LUE COURSE DE TAUBEAUX
tons, des chevaux de selles, des équipages de luxe, des coquettes faubouriennes en calesine, des voitures tirées par des mules à Tattelage tapageur. On dirait que tous ces gens vont à la noce, tant ils ont un air de fête. La Plaza n ouvre qu'à quatre heures et demie, mais le populaire y vient dès midi et s'accroupit à terre autour de Tédifice, fumant la cigarette, goûtant un air de mandoline, épluchant une orange ou buvant de Teau adoucie par un azucàrilloj sorte de biscuit de sucre poreux.
A Touverture des portes, ces impatients se ruent dans la Plaza, Si Ton est pris dans Tassant, on n*a qu'à bien tenir £on chapeau et sa canne, à bien boutonner son pardessus, parce qu il est dans la foule nombre d'industriels qui ne négligeraient pas de vous dépouiller. On n'a pas d'ailleurs à se bien presser, chaque place portant un numéro et ne pouvant être occupée que sur présentation aux gardiens du billet qui y correspond. Aussi, je flânai un instant dans l'arèine dont Taccès est permis avant le signal de la course; et, le moment venu, je montai tranquillement à mon tahlonçilloy à peu près au-dessous de la loge royale.
La Plaza de Toros de Madrid est un bâtiment qui n'a rien de somptueux et que Ton a le projet de reconstruire un peu plus loin, dans la direction des Champs-Elysées. Extérieurement, elle a 1 apparence d'uM maison délabrée, à la façade circulaire percée de nèeurtrières et de fenêtres étroites. A l'intérieur, l'âsp^t est d'un cirque romain. Une vaste arène occupe le centre. Cette arène est fermée par une bar-
128 L*BSPAGNB CONTEMPORAINE.
rière en plateaux épais, haute de six pieds, peinte en rouge sang de bœuf, et garnie de chaque côte, à quelques centimètres du sol, d'un rebord ou marchepied qui sert aux cAm/o^ et aux banderilleros ^oursem^ ter de Farène dans le couloir et du couloir dans larêne soigneusement sablée. Autour de la barrière ou las tablas s'étend le couloir. L'un et l'autre sont coupés par quatre portes pour l'entrée des* taureaux , l'enlèvement des cadavres et tout le service de la Plaza. Le couloir est le refuge des toreros et de leurs aides. Il est protégé du côté de l'amphithéâtre par une autre palissade en planches au-dessus de laquelle court ùtie corde en guise de rampe. Cette deuxième défense arrête le taureau si, dans sa fureur, il a franchi la première enceinte. Derrière elle s'échelonnent les gradins en granit. Les plus rapprochés s'appellent places de barrera j ceux du milieu tentido^ et tabloncillos ceux qui longent les gradas cubiertas ou galerie couverte. Les gradas cubiertas comprennent elles-mêmes les delantera^ places de devant, le centro^ places du milieu, et les tabloncillos adossés à la muraille de la Plaza. Elle supporte, au moyen de colonnettes, cent dix loges ou palcos dont les panneaux sont vivement peinturlurés. En face de la porte de Vencierro ou étable du cirque, sont situées les loges du roi et de l'Ayuntamiento, en forme de mirador es ornés de rideaux en soie décolorés par le soleil. Il y a toujours quelqu'un dans la seconde, parce que c'est un membre de la municipalité qui préside la cérémonie. Le roi Amadeo, pour inaugurer la temporada^ était venu accompagné de ses aides de camp et s'était assis dans
UJf£ COUBSE DE TAUREAUX. ' 129
le balcon royal. Le temps était doux ; le ciel d'an bleu éclatant figurait le toit de la Plaza. Les onze mille places que contient environ Tamphithëàtre étaient occupées par onze mille spectateurs. Jamais un gradin n^est vide. On m'avait dit que les femmes étaient en majorité les jours de fête, dias de toros* Il y en avait très-peu aujourd'hui. Quelques senoras dans les loges; et, sur les gradins, deux ou trois cents grisettes, qu^ou appelait autrefois manolas^ je ne sais pas quel nom on leur donne à présent, imitaiït le lion de rËcriture, querens quem devoret. Les hommes sont proprement vêtus. On ne voit nulle part des guenilles. Tous ont à la main un éventail en papier de couleur. Des marchands en plein vent vous les vendent e/o^ cuartosàtLns les abords de la Plaza, A la fin de la course, onze mille fosforos font entendre leur petit frottement sec contre la boîte saupoudrée de poussière de verre et ces onze mille allumettes mettent le feu aux onze mille éventails qui flambent au moment où la brune tombe. Un air de musique, la marche de Riego, se fit entendre tout à coup au milieu du bruit, des rires, des cris et des trépignements qui précèdent d'habitude un spectacle populaire. Ce sont, je crois, les enfants d'un hospice qui sont chargés de régaler, dans les entr'actes, les oreilles des curieux. Ils soufflent d'une manière assez peu harmonieuse dans leurs instruments de cuivre, et leur musique est un peu, comme on dit, de la musique à faire danser les ours. Les flâneurs de Tarène se précipitèrent aussitôt en quatre nuées vers les quatre portes du couloir pour regagner leurs banquettes. Eu cinq minutes, il ne re&ta plus, errant sur
le sable, que vingt ou trente traînards et cinq ou six chiens égarés; Deux alguazils, à cheval, parurent alors. Leur justaucorps et leur manteau court est de velours noir brodé de jais. Des bottes à récuyère, un nœud de ruban au-dessous du genou, un chapeau à panache Henri IV complètent leur costume. Ils s'inclinent en 86 découvrant devant le roi et Talcade, puis ils font le tour de Tarène, chassant les aficionados entêtés et les perros qui s 'affolent, aboient, serrent là queue d'épouvante et finissent par trouver une issue. Cela fait, ils saluent de nouveau le prince et, traversant l'arène, ils vont chercher les toreros dissimulés derrière la porte qui se trouve en face de la grada où je suis.
Le programme annonçait que la course se ferait avec pompe : Las cuadrillas de toreros se présenta^ rdn con sus mas lujosos vestidos ; \Las banderillas se^ rdn de guirnaldas^ banderas , gallardetes , cintas y otros caprichos ; Los tlros de mulas estrenardn mantillas^ banderolas y qultaipones, y todo el servicîo del guadarnés sera de gala. La porte s'ouvrit, à la voix des alguazils et au son des trompettes. Le cortège se mit en marche en se dirigeant vers la loge royale. Il se composait des pîcadores\^ des chulos, des bande^ rîllerosj des espadas et des servants. Deux picadores étaient en tête, Francisco Calderon et Ramon Agujetas. Trois picadores de réserve suivaient les deux combattants. Ils sont vêtus d'une veste courte qui ne boutonne pas, de velours orange, incarnat, bleu ou vert, chargée de paillettes d'or et d'argent, de boutons brillants, de passequilles, d'arabesques en broderie, surtout aux épaules qui disparaissent ouss les filigranes