‹ L'Espagne contemporaineChapitre 7 sur 15 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Jaflucncfî do Chrirtos III cl des Iiommes d'Êtal de son régne sur resprit public en Espagne.—* Action simultanée do rélément libéral et de l'élément royaliste dans la révolution de 1SH6. — Population et division politique. — Cbaos dans l’administration de la justice. — Mauvais état des routes: conséquences.— Armée cl marine.— État de la propriété et de rindustrie. — De rinstruction publique. — Théâtre^ littérature et presse. — Fanatisme religieux.— Bévolulion de 1808.— Constitution de 1812.— Révolution des colonies.— Ses tendances. — Ingratitude de Ferdiannd VU. — Réaction de 1814. — Les Afrancesados.

Cliarles III et les grands hommes qui le secondèient dans son œuvre, les Aranda, les Ploridablanca , les Campomanes avaient réveillé l’esprit public en Espagne. La révolution française de 89 acheva de préparer les Espagnols à la révolution de 1808, dont Napoléon, Godoy, Charles IV, Ferdinand et sa mère ne firent que fournir l’occasion.

Si la mine éclata, c'est qu’elle était déjà chargée; malgré l’inquisition, les nouvelles idées avaient pénétré dans les profondeurs mêmes de la société. Mais dans cette révolution, comme dans toutes celles qui triomphent, ce n’était pas un parti, ni une idée qui à elle seule remuait jusque dans ses fondements la vieille société espagnole. Contre Napoléon et la famille royale corrompue, se levaient, en même temps, le fanatisme religieux et la liberté. Sous le drapeau de l’indépendance s’abritaient ceux qui criaient : « La Pairie, le Roi, la Religion, • et ceux, dont la devise était : » Pairie et Liberté ! •

L ESPAGNE CONTEMPOÜAINE.

Mais cette union ne dura que le temps nécessaire pour l’expulsion des soldats de Napoléon.

La révolution brisa la tradition de la manière la plus violente. L’abdication du souverain ayant rompu les liens de l’obéissance, le peuple forma desy!(«éfls, (eomités de gouvernement), qui disposaient arbitrairement, c’est à dire sans tenir eompte des lois existantes; et il constitua ainsi sa souveraineté, détruisant par la force l’ancien ordre des relations sociales.

Les généraux Solano à Cadiz, et Boija à Cartbagène, et d’autres que l’opinion accusait de trahison, furent égorgés en plein jour, sans autre forme de procès; et le peuple, prenant les armes, se nomma des généraux pour le mener au combat , abolissant ainsi , en fait , le privilège du commandement des troupes jusqu’alors réservé aux nobles (1).

Mina, le laboureur; Manso, le meunier; Jauréguy, le berger; l’Empecinado, garçon d’écurie, et bien d’autres, sortis de la classe la plus infime, occupaient à la fin de la guerre de l’indépendance les premières places dans l’armée, dont les officiers, pour la plupart, étaient aussi du peuple. Les réactions absolutistes de 1814 et de 1823 ne songèrent même pas à détruire cette réforme radicale, tant cela leur paraissait impossible.

Dès cette époque, cette composition de l’armée espagnole qui, comparée à celle des autres pays de l’Europe (excepté la France et l’Italie actuelle), peut être appelée démocratique, a exercé une influence puissante sur les changements politiques; mais, avant d’aller plus loin, il faut jeter un coup d’œil sur l’état de l’Espagne en 1 808.

(1) Ce privilège existe cacorc poor l'artillerie en dépit dos réclamations de la presse et dn parlcinent : mais il est plntôt Dominai que réel.

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