‹ L'Espagne contemporaineChapitre 4 sur 15 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

à la mort de la reine Ysabelle : que l’on révoquât toutes les aliénations des domaines ou des revenus royaux, faites depuis la mort de cette reine; qu’on abolît tous les nouveaux offices créés depuis cette époque ; qu’à l’avenir, chaque ville envoyât à l’assemblée des cortès un député du clergé, un député de la noblesse et un député des communes, choisi chacun par son ordre. Que la couronne ne pût ni influencer ni diriger la nomination de ces députés : qu’aucun membre des cortès ne pût recevoir une pension ou une place du roi soit pour lui, soit pour quelqu’un de sa famille, sous peine de mort et de confiscation de ses biens; que chaque ville ou commune payât à ses représentans un salaire , pour fournir à leurs dépenses pendant leur présence aux cortès ; que les cortès fussent rassemblé-cs une fois, au moins , tous les trois ans , lors même qu’elles ne seraient pas convoquées par le roi, pour rechercher si les présens articles avaient été observés, et pour délibérer sur les alfaires publiques; que les juges eussent des traitemens fixes, et qu’ils n’eussent aucune part dans les condamnations ou dans les amendes prononcées par eux ; que tous les privilèges que les nobles avaient obtenus, à quelque époque que ce fût, au préjudice des communes, fussent révoqués; qu’on ne confiât jamais à des nobles le gouvernement des villes et des communes; que les biens de la noblesse fussent soumis aux impôts publics de la même manière que ceux du tiers-état : qu’on fît une enquête sur la conduite de ceux qui avaient été chargés de la direction du patrimoine royal depuis l’ avènement de Ferdinand et que si le roi ne nommait pas, dans le délai de trente jours, des personnes propres à ce service, les certes eussent le droit de les nommer : qu’on ne prêchât et qu’on ne répandît aucune indulgence, dans le royaume, sans que la cause de sa publication eût été examinée et approuvée par les cortès; que l’archevêque de Tolède, étant étranger, fût obligé de se démettre de sa dignité, qui serait confiée à un Castillan; que le roi promît et jurât de la manière la plus solennelle; d’observer tous ces articles et de ne chercher dans aucune oceasion, à les éluder ou à les enfreindre. •

l’espagne contemporaine.

Pour que le despotisme ait pu se maintenir trois siècles et faire déchoir l’Espagne de son rang de première nation de l’Europe, il a fallu un concours extraordinaire de circonstances, qui ont amené le même résultat en tous les pays, où elles se sont produites. Les victoires de ses armées en Europe, accroissant la force de la nation au dehors et l’enivrant de gloire, donnaient du prestige au souverain. L’Amérique absorbait les forces vives du pays; la jeunesse ardente quittait la mère-patrie à la recherche des aventures, de la richesse et du pouvoir dans les contrées lointaines; et, dans l’oppression des étrangers, elle trouvait une compensation au rôle de victime de son roi, dont elle se faisait la complice. Tout Espagnol était moine, soldat ou noble : qui n’avait pas de parchemins allait en gagner sur les cimes de la Sierra Madré et des Andes ou dans les plaines des Pays-Bas et les côtes d’Afrique. Pendant que l’inquisition étouffait l’indépendance des Espagnols, on expulsait les Maures et les juifs, les plus industrieux parmi les habitants, agriculteurs pour la plupart. Les villages, éloignés les uns des autres, étaient privés de voies de communication ; tous ceux qui ne combattaient pas à l’étranger, restaient plongés dans l’ignorance, abrutis par la misère, et peuplaient les couvents et les monastères. Le lecteur comprendra aisément que toutes ces causes réunies aient pu assurer le triomphe du despotisme sur une race si fière, qui, dans la suppression des institutions représentatives voyait surtout d’importants privilèges enlevés aux nobles. De seigneurs de vassaux et de législateurs ils devinrent / valets d’antichambre des rois qui dès lors ne connurent plus d’ob-

stacle, parce que la plèbe croyait ses intérêts identifiés avec le pouvoir royal.

La misère avait amoindri la fierté et tué la liberté. La superstition engendra le plus terrible des fléaux, la généralisation des biens

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