‹ L'Espagne contemporaine: Journal d'un voyageurChapitre 21 sur 48 · LES MUSESS ET LES THEATRES · texte numérisé non relu

LES MUSESS ET LES THEATRES

lippe rV et Philippe V y ont réuni une collection des plus belles œuvres. Il faudrait une semaine pour visiter seulement le saloa d* Isabelle qui est tapissé de tableaux de choix. Il n y a pas beaucoup d'ordre, par exemple, dans leur réunion ; ainsi, Técole française n'est représentée que pour mémoire par trois Nicolas Poussin et deux Claude Lorrain. LVcole d^ Venise, par le Titien, son admirable Vierge des Dou^ leurs j peinte sur ardoise; par le Tintoret, Paul Véro* nèse. L'école de Rome, par Raphaël qui compte une dizaine de toiles, entre autres Une sainte Famille que />- Philippe IV appelait la perla de ses tableaux. L'école v ^ ^^ '^ de Parme, par le Corrège. L'école de Florence, par André del Sarto, son Portrait de Lucrezia Fede^ par la Sainte Famille de Léonard de Vinci, Fart poussé à la perfection ; Michel- Ange, Salviati, Garducci, L'école de Bologne, par le Guerchin, l'Albane, le Dominiquin, Annibal Carrache, Guido Réni. L'école de Naples, par Salvator Rosa et d'innombrables Luca Giordano. L'école flamande, par plus de soixante Rubens et parmi eux le Jardin d'amour j un jardin où l'on mourrait volontiers tant il est beau ; Jordaens, son imitateur ; f^énus et Cupidon dans un jardin de Breughel, un des talents les plus doux et les plus bar* monieux qui existent ; le Couronnement d'épines de Van Dyck, une de ses productions les plus parfaites; une cinquantaine de Téniers. Savez- vous à quelle signature on reconnaît un tableau de Téniers ? Toutes les fois que dans le coin d'une toile , vous verrez un homme à la recherche d'une colonne Rambuteau^ c'est un Téniers. Albert Durer^ Raphaël Mengs, Mar-»

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tin Schœn représentent Técole allemande ; Rembrandt, Jérôme fiosch, Wouvermans Tëcole hollandaise.

Mais c'est principalement Fécole espagnole qui est digne de remarque et que pour ma part j'ai contemplée de tous mes yeux au Musée royal. A Madrid, le maître préféré est Yelasquez , l'ami de Philippe IV, Yelasquez a essayé de tous les genres et s'est montré un aussi grand artiste dans le portrait et l'histoire que dans le paysage et la nature morte. Il excelle à peindre ses personnages tels qu'ils sont. Il n'éblouit pas, il est vrai. Lorsqu'on voit son Philippe If^^ ses Las Meninasj son Duc efOliçareZy son Christ en croix, sa Reddition de Bréda , sa Forge de f^ulcain ou ses FilandièreSj on croit lire une page d'histoire, visiter un atelier ou se trouver en présence d'un prince bien vivant. C'est la nature prise sur le vif, ni embellie, ni enlaidie. Dussiez-vous me tenir pour un svelche^ malgré toute l'admiration que je professe pour le génie de Yelasquez, ce théologien de la peinture comme on l'a appelé, j'ai plus de plaisir à voir une vierge de Murillo que les soixante^dix toiles du maître. Ce que je vous dis là, je l'ai dit à Don Eusebio Yalldeperas, un peintre distingué qui me guidait dans ma pérégrination artistique. Il y a longtemps que j'ai une passion réelle pour Murillo. Son Immaculée-Conception, son apparition de la Vierge a Saint-lldefonse , Y Adoration des bergers et quarante autres toiles m'ont arrêté des heures au Musée. Ribera , Goya, Alonso Cano, Léonardo et Peredo sont les peintres les plus remarquables de l'école espagnole et ceux qui , après

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Yelasquez et Murillo, ont le plus de toiles à Madrid. Puisque j'en suis aux musées, allons à TArmeria !

L'Armeria est un musée d'armes dans le genre du musée de Gluny. Il s'en faut que le bâtiment où il est renfermé, se puisse comparer au gracieux hôtel du cardinal d'Amboise ; mais il y a là une collection d'armures très-intéressante. L*Armeria a été pillée à plusieurs époques. Vous n'ignorez pas qu'en Espagne, aussi bien qu'en France, les révolutionnaires commencent par dévaliser l'Etat et les particuliers sous le prétexte de faire des économies dans le budget. Pendant la guerre de l'indépendance, notamment, on y vola des armes de prix. On m'affirme que de semblables soustractions ont eu lieu à une époque plus récente. Tout pillé, dévalisé, et appauvri , le musée de l'Armeria offre encore, en souvenirs historiques , de qu(;i occuper un curieux. Est-ce que vous n'éprouvez pas la même sensation que moi ? Chaque fois que j'entre dans une galerie où je vois, en bataille les piques, les engins, les boucliers, les cuirasses, les armures, les épées qui ont servi à ces vaillants preux du moyen âge, vivant tout bardés de fer, le corps dur à la fatigue, le cœur haut et fier, l'âme faite de l'amoui de la patrie, le courage indomptable, je suis tout saisi de respect.

Le jour où j'ai visité Y^rmeria, la neige tombait et le froid vous pénétrait comme l'eau une éponge. C'était cependant vers la fin de mars ; mais la température ne voulait pas donner un démenti au proverbe : El aire de Madrid es tan sutil que mata un hçmihre y no apaga un candi l (l'air de Madrid est si subitil qu'il

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tue un homme et n^éteiat pas une chandelle). C'était, je crois, le 26. On donnait au théâtre royal de l'Opéra le dernier spectacle de la saison. Ma soirée était libre, le temps trop humide pour flâner, c'était un triple motif pour y assister* L*Opéra, comme tous les théâtres d'Espagne, n'a aucune apparence extérieure ; les décors sont réservés pour la salle. Ne vous effrayez pas, je ne veux pas vous parler de la question dramatique. Je n'ai passé qu'une heure dans mon fauteuil, tout juste le temps d'entendre VAve Maria [de Gounod, un chœur excellent, un orchestre excellent aussi, bien que les instruments de cuivre y dominent peutêtre un peu, et je suis parti. Je veux tout simplement vous signaler un usage que l'on devrait bien adopter à Paris. Lorsque vous achetez un billet , que ce soit une loge ou une banquette du paradis, le billet porte le numéro de votre place et vous n'êtes pas à la merci des ouvreuses. Tout se passe ici sans encombrement. On entre, on va à sa loge, à son fauteuil ou à sa banquette, et Ton n'a pas de contestation avec une dame qui s'écrie : « Pardon! monsieur, cette place m'appartient. — « Mais, madame, on me Ta désignée. — Pardon! monsieur. » Et vous restez debout pendant toute la représentation.

Je quittai mon fauteuil pour aller prendre un bock avec le roi Angel P'. Vous ne connaissez pa9 le roi Angel P' ? Angel P' est un pauvre toqué à qui l'on a fait croire qu'il est héritier légitime du trône des Espagnes. Au carnaval dernier, on l'avait habillé en ro et enfourché sur un âne. Une centaine de masques le suivaient, déguisés en personnages politiques. L'un

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