se montraient assez friands. Le père se nommait Euticius, la mère était native de Huesca.

o. Péri Stephanôn, IV, 53, 103-108, 145-164.

çait la charge de premier diacre qui le désignait pour la succession de l'évêque Valerius. Tous deux furent arrêtés et conduits devant le magistrat au moment où celui-ci partait pour Valence; il commanda de les y conduire enchaînés. Là, eut lieu un premier interrogatoire. L'évêque avait pris si complètement l'habitude de se taire, qu'il laissa répondre le diacre pour tous deux; Datianus.voyantqu'iln'avaitpas parlé et le jugeant peut-être un peu imbécile, se contenta de l'exiler ; quant au diacre, il fut mis à la torture. Tandis qu'il était sur le chevalet, Datianus devina qu'il n'obtiendrait pas une apostasie et proposa au martyr de donner les Livres et archives de son Église; tout fut inutile. Ce refus exaspéra Datianus qui fit soumettre Vincent au suprême degré de la torture, le lit de fer rougi au feu. « Le diacre surmonta l'épreuve, fut ramené en prison et mis au cachot. » Prudence, qui paraît avoir visité ce lieu, le décrit ainsi : « 11 existe à Tétage le plus bas de la prison un endroit plus noir que les ténèbres elles-mêmes, clos et étranglé par les pierres étroites d'une voûte surbaissée. Là, se cache une nuit éternelle que ne visite jamais l'astre du jour, là, l'horrible prison a son enfer *. » Ce réduit infect portait un nom sinistre : La Force. Le diacre Vincent y fut descendu et attaché ; on mit ses pieds dans des ceps de bois qui lui tenaient les jambes violemment écartées et le sol du caveau fut semé de tessons de pots, afm que, même étendu et délaissé, le martyr ne pût trouver le sommeil. Ce fut là qu'il séjourna tandis que beaucoup d'autres cachots s'ouvraient devant les malfaiteurs et devant les chrétiens à l'occasion des vicennales de Dioclétien (20 novem-

i. Péri Slephanôn, V, 206-208

bre 303). Les narrateurs du iv° siècle n'ont pu croire que le martyr soutenu par sa foi et sa charité ait trouvé la force de triompher de tant de souffrances et ils ont imaginé une lumière éclairant le cachot, des fleurs jonchant le sol, des parfums inconnus remplaçant l'atmosphère viciée. Délivré de ses entraves, Vincent conversait avec les anges et Datianus, averti de ces merveilles, veillait à compléter la guérison afin de pouvoir tourmenter de nouveau sa victime. Le geôlier converti faisait coucher le patient dans un bon lit où venaient le visiter tous les fidèles de Valence heureux d'emporter les linges de pansement. Vincent avait été trop fortement ébranlé et, le 22 janvier, il expirait. Datianus voulut priver le cadavre de sépulture, mais les chiens eux-mêmes répugnaient à déchiqueter cette chair carbonisée; un corbeau tournoya quelque temps au-dessus du cadavre, mais n'y toucha pas. Pour en finir on le cousit dans un sac et on le jeta à la mer, mais le flot ramena l'épave qui s'enlisa dans le sable du rivage. On l'y laissa jusqu'au moment où la paix de l'Eglise permit de le déposer sous l'autel d'une basilique ^ .

L'historiographe des martyrs espagnols, Prudence, nous a conservé d'autres noms. Presque tous sont rappelés dans l'hymne quatrième du Péri Stephanôn, où cependant Prudence oublie sainte Léocadie, morte sous Datianus, dans la prison de Tolède ^, saints

1. Péri Stephanôn, V, 513-516. Ces vers nous apprennent qu'à la fin du iv« siècle on conservait à titre de reliques quelques débris de poteries qui avaient jonché le cachot du martyr el que son petit lit existait encore. De quel lit s'agit-il? de celui rougi au feu ou du lit sur lequel le diacre expira? le texte ne permet pas de le dire.

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