‹ L'Espagne contemporaineChapitre 5 sur 15 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

de main-morte. lia manie de fonder des majorais et de donner les biens à l’Ëglise avait été poussée si loin qu’au commeneement de la révolution de ce siècle plus des trois quarts du sol étaient soumis à des servitudes.

Tel était l’état déplorable auquel l’Espagne avait été réduite par les deux dynasties d’Autriehe et de Bourbon, quand en 1808, réveillée de sa léthargie par l’invasion de Napoléon elle sut trouver, dans son propre sein, assez de vitalité pour résister à l’étranger, expulser en partie le virus qui la rongeait à l’intérieur, et se préparer à l’extirpation définitive du royalisme et de la superstition , causes première de sa déchéance.

De tous les rois de la maison d’Antrichc ou de Bourbon, il n’en est qu’un seul, Charles III, qui, par son génie et par ses œuvres, se soit montré digne du trône. Pins avancé que son époque, il sut restreindre l’influence de l’inquisition, éteindre ses bûchers, bien qu’il n’ait pas osé l’abolir. Il supprima la torture, qui, jusqu’à lui, était employée dans les procès criminels. Il expulsa les jésuites et confisqua leurs propriétés. Habile à discerner le mérite, il s’entoura des hommes les plus honnêtes et les plus capables. Il fonda la banque de San Carlos, protégea les arts et les lettres, accorda les privilèges de la noblesse aux imprimeurs, porta le nombre des vaisseaux de ligne à 80, fonda des colonies et des villages dans les montagnes de la Sierra Morena, et construisit plus de chemins, d’édifices publics et de fortifications que tous ses prédécesseurs ensemble y compris Charles-Quint.

l’eSPAGNE CONTEMPOR.UNE.

Charles III et les hommes qui l’entouraient furent les émules des Frédéric de Prusse et des Colbert; et, à leur exemple, ils voulaient tout faire par eux-memes pour la nation. Au lieu de supprimer les entraves à la libre action individuelle, Charles III conserva tout ce qui s’opposait à la manifestation libre de la pensée, la censure de l’État et de l’Église contre l’imprimerie et les privilèges des corporations. Il compromit sa puissance par des gucn'es inutiles , abandonnant la sage neutralité de son prédécesseur.

A quoi lui servit de sacrifier des sommes énormes pour créer la marine la plus nombreuse du monde, quand, par le système injuste et honteux des matricules , introduit par Philippe V, il se trouvait sans matelots pour armer ses 80 vaisseaux de ligne?

Cinquante vaisseaux à l’ancre à Algésiras ne purent, faute d’équipage, empêcher une douzaine de vaisseaux anglais de secourir Gibraltar.

S’il fit de grandes choses qui , du reste, ne produisirent pas les résultats qu’on en attendait , ce fut en créant une dette énorme et en poussant l’Espagne vers la banqueroute qu’amena l’ineptie de son prédécesseur.

Comme les souverains de la France et de la Prusse, Charles III gouverna en despote, sans donner à ses sujets aucune intervention dans l’administration publique; mais ses réformes et sa politique firent sentir à la partie la plus éclairée de la nation le besoin des institutions représentatives.

Mais comment ne pas reconnaître ici l’absurdité de la monarchie héréditaire? à Charles III, le roi philosophe, progressif, succéda son fils Charles IV, l’idiot, qui transmit son imbécillité à ses enfants. Gouverné par sa femme que menait Godoy, son amant, Charles IV abandonna les rênes du pouvoir au favori. Le peuple indigné n’attendait qu’une occasion pour faire éclater sa colère;

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