LES ÉLECTIONS DU 5 AVRIL
gouverneur civil de Madrid, est, je crois, le seul qui ait exhorté ses administres à respecter la liberté électo* raie; et je n'en fais pas un mérite à ce fonctionnaire, parce qu'il ne pouvait ignorer que la capitale, sollicitée ou non par le roi Amadeo, ne lui donnerait pas sos suffrages. Partout ailleurs, Tadministration, sans user toutefois de violences matérielles qui eussent été par trop dangereuses et maladroites, a employé les pro* messes, les calomnies et les menaces avec une prodigalité incomparable. Vous avez lu dans les journaux madrilènes la relation de ces manœuvres. Je ne vous apprendrais rien de nouveau en vous les rapportant. Elles sont les mêmes d'ailleurs en Espagne et en France. Et si vous vous souvenez du temps où la candidature officielle fleurissait sous TÉmpire et du libéralisme de M. Gambetta aux élections de février 1871, vous avez une idée de la façon dont on pratique la liberté électorale de ce côté des Pyrénées, où d'autres libertés, que nous n'avons pas, existent pleinement. Pourtant, je dois dire que M. Forcade de la Roquette, si j'ai bonne mémoire, ne s'est jamais oublié jusqu'à tenir les propos que le président du conseil des ministres, le senor Sagasta, n'a pas craint de lancer publiquement, il y a quelques jours, dans un meeting électoral qui a eu lieu à Madrid, district de l'Hospice. Le senor Sagasta a formulé comme un arrêt de mort contre les Alplionsins, et, cette fois, il a bien brûlé ses vaisseaux. Il ne lui reste plus qu'à mettre sa main dans la main du senor Zorrilla aux points noirs.
Le ministre ne s'est pas borné à excommunier la coalition et l'Infant Alfonso; il a mis sur pied tous
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les hommes qui, de près ou de loin, dépendent de l'État. Les gendarmes battaient la campagne an lieu d'arrêter les brigands qui ont dévalisé, ces jours derniers, un train de voyageurs, en pleine Andalousie, comme si Manzanarès était dans les plaines de Marathon. Les sergents de ville, obligés de courir de porte en porte, ne voient point l'assassin qui porte un coup mortel à un promeneur du Prado. Bientôt, si cela continue, dans chaque quartier et dans chaque district, de petits Fra-Diavolo conduiront impunément leurs bandes à la barbe des miquelets. Pour vous citer uu fait qui m*est personnel et qui vous montrera à quels abus de pouvoir le gouvernement a eu recours, je vous dirai qu'atl commencement de la semaine, je me proposais d'aller passer quarante-huit heures dans une ville voisine et d'y voir un professeur de l'Université, lequel m'a fait prier de rémetti'e ma visité après les élections, le gouverneur de sa province venant de lui intimer l'ordre de commencer une propagande ministérielle. C'est la première fois que je vois les membres des facultés travestis en agents électoraux.
Malgré ces moyens honorables, le gouvernement ne peut vraiment pas chanter victoire. Z.a Iberia du senor Sagastaabeau annoncera grand renfort de mots pompeux la déroute de la coalition dans toute V Espagne^ cette prétendue déroute est tout simplement une plaisanterie. Vous allez voir le beau triomphe du roi Amadeo !
En mettant les choses au mieux pour le gouvernement, on peut lui donner 200 à 215 députés sur les