XII INTRODUCTION
l'histoire du priscillianisme. Ce serait s'illusionner que de se promettre une Espagne chrétienne assez différente de celle que nous connaissons. On pourra changer quelques dates, rectifier quelques itinéraires, compléter quelques épisodes, les rapprocher et les relier entre eux; on n'ira pas, croyons-nous, beaucoup au delà. Cette considération a conduit à écarter de ce petit volume l'appareil des citations, et des nombreuses références bibliographiques. Presque toutes les questions ayant reçu des solutions définitives, il s'ensuit que la discussion doit faire place à l'exposition pure et simple. Dès lors, on n'a pas jugé devoir s'attarder à rappeler les divers moments par lesquels a passé chacun des problèmes historiques qu'on a rencontrés. Tandis qu'en étudiant 1' « Afrique chrétienne ^ » on avait accordé une large place aux preuves archéologiques, on ne les a plus distinguées ici avec le même soin. La raison de cette conduite différente se trouve dans l'insignifiance de l'archéologie monumentale chrétienne en Espagne et dans le peu d'importance de l'épigraphie, quoique plus largement représentée, pour l'histoire générale du pays.
La pénurie de documents et de monuments que l'on vient de signaler n'est pas toutefois ce qui donne à l'histoire de l'Espagne chrétienne son caractère essentiel. 11 faut chercher ailleurs.
Et, tout d'abord, on ne peut se retenir de constater que cette histoire n'est, dans son fond, que l'histoire
i. L'Afrique chrétienne, "l vol., Paris, LecofTre, dOO*.
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d'une médiocrité. Le grand siècle, le siècle miraculeux de TEspagne, celui qui la montre à la tête de la civilisation, lexvi^ siècle, est bienloin encore. Pendant les périodes romaine et visigothique le pays ne produit rien qui dépasse la commune mesure des hommes et des choses. Sénèque le père, Sénèque le philosophe, Lucain, Martial, Quintilien, Prudence sont des littérateurs distingués ; Trajan et Théodose sont des empereurs recommandables ; Hadrien etMarcAurèle — ce dernier d'origine andalouse — sont des esprits délicats; Osius de Cordoue doit une bonne part de son illustration à l'excessive durée de sa vie; le pape Damase, Paul Orose, Hildefonse et Julien de Tolède sont de fort honnêtes gens; enfin, saint Isidore de Séville est un copiste intrépide, un érudit averti et soigneux. Tous ces hommes sont d'un commerce aisé, plusieurs sont séduisants et leurs compatriotes leur ressemblent. Dans la foule des écrivains qui se réclament qui d'une Chronique, qui d'un commentaire ou d'un traité, qui d'une simple lettre, on ne rencontre personne qui se distingue d'une façon originale d'avec ses voisins. Exception faite pour Hadrien, les autres pensent, voient, sentent et parlent tous de même. Ce n'est pas le moyen de s'élever audessus du commun de l'humanité que de se trouver en trop nombreuse compagnie. Si on cherche en Espagne quelques-uns de ces hommes qui dépassent tous leurs contemporains, les gouvernent ou les inspirent, on ne les rencontre pas. Ni des hommes d'action, ni des penseurs, ni des poètes ne s'élèvent audessus de l'uniforme série humaine, A dire vrai, penseurs et poètes en sont absents. Prudence est un conservateur consciencieux et intelligent des rythmes classiques, Sénèque un rhéteur magnifique ; ni l'un ni